Des poupées noires pour "transmettre l’amour du physique caribéen"

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Poupées
©Outre-mer la 1ère
Noëlle et son mari Yannick ont lancé début novembre Maman Afro. Une boutique en ligne pour que les enfants afro-antillais s'imprègnent de leur culture et s’amusent avec des poupées “à leur image”.
Il y a d’abord, Maéva, au visage encadré d’une épaisse et brillante chevelure bouclée. Il y a aussi Alma, Ava, et Aya aux robes colorées d’influence afro-caribéenne. “Aux Antilles on aime vraiment ce qui est coloré, ça se ressent dans nos vêtements”, explique Noëlle, la “maman” de ces poupées. 

Une à une, la jeune femme originaire de Guadeloupe extrait fièrement ses poupées aux différentes carnations de peau de leurs emballages pour nous les présenter. Le teint marron ou métissé, les cheveux lisses, bouclés ou crépus, ces poupées se veulent “à l’image des enfants afro-caribéens”.  
 
Poupées
 

Déclic

Faire des enfants des adultes sûr d’eux en leur donnant des jouets qui leur ressemblent, c’est le crédo de Maman Afro. Lancée par Noëlle et son mari Yannick fin novembre, cette boutique en ligne propose à la vente des poupées noires et métissées mais aussi des jeux, de la décoration ou encore des livres qui mettent en scène des personnages afro-caribéens. “Par exemple, on a l’histoire de Loane, une jeune fille antillaise. On peut suivre ses aventures en français et en créole”, détaille Noëlle. 

La vente en ligne, c’est tout nouveau pour la Guadeloupéenne. Ingénieure en informatique, elle s’est lancée dans l'aventure de Maman Afro après un déclic l’année dernière. En devenant maman, transmettre “l’amour de la beauté caribéenne” est devenue pour elle une priorité. 

La jeune femme grandit en Île-de-France, loin de son île de coeur, et ses parents fidèles à leur culture antillaise s’attachent à lui transmettre. “Ma mère me racontait il y a quelques jours encore qu’elle allait jusqu’en Angleterre pour ramener des barbies au teint métissé avec les cheveux bouclés, se remémore-t-elle. Elle faisait un stock et revenait avec en France et me les offrait au fur et à mesure pour Noël ou les anniversaires.” 
 

J’ai vraiment grandi en me sentant à l’aise, avec ma couleur de peau, mes cheveux afro et ma beauté. Je me suis rendu compte que ce n'était pas forcément le cas de toutes les petites filles.


Un choix qui doit être conscient

Maintenant que c’est à mon tour de transmettre la beauté afro-caribéenne à mes enfants, avec mon mari on s'est posé la question pour qu’ils puissent se sentir bien dans leur peau. J’ai envie que mes enfants aient le même amour de leur beauté", insiste Noëlle. 

Mais le couple se rend rapidement compte que la tâche n’est pas forcément évidente. Les marques de jouets se sont incontestablement mises, depuis quelques années, à proposer une gamme de poupées plus variées, reconnaît cependant Noëlle. Aujourd’hui, plus besoin de prendre l’Eurostar pour ramener une cargaison de poupées noires. Mais pour elle, la difficulté réside surtout dans la démarche :  “Quand on vit en Guadeloupe c’est simple, la transmission de la culture va se faire automatiquement, on baigne dedans. Mais quand on est en France métropolitaine par exemple, le choix doit être conscient. C’est un défi auquel on n'est pas forcément préparé.

Pour faciliter la tâche aux parents, le jeune couple décide donc de lancer la plateforme Maman Afro : “On s’est dit qu’on allait lister tous les magasins qui font ça, tous les auteurs indépendants qui mettent en scène des personnages afro-caribéens et puis en faire une boutique qui rassemble ces initiatives en un seul lieu, pour que les parents trouvent des jouets qui ressemblent à leurs enfants.” 

Disponible dans l’Hexagone et dans les Outre-mer, le site a “démarré fort”. “On a déjà vendu une vingtaine de poupées”, se félicite Noëlle, persuadée que “lorsqu’un enfant grandit avec des représentations de lui-même dans ses jouets, dans ses livres ou dans sa déco, il devient un adulte sûr de lui.