Coronavirus : la Polynésie au défi de la barre des 70% de vaccinés

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Vaccinodrome Présidence
©Pol.1
Objectif 70% : face à la vague épidémique, la Polynésie est lancée dans un marathon pour relever sensiblement le niveau de vaccination d'une population parfois réticente, après les débuts poussifs de sa campagne d'injections.

"Beaucoup de familles polynésiennes ont perdu un des leurs de la maladie, ça les incite à se faire vacciner", explique Daniel Ponia responsable de la vaccination à la plateforme Covid-19 de la Direction de la santé de Polynésie, venu samedi (dimanche à Paris) aider à l'organisation de ce centre de vaccination installé dans la cour de la présidence à Papeete.


"J'ai perdu une de mes amis qui n'était pas vaccinée", raconte ainsi Lii Johr, qui est venu recevoir une dose samedi malgré sa phobie des piqûres. "On a peur du vaccin, on ne sait pas ce qu'il y a à l'intérieur. Mais si on réfléchit bien, ce n'est pas que nous que ça regarde, c'est mondial, alors il vaut mieux se faire piquer", assure-t-il.

Vaccination


La Polynésie qui avait fermé ses frontières en mars 2020 n'a pas été touchée par la première vague du Covid. Elle a connu une sérieuse alerte en octobre avec de nombreux cas détectés, mais "quand on a reçu les premiers vaccins", début 2021, "l'épidémie commençait à décroître", indique-t-il.


"Le revers de la médaille d'avoir une incidence basse et plus de décès pendant deux mois", c'est que quand on parlait vaccins aux habitants de l'archipel ils répondaient: "Pourquoi veux-tu m'embêter avec la vaccination si ça va mieux ? Je suis en bonne santé et il n'y a plus de cas chez nous" ou encore "Je suis sur une île, je suis isolé, la maladie c'est pour vous", témoigne M. Ponia.
    

Depuis début août, cependant, le territoire a connu une véritable flambée de cas en très peu de temps et "tout le monde s'est rué sur les centre de vaccination", raconte M. Ponia: on est passé de 29% de personnes ayant reçu une première dose de vaccins fin juillet, à plus de 50% début septembre.  

Les réseaux sociaux


Mais pour atteindre la barre de 70% il faut toujours expliquer, rassurer, convaincre, car "aujourd'hui tout le monde est sur internet et les réseaux sociaux" où la peur du vaccin est alimentée par les "rumeurs" sur la dangerosité du virus. 


"Il y a également un impact de la religion" sur la non vaccination avec des arguments comme "Dieu va nous préserver de la maladie, la prière suffit", explique également M. Ponia qui assure avoir "quelques connaissances bibliques à leur opposer". "Il y en a que j'arrive à faire changer d'avis", dit-il.


Mais alors que le haut-commissaire et le ministre de la Santé disent réfléchir à l'établissement d'un pass sanitaire, c'est l'obligation d'être vacciné pour tout voyage entre les différentes îles, qui pourrait finir de convaincre certains réfractaires dans cet archipel qui s'étend sur une surface grande comme l'Europe, et où on se déplace en avion et en bateau.
  

Ainsi Germaine Tetua, quinquagénaire venue à la présidence pour sa première dose de vaccins, doit "prendre l'avion mardi pour rejoindre (sa) mère aux Tuamotu, qui est très malade". "On n'a pas le choix, pour prendre l'avion on est obligé de passer par le vaccin". Sans ça, elle "ne sait pas" si elle se serait fait vacciner. "On a tellement de doutes, on entend plein de trucs, sur les réseaux sociaux, ça nous freine un peu", témoigne-t-elle.
    

Mêmes hésitations pour Rehu Moano, qui vient se faire vacciner parce que son père a eu le Covid et qu'il doit prendre l'avion pour lui rendre visite. "Il y a des gens qui sont morts après les premières vaccinations, c'est ça qui m'a mis le doute", explique-t-il mettant en cause les médias et leurs informations.