Tribunal correctionnel de Paris : deux gradés reconnaissent avoir harcelé sexuellement une gendarme réunionnaise

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Harcèlement gendarmes réunionnaise
©LOIC VENANCE / MYCHELE DANIAU / AFP
La 10ème chambre correctionnelle de Paris jugeait ce mardi deux gendarmes de Joigny dans l'Yonne. Une jeune gendarme, âgée de 26 ans et originaire de la Réunion, les accusent de harcèlement sexuel et moral. La décision a été mise en délibéré au 5 avril 2016
A l'ouverture du procès, la Présidente évoque une affaire "extrêmement délicate" qui repose sur une cinquantaine de procès verbaux d'audition, parfois contradictoires, et sur des "impressions" de la hiérarchie.

A la barre, en tenue de gendarme, la jeune femme répond d'une voix appuyée aux questions de la Présidente, mais perd parfois le fil des événements et des dates qui remontent à 2013. La Présidente énonce les propositions salaces, les gestes obscènes des deux gradés. "Ça te dit un plan à trois?", "Fais-moi une pipe", "Les Réunionnaises sont chaudes du cul", "montre-moi ce que tu sais faire"... La liste des faits et des gestes reprochés est longue. "C'était normal, c'était habituel", affirme la jeune femme qui à deux reprises ne peut cacher ses larmes. L'un des deux prévenus s'autorisera même, confirme-t-elle, à "pointer son pistolet à deux reprises dans ma direction en disant : "clic, clic". Des accusations que la Présidente veut vérifier devant la gendarme en les qualifiant "d'une extrême gravité." Devant le tribunal, les deux gendarmes accusés ont reconnu que leur comportement pouvait être assimilé à du harcèlement.

"Je retire ton arme"

Ces mauvais traitements caractéristiques du harcèlement font perdre pied à la jeune Réunionnaise. Au bout d'un an, elle craque et contacte une association de défense des droits militaires. Jacques Bessy, le président de l'Adefdromil raconte qu'"un jour elle s'est effondrée sur le bureau et un de ses camarades, qui l'a vu dans cet état, lui a dit : je retire ton arme, il ne faut pas que tu te suicides". Et d'accuser la hiérarchie militaire : "elle cherche à minimiser, elle est réticente à rendre compte à l'échelon supérieur parce que le fait de révéler ces faits la met d'une certaine manière en cause." L'un des supérieurs à d'ailleurs écrit au Procureur pour dénoncer "les affabulations" de la jeune militaire, précisant: "si nous n'avons rien vu c'est peut-être parce qu'il n'y avait rien à voir." 

Des "plaisanteries" pour l'un, des "blagues salaces" pour l'autre mais pas de harcèlement

Derrière la jeune femme qui fait face à la Présidente, les deux militaires restent impassibles. Durant l'enquête, l'adjudant, âgé 38 ans, et le maréchal des logis, âgé de 37 ans, avaient évoqué des "plaisanteries" pour l'un, des "blagues salaces" pour l'autre, tous deux niant formellement une forme de harcèlement. Le premier est qualifié par sa hiérarchie d'"excellent militaire". Le second, c'est l'inverse, "fainéant" et "obsédé par le sexe". "C'est à se demander comment il a pu rester gendarme si longtemps", ajoutera la Présidente.

Le Procureur a requis un an de prison avec sursis pour les deux prévenus ainsi que des peines d'interdiction d'exercer le métier de gendarme de cinq ans pour l'un des prévenus et définitive pour l'autre. La décision a été mise en délibéré au 5 avril 2016.