DOCU. Il y a cent ans, René Maran était le premier écrivain noir à décrocher le prix Goncourt

documentaire
En 1921, le Goncourt distingue "Batouala, véritable roman nègre". Le livre dénonce le colonialisme méprisant et déclenche la polémique. Le film "René Maran, le premier Goncourt noir" permet de redécouvrir la vie de cet auteur ultramarin, grande figure de la littérature, trop longtemps oublié.

L'auteur occupe, au moment de l'annonce du Goncourt 1921, le poste d'administrateur du ministère des Colonies. René Maran est alors inconnu des cercles littéraires parisiens et encore plus du public.

Résolument humaniste

Réné Maran connaît l'Afrique. Il y passe sa petite enfance. Nommé administrateur colonial en Oubangui-Chari (actuelle République Centrafricaine), il y vit depuis 1912. Il décrit dans son roman l'Afrique comme il la voit, se voulant impartial. Il observe, constate, enregistre, tel un ethnologue. La préface de "Batouala, véritable roman nègre" -titre original- provoque un scandale. L'écrivain y dénonce crûment l'attitude des colons et remet en cause le bien fondé du colonialisme.

Tu bâtis ton royaume sur des cadavres. Quoi que tu veuilles, quoi que tu fasses, tu te meus dans le mensonge. A ta vue, les larmes de sourdre et la douleur de crier. Tu es la force qui prime le droit. Tu n’es pas un flambeau, mais un incendie. Tout ce à quoi tu touches, tu le consumes…

René Maran, préface de Batouala, véritable roman nègre, Albin Michel

La réalité de ces propos sera confirmée, quelques années plus tard, par le pape des lettres françaises André Gide. Celui-ci dénoncera l'exploitation humaine dans "Voyage au Congo" en 1927.

Pionnier, il affirme l'identité noire

René Maran subit les foudres de l'institution coloniale malgré le soutien de son ami de lycée, Félix Eboué. Il démissionne de l'administration française au milieu des années 20. Batouala est interdit en Afrique. Son auteur revient dans l'Hexagone pour embrasser pleinement une carrière d'homme de lettres. Il s'installe à Saint-Germain, quartier parisien des écrivains et des musiciens. En 1927, il épouse Camille Berthelot, qui le soutiendra toute sa vie.

René Maran fréquente le salon des soeurs Nardal. Il rencontre Aimé Césaire, Léon Gontran-Damas et Léopold Sédar Senghor. Ce dernier désigne Maran comme le "précurseur de la Négritude".

Un documentaire inédit

À travers de nombreux témoignages, notamment ceux des académiciens Dany Laferrière et Amin Maalouf, le film raconte les désillusions de cet intellectuel et montre la réalité du système colonial. Le petit-fils de René Maran, Bernard Michel, ouvre également, pour la première fois, l’ensemble de ses archives personnelles riches en photos, lettres et manuscrits.

Coréalisé par Fabrice Gardel et Mathieu Weschler, assistés d’Alexia Klingler.
Production Bérénice Médias Corp, avec la participation de France Télévisions.
Durée 52 min - Année 2021