Creil : une famille antillaise touchée de plein fouet par le Coronavirus

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Samu Paris
©Lionel BONAVENTURE / AFP
Habitant dans les environs de Creil, un des premiers foyers épidémiques de l'Hexagone, les deux parents de la famille Génipa ont été diagnostiqués positif au Covid-19 . Plongé dans un coma artificiel, le père est en réanimation à la Pitié Salpétrière à Paris.
 
Diana Génipa se souvient très exactement du moment où sa vie a basculé. Au début du mois de mars, son mari, Stécy, 34 ans, est diagnostiqué positif au Covid-19. Une semaine plus tard, plongé dans un coma artificiel, il se retrouve en réanimation à l'hôpital de la Pitié Salpétrière, sous respirateur artificiel. "Ses poumons sont hors service. Au téléphone, les médecins sont transparents. Ils me disent tout. Je sais qu'ils essaient un nouveau traitement et qu'ils font leur maximum. Mais j'ai l'impression qu'ils me préparent au pire".

Diana appelle tous les jours. Et c'est seulement hier (mercredi 25 mars) qu'une petite note d'espoir arrive enfin. "Nous avons aperçu une légère amélioration sur le plan respiratoire" explique l'hôpital. "Là, je leur ai dit merci". Mais Diana ne peut toujours pas rendre visite à son mari. 
famille Creil OK
Diana et Stécy ©DR


Récit d'un calvaire

Tout commence le mardi 3 mars. Le soir, son mari rentre du travail et tousse légèrement. Le lendemain, il se réveille fatigué, avec de la fièvre. Au boulot, c'est son patron qui le renvoie chez lui. Sa femme appelle le SAMU, puis leur médecin traitant. Ce dernier diagnostique une pharyngite et Stécy est arrêté 3 jours. Mais son état continue de se dégrader. En plus de la fièvre, il vomit du sang.

Le samedi, le SAMU parle d'une bronchite asthmatiforme doublée d'une inflammation de l'oesophage, sans autre recommandation. "Mon mari a horreur des hôpitaux. Mais c'est lui qui me demande de l'emmener à celui de Gonesse tellement il se sent mal ", se souvient Diana.
 

Diagnostic compliqué

Dans un premier temps, Stécy semble avoir échappé au virus. Mais les examens complémentaires infirment ce premier diagnostic. Depuis l'hôpital, c'est finalement lui qui informe sa femme de son état. "Il m'envoie un texto : 'J'ai le covid 19'. J'ai cru qu'il avait oublié le 'pas' ou qu'il délirait". Finalement, un médecin confirmera le verdict. Il est transféré à Pontoise, sans que Diana ait pu le voir.
 

Tout bascule

Puis, en peu de temps, tout bascule. Le mercredi 11, on constate une tache sur la partie gauche de son poumon. Son besoin en oxygène augmente et nécessite un transfert en réanimation. Un médecin lui explique : "En fait, les deux poumons de votre mari sont totalement endommagés de façon bilatérale. On risque de le plonger dans le coma". Une claque pour Diana qui insiste pour le voir à cause de sa phobie des hôpitaux. Mais quand elle arrive à Pontoise, un médecin l'appelle : "Madame, c'est fait. On l'a plongé dans le coma". Mais pourquoi si vite ? Réponse du praticien : "Madame, écoutez-moi. Quand on a quelqu'un qui est en train de mourir sur nos bras, on se doit d'intervenir immédiatement".
 

Transféré à Paris

Elle peut néanmoins enfin le voir. Elle découvre un corps inerte, pris de soubresaut quand il tousse. Comme son état se dégrade encore, il est à nouveau transféré, cette fois-ci, à la Pitié Salpétrière à Paris, où il peut bénéficier des deux machines dont il a besoin : l'une pour oxygéner son sang, l'autre qui lui sert de poumon artificiel. Accessibles et transparents, les médecins n'ont jamais caché la gravité de l'état de Stécy "un état très très grave et nous n'avons pas de recul sur cette maladie". "Ils me préparent au pire", estime la jeune femme.
 

Elle aussi contaminée

Diagnostiquée positive, c'est la foi qui lui permet de tenir (" Grâce à Dieu, ca va. Je peux attendre "). Car bien sûr, sa vie est chamboulée. Mère de deux enfants en bas âge, Diana en attend un troisième. Confinée chez ses parents, elle pense avoir contaminé son père, mais il ne développe pas de symptômes.

Dans cette épreuve, c'est finalement l'administration qui lui pose le plus de problème. L'ARS (Agence Régionale de Santé) et la CPAM (Caisse Primaire d'Assurance Maladie) se renvoient la balle pour la délivrance de l'arrêt maladie dont elle a besoin pour son employeur. En revanche, elle salue la disponibilité des médecins, découvre que les personnes jeunes sont tout autant concernées que les autres par le virus. Et prie régulièrement pour la santé de son mari.
 

Témoignage en vidéo

Lundi 30 mars, nous avons pu recueillir en vidéo le témoignage de Diana Genipa :
©la1ere