2021 : année du rebond pour le nickel calédonien

transition énergétique
Visite projet Lucy Prony resources
©Brigitte Whaap
On connaissait le ferronickel. Cet alliage de l’acier inoxydable a fait la réputation de l’industrie métallurgique calédonienne depuis la fin du 19ème siècle. Désormais, il faut aussi compter avec un autre nickel, « électrique » produit par la troisième grande usine du Territoire : Prony Resources.

En 2021, les turbulences ont été surmontées, encore une fois. Les trois usines du Territoire sont sur leurs marques, prêtes à bondir. Elles ont pu compter sur des mineurs et des métallurgistes hautement qualifiés et soucieux de l’environnement, mais aussi sur le soutien de l’Etat et de leurs grands actionnaires privés : Eramet, Glencore et Trafigura.

Nickel, solaire, la Nouvelle-Calédonie avance à grands pas

Une demande mondiale en forte croissance a soutenu l’industrie et les cours du nickel. Après la SLN, après KNS, c’est désormais  l’usine du Sud, Prony Resources, qui a attiré l’attention avec son produit destiné aux batteries des voitures électriques : son principal client s’appelle Tesla.

2021, fut une année de forte hausse pour les cours du métal qui ont retrouvé leur niveau de 2014. Seules baisses, en mars, quand le groupe chinois Tsinsghan a annoncé qu’il allait produire du nickel pour les batteries électriques à partir d’un concentré destiné à l’acier. Mais il y avait loin de l’annonce à la concrétisation ont estimé les investisseurs qui n’ont pas paniqué. Enfin, les déboires du géant de l’immobilier chinois Evergrande ont fait craindre une baisse de la demande en métaux et les cours du nickel ont de nouveau baissé, mais pas pour longtemps.

LME
Trader des métaux industriels (Commodities) au London Metal Exchange pendant la séance du Nickel ©Alain Jeannin

La forte croissance du marché des batteries électriques a eu raison des craintes de la Bourse des métaux de Londres (LME) qui fixe les cours de référence du nickel. Et les prix de l’acier inoxydable ont progressé, assurant les ventes de ferronickel calédonien.

La Nouvelle-Calédonie a conservé sa place de cinquième producteur mondial, malgré la pandémie qui aura touché les mines et les usines, et en dépit d’une météo souvent pluvieuse qui n’a pas favorisé l’extraction minière. Le professionnalisme  et les efforts des mineurs du Territoire ont maintenu un niveau d’exportation important mais "contraint".

Transport du nickel chez la SLN en Nouvelle-calédonie
Transport du minerai de nickel dans l 'usine SLN (Eramet) de Doniambo en Nouvelle-Calédonie ©Alain Jeannin

L'activité d’Eramet en Nouvelle-Calédonie s’est maintenue et a bénéficié du rebond du marché de l'acier inoxydable en Chine. Mais l’usine de Doniambo, celle de la SLN, n’a pas produit suffisamment d’alliage de ferronickel. "Les activités sur mine et à l’usine de Doniambo ont été pénalisées par de nouvelles perturbations, notamment liées à l’explosion des cas de Covid-19 en cours d’année", a confirmé le groupe français des métaux de la transition énergétique.

SLN
L'usine de Doniambo (SLN-ERAMET) est le berceau mondial de l'industrie du nickel ©Delphine MAYEUR/AFP

Pour la SLN, le plus beau cadeau en cette fin d’année aurait été une nouvelle centrale électrique qui permettrait au plus ancien producteur de nickel de la planète de faire baisser ses coûts de production tout en diminuant fortement son impact environnemental. La SLN devra encore patienter…

En attendant, les résultats d’Eramet dans le nickel ont été valorisés grâce à la production importante réalisée en Indonésie.

La grande usine du Nord, celle de KNS, pense avoir résolu les défis de sa montée en puissance. Sa ligne de production de nickel à haute teneur utilise une technologie innovante et intégrée. Bonne nouvelle, en novembre, Koniambo nickel a produit les 3000 tonnes de nickel attendues, s’inscrivant dans une stratégie de régularité opérationnelle : "Nos actionnaires (Glencore et SMSP) estiment que nous sommes capables d’atteindre, dans 6 mois, notre point d’équilibre financier" a déclaré Alex Rousseau, Directeur de la Communication de KNS, en réponse à Outre-mer 1ère.

KNS
L'usine de nickel du Nord (Koniambo Nickel-KNS) en Nouvelle-Calédonie ©Claudine WERY/AFP

L’usine du Sud, dont le nouveau nom commercial est Prony Resources, a fait la Une de l’actualité : accord avec l’américain Tesla pour la livraison de nickel électrique, lancement de l’énorme projet Lucy de stockage des minerais à sec, et puis, en décembre, annonce de la construction de la plus grande centrale solaire du Pacifique Sud, en partenariat avec TotalEnergy. " L’Usine du Sud fonctionne, ça fait 6 mois qu'on est en résultat positif, on délivre notre feuille de route et notre rôle est d'être le moteur économique du Grand Sud (calédonien)", a déclaré à la presse Antonin Beurrier, PDG de PRNC.

Prony
Usine du Sud (Prony Resources) en Nouvelle-Calédonie. Elle produit le nickel des batteries électriques. ©Claudine WERY/AFP

Véritable avancée pour un Territoire déjà perçu comme "producteur responsable", le site industriel de Prony Resources s’engage à fond dans la transition énergétique. TotalEnergies va développer un projet solaire de 160 MW en collaboration avec le consortium minier et métallurgique du grand Sud calédonien.

La mise en service d’une première centrale photovoltaïque de 30 MW est prévue en 2023. Elle va alimenter l’usine du Sud et le Territoire en énergie verte. Un contrat d’achat d’électricité renouvelable (PPA) d’une durée de 25 ans a été signé entre les deux entités, précise un communiqué conjoint diffusé lundi 20 décembre.

NICKEL
Produit intermédiaire de nickel de qualité batterie (NHC-MHP) produit en Nouvelle-Calédonie chez Prony Resources ©Nicolas Fasquel

Le grand bond en avant de l’industrie calédonienne 

"La Nouvelle-Calédonie représente 7 à 8 % de l'offre mondiale dans un marché en forte croissance (6-7% par an en tendance). La Nouvelle-Calédonie dispose d'une large base de réserves. Les exportations de minerai sont très rentables. Prony a l'opportunité de capitaliser sur un marché des batteries solide. Les producteurs de ferronickel (SLN et KNS) doivent encore réduire leurs coûts mais je pense qu’ils vont y parvenir" estime Jim LENNON, analyste chez Red Door Research pour la banque d’investissement australienne Macquarie.

En Nouvelle-Calédonie, la transition énergétique est en marche pour réduire l’empreinte carbone de l’industrie du nickel mais aussi pour mieux s’attaquer à des concurrents souvent moins vertueux. Et le marché, dont le cœur bat à la City de Londres, aiguillonné par les ONG et les banques, entend privilégier le nickel "vert" produit en Nouvelle-Calédonie. Et sur l'année, les cours du métal ont progressé de plus de 18%.

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En violet, les cours du nickel au LME de Londres le 07/10/2021 en soirée. ©Neon/Marex Spectron