DOCU. Maman Potomitan, la monoparentalité en Guadeloupe

famille la guadeloupe
Aujourd’hui, en Guadeloupe, une famille sur deux est considérée comme monoparentale et beaucoup d'enfants ne grandissent qu’avec leur mère. Une réalité sociale bien ancrée mise en lumière dans ce documentaire sensible qui donne la parole à plusieurs de ces mamans potomitan.

Aux Antilles-Guyane, la monoparentalité est trois fois plus importante que dans l’Hexagone. En 2019, six naissances sur dix n'étaient pas reconnues par le père en Guadeloupe, contre une sur dix dans l'Hexagone. Les difficultés des familles monoparentales sont accentuées en Outre-mer par des spécificités sociales, économiques et culturelles. La monoparentalité est un schéma familial qui s'inscrit dans la durée, il ne s'agit pas d'une transition avant de devenir ou recréer une famille recomposée.


En Guadeloupe, selon l’Insee, près de 60 % des enfants vivent dans une famille monoparentale portée par la mère. À l’origine de cette situation, plusieurs raisons : des mariages plus rares, des naissances hors mariage largement majoritaires, des maternités précoces plus courantes, la cohabitation de jeunes adultes avec leur(s) parent(s) plus fréquente. Ces réalités sociales ne doivent pas cependant masquer les parcours singuliers de ces parents solos qui, petit à petit, tentent de faire évoluer les normes de la famille guadeloupéenne. 

Maman potomitan
Coralie et son fils Cléo qu'elle a eu à 22 ans ©Bérénice Médias Corp.

Maman potomitan

En Guadeloupe, le chef des familles monoparentales sont dans 90% des cas les mères. Elles sont souvent désignées comme des maman potomitan, c'est-à-dire des femmes qui sont le pilier central au coeur de la famille et qui la font tenir debout. Cette expression qui se veut valorisante n'étouffe-t-elle pas les femmes dans un rôle d’héroïne à l’engagement maternel sans failles ? N’est-ce pas là un moyen de mettre la mère sur un piedestal face à la défaillance du père ? Une glorification de la mère courage célébrée par la vie domestique ? 

Des schémas familiaux complexes

Ce documentaire donne la parole à des femmes mais aussi à des hommes sur leur vécu de cette monoparentalité souhaitée ou subie. Ils livrent leurs ressentis sur ce pan de leur vie avec une certaine mélancolie, voire de l'amertume pour certains. Un point est commun cependant à tous : l'amour inconditionnel pour leurs enfants. 

Maman potomitan
Stéphanie est venue en Guadeloupe rencontrer son père ©Bérénice Médias Corp.

Des témoignages forts

"Quand je suis arrivée en Guadeloupe, ce qui m’a le plus touchée c’est l’extraordinaire banalité de ma situation ". C'est le constat que fait Stéphanie Mulot, anthropologue, venue en Guadeloupe à la rencontre de son père après 21 ans sans le voir. Cette réalité, elle n’en avait pas conscience car elle a été élevée par sa mère dans l’Hexagone. 

Je suis la seule à tout gérer, mais je ne suis pas pour autant un papa

Nanou, qui élève seule ses deux garçons

 

"Il faut tenir, si on ne tient pas, c'est la débandade et les enfants seront de travers à droite et gauche ", indique Maryse, la doyenne des mamans, dont le témoignage rappelle que, pour ces femmes, occuper la position de "chef de famille" est d'autant plus difficile que, pour la plupart d'entre elles, cela se conjugue avec une précarité économique.

Dans l'intimité et les confidences des familles

Ce documentaire met aussi en lumière l'accompagnement qu'apportent à ces mères isolées les travailleurs sociaux de la CAF (Caisse d'Allocations Familiales), qui vont souvent au-delà de leur simple mission en s'impliquant humainement auprès des familles. Pourquoi les familles monoparentales sont-elles si nombreuses sur ce territoire ? Quels sont les combats menés par ces femmes au quotidien ? Et le père, où est-il ? Qui est-il ? Pourquoi démissionne-t-il ? Autant de questions auxquelles tente de répondre ce documentaire qui nous fait pénétrer dans l’intimité des familles.

Production : Bérénice Médias Corp.
Un film de Ludovic Chapuis, Barbara Olivier Zandronis, Eunice Victoria et Dimitri Zandronis
Musique originale : Patrick Josafath (Patko)
Durée : 52 minutes - 2021