Coronavirus : Charles Germain, Calédonien rapatrié de Wuhan, raconte la vie en quarantaine

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Wuhan
Charles Germain est en quarantaine à Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhone. ©HECTOR RETAMAL / AFP
Confinés depuis dix jours près de Marseille, les rapatriés de Wuhan, épicentre chinois du coronavirus, tentent de reprendre un semblant de vie normale. Parmi eux, Charles Germain. Cet artificier natif de Nouvelle-Calédonie raconte le quotidien de cette vie en quarantaine.  
 
Plus de 200 personnes sont à l'isolement 14 jours, période d'incubation du virus, à Carry-le-Rouet, dans le sud de l'Hexagone. La plupart sont arrivées le 31 janvier dans un premier avion, d'autres le 2 février. Personne ne présente de symptômes du coronavirus, selon les derniers tests. Dans la commune des Bouches-du-Rhone, les conditions de confinement sont strictes : port du masque obligatoire, prise de température deux fois par jour et interdiction de tout contact physique avec l'extérieur.
Charles Germain
Charles Germain sur la plage de Carry-le-Rouet. ©HECTOR RETAMAL / AFP

 

"Pas choisi d'être là"

Charles Germain est l'une des 225 personnes présentes dans le centre de vacances qui accueillent les rapatriés de Wuhan. "Les gens se lèvent et savent comment occuper leur journée", se félicite ce natif de Nouvelle-Calédonie de 38 ans, à l'initiative d'un groupe de messagerie pour diffuser auprès des rapatriés des informations pratiques sur la vie du centre.
       
Avant son confinement, cet artificier, séparé de sa femme restée à Wuhan, ne savait pas à quoi s'attendre. Au départ, "on pense plus à des médecins qui vont nous suivre en permanence". "On pourrait passer deux semaines dans une chambre (en quarantaine) et on n'en mourrait pas, mais je pense que les gens déprimeraient", explique l'adepte du tai-chi, une forme de gymnastique chinoise.
       
Certains des "rapatriés" se retrouvent pour pratiquer la discipline, en fin d'après-midi, face à la Méditerranée qui borde le centre de vacances. À l'intérieur, dans une salle ornée de rideaux bleus accueillant habituellement des spectacles, l'un des rapatriés, Vincent Lemarié, explique à six non francophones les bases grammaticales de la langue de Molière. Un autre a repris ses ciseaux de coiffeurs. 

"On n'avait plus de contact avec l'extérieur"

Ces activités permettent de "retrouver ce lien social qu'on a perdu en étant en quarantaine en Chine", dit-il. Depuis le 23 janvier, Wuhan et ses 11 millions d'habitants ont été de facto coupés du monde par les autorités dans l'espoir d'enrayer l'épidémie. Les rapatriés ont donc déjà vécu un confinement là-bas. À Wuhan, "on avait notre lien familial à la maison mais rien de plus. On n'avait plus de contact avec l'extérieur", rappelle Charles Germain.
       
A Carry-le-Rouet, ce lien social se recrée. Mais Charles Germain refuse d'être considéré comme un vacancier. "Nous n'avons pas choisi d'être là", rappelle-t-il, soulignant que la majorité des gens avaient construit une vie en Chine. Cette expérience de la solidarité, basée sur les savoirs faire des uns et des autres, prendra fin vendredi. Les rapatriés se disperseront et devront reconstruire leur vie, sans savoir quand ils pourront retourner en Chine.
       
Beaucoup ont du mal à se projeter dans l'avenir. Un professeur s'interroge sur son prochain point de chute et le coiffeur pourrait temporairement exercer chez un ami dans le Nord de la France. Charles Germain a lui un souhait : revoir tout le monde à Wuhan autour d'un verre quand la situation le permettra.