A Kourou en Guyane, on cultive la patience en attendant le lancement du James Webb

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Le miroir du télescope spatial James Webb qui se déploiera dans l'espace. ©Chris GUNN / NASA / AFP
À Kourou, un calme olympien règne sur la salle de contrôle Jupiter du centre spatial guyanais, où des incidents mineurs puis surtout la météo ont reporté à samedi le lancement très attendu du télescope spatial James Webb.

"Il nous tarde que ça décolle", avoue avec le sourire Jean-Luc Mestre, directeur adjoint des opérations et ingénieur au CNES (Centre national d'études spatiales). "Tout est prêt, il reste la météo".  Justement, la prévision est finalement passée au vert, alors que depuis des jours de grosses averses balaient avec régularité la forêt humide environnante. On n'en perçoit rien dans la salle Jupiter avec ses hauts murs aveugles, dominée par des écrans et où convergeront toutes les informations permettant de coordonner les opérations de lancement.

Rien n'y laisse présager non plus l'importance de l'évènement, à savoir le lancement dans l'espace d'un instrument ayant demandé plus de 25 ans de travail, pour un coût d'environ dix milliards de dollars. Et attendu surtout par la communauté des astronomes et astrophysiciens comme pouvant révolutionner leurs observations de l'Univers.

"Il y a bien une implication particulière sur ce projet, on en ressent l'enjeu", admet pour sa part Bruno Erin, chef de mission Arianespace. Mais de l'appréhension, non. Question d'expérience et d'entraînement. La tension sera sans doute plus palpable samedi dans les rangs des spectateurs : scientifiques, industriels et responsables du programme, Nasa en tête, avec les agences spatiales européenne (ESA) et canadienne (CSA). Ils seront tous suspendus aux images et consignes égrenées derrière les trois grandes baies vitrées les séparant du "bocal" du centre de contrôle.


Un soir de Noël particulier


A priori, plus rien ne devrait empêcher le lancement, déjà reporté à trois reprises depuis l'arrivée de l'instrument à Kourou en octobre dernier. Une bagatelle au regard des années de retard enregistrées par le programme, à cause de sa complexité et des défis techniques rencontrées pour le mener à bien. 

A Kourou, deux incidents mineurs ont retardé son lancement. Avec le déclenchement intempestif au sol d'un système de séparation de l'instrument censé intervenir en vol. Puis un problème de communication avec le système au sol. Les caprices de la météo ont motivé le troisième report.

Pourtant, rien ne semble pouvoir ébranler la course des 780 tonnes de la fusée. Mais comme l'explique Vincent Bertrand-Noël, responsable Sauvegarde vol au CNES, le véritable risque est qu'un incident après le décollage n'amène ou ne force à la destruction de la fusée. Avec les risques que la chute de ses débris comporterait pour les plus de 25.000 habitants de Kourou et ses environs. "En plus, quand il y a un lancement, tout le monde va à la plage pour y assister", ajoute l'ingénieur. La cellule qu'il dirige, complètement autonome du centre de contrôle, a toute latitude "pour intervenir si besoin, si la fusée venait à sortir de son couloir de vol", comme c'est arrivé en 2019 avec un lanceur Vega qui venait de se briser en deux.

A lui alors d'appuyer sur un bouton qui va faire exploser le lanceur en une pluie de débris. La commande envoyée à la fusée y déclenche une explosion par mélange des combustibles de ses réservoirs. Des cordons pyrotechniques fragilisent quant à eux la structure de l'engin pour faciliter cette dislocation. D'où l'importance des prévisions météo, y compris à très court terme. Trois heures avant le lancement, un lâcher de ballon-sonde "permet d'analyser le mille-feuille des différentes couches de vent traversées", explique le responsable.

En l'occurrence, les prévisions ont été jugées suffisamment bonnes pour autoriser le transfert jeudi matin du lanceur vers son pas de tir, pour un lancement prévu le surlendemain, sur un créneau d'exactement 32 minutes et démarrant à 09H20 (heure locale). Jean-Luc Mestre et ses collègues y seront dès minuit pour un soir de Noël particulier. Avec le démarrage de la chronologie finale menant jusqu'au lancement. Et en pariant que d'ici là la prévision météo tienne: "Si tout va bien on va réveillonner dans Jupiter, en restant sobre".