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Cyclones, El Niño : le ciel va-t-il nous tomber sur la tête ?

A quelques semaines de la Conférence climat qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre, Sylvestre Huet, journaliste scientifique signe un livre pédagogique sur les questions climatiques. Les cyclones, El Niño, la mesure du CO2, ces sujets cruciaux pour l'Outre-mer sont explicités. 

Sylvestre Huet sur la terrasse du journal Libération © CB
© CB Sylvestre Huet sur la terrasse du journal Libération
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le
Depuis 20 ans, Sylvestre Huet est journaliste scientifique à Libération. Il anime un blog  {Sciences2} qu’il alimente très régulièrement. Dans son dernier livre, « Les dessous de la cacophonie climatique » ce journaliste permet d’y voir clair sur le climat et fait part de ses idées sur la question. La1ère l’a rencontré au siège de Libération à Paris.
 
La1ère : dans votre livre, vous parlez des cyclones, est-ce que l’on commence à avoir des certitudes concernant l’influence du changement climatique sur la fréquence et l’intensité des cyclones ?
 
Sylvestre Huet : cela fait 25 ans que les scientifiques cherchent à voir si le réchauffement climatique provoquera un changement d’intensité et de fréquence des cyclones. Mais ils avaient souvent des résultats contradictoires jusqu’à ce qu’une étude paraisse récemment. Des chercheurs ont montré que la violence des cyclones les plus intenses a tendance à augmenter. Pour l'avenir, un raisonnement physique simple suggère que les événements cycloniques seront plus fréquents et intenses à cause du réchauffement des océans, mais pour l'instant, les simulations numériques, sur ordinateurs, ne peuvent totalement le confirmer.

Une route du Port, à la Réunion en plein cyclone © AFP/RICHARD BOUHET
© AFP/RICHARD BOUHET Une route du Port, à la Réunion en plein cyclone

Vous expliquez dans votre livre que les cyclones vont s’éloigner des tropiques ?
 
Oui, le climat tropical va s’étendre vers le sud et vers le nord. On le voit bien en France avec le moustique tigre qui débarque à Paris. Les cyclones comme on l’a vu avec Sandy qui a dévasté New-York en 2012 vont changer de trajectoire et s’éloigner de l’équateur. En mai 2014 une étude publiée dans la revue Nature montrait que la trajectoire des cyclones avait déjà changé. La fin de leur trajectoire est plus éloignée de l'équateur – vers le nord ou le sud – qu'auparavant. C'est une conséquence directe du réchauffement des eaux. 
                                                                                                                                     
Et à l’inverse, les régions tropicales auront-elles moins à subir de cyclones ? 
 
On ne peut pas encore répondre à cette question, car ce qui est en cause ce sont les trajectoires des cyclones après leur formation. Si le réchauffement des eaux permet à des cyclones de monter plus haut en latitude, cela ne veut pas dire qu'ils y termineront tous leur course. Donc, s'il y a plus de cyclones au total, ou si leur violence s'accroît, les habitants des tropiques n'auront pas de bénéfices de ce changement.

"Les dessous de la cacophonie climatique"
Editions La ville brûle, 143p, 10 euros
© "Les dessous de la cacophonie climatique" Editions La ville brûle, 143p, 10 euros

Dans votre livre, vous parlez d’un observatoire à Hawaï. C’est là que l’on a pris conscience de la gravité du changement climatique ?
 
En fait, l’histoire de cet observatoire à Hawaï remonte à 1957. C’était l’année de géophysique internationale et deux spécialistes de cette matière Roger Revelle et Charles Keeling ont décidé d’installer en plein milieu du Pacifique le premier système de mesures du CO2 dans l’atmosphère. L’observatoire du volcan Manua Loa à Hawaï est un lieu idéal, car il est loin des industries et de toute végétation continentale. Il permet donc d'approcher la moyenne planétaire de la teneur en CO2, le principal gaz à effet de serre que nous émettons et qui est la cause du changement climatique. En 1958, cette teneur était d'environ 315 ppm (parties par million). Aujourd'hui, elle atteint les 400 ppm, un chiffre symbolique qui montre la conséquence de nos émissions massives dues à l'usage du charbon, du gaz et du pétrole. 
 
On s’attend à un phénomène El Niño fort cette année qui risque de provoquer des cyclones en Polynésie d’ici à la fin de l’année. Y-a-t-il un lien établi entre ce phénomène naturel et le changement climatique ?
 
On a assisté à un changement complet d’analyse sur El Niño l’an dernier. Jusqu’alors, les scientifiques nous disaient qu’El Niño allait diminuer en intensité dans un climat plus chaud. Mais une équipe internationale comprenant Eric Guilyardi (Paris VI, directeur de recherche au CNRS) est arrivée à la conclusion opposée. Les phénomènes El Niño forts devraient être deux fois plus fréquents dans un climat plus chaud.
Et ça, c’est une très mauvaise nouvelle, car ce qui est le plus dangereux, avec le changement de climat, c'est la survenue d'événements pour lesquels on n'est pas préparés. Par exemple, Marseille n’investit pas dans des moyens pour faire face à une tempête de neige à l'inverse d'une ville où c'est un phénomène fréquent. Quand on peut prévoir le climat, on sait s’adapter. Mais s'il change trop vite, comment faire ? Paradoxalement, l'un des risques majeurs du changement climatique, c'est qu'il reste pour une bonne part très incertain. Et il ne faut donc pas faire croire aux gens que les scientifiques peuvent tout prédire.
 
Que faire face à ce réchauffement climatique qui s’annonce sévère ?
 
Il faut absolument se poser des questions sur la consommation et les inégalités sociales. Il faut que l’on consomme moins d’énergie et moins de matières premières. Il nous faut un monde d’énergie sobre. Mais au nom de quoi les dirigeants des pays occidentaux pourraient demander aux gens d’être sobres alors que le modèle mis en avant, la réussite sociale, c'est la richesse sans limites ? Et donc la consommation d'énergie sans limites ? Une politique drastique de réduction des inégalités sociales est indispensable si l'on veut convaincre les populations d'économiser l'énergie. Prenons un exemple : si vous voulez que tout le monde roule en petite voiture économe, il faut supprimer les Porsche et les Ferrari. La solution la plus simple, c'est que personne ne puisse en acheter.
 

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