DOCU. Vieux Créoles à Paris : ils racontent leur choix de l'aventure hexagonale dès les années 1940

éducation
À partir de 1946, la départementalisation favorise la venue de milliers d’Antillo-Guyanais dans l’Hexagone. Ce documentaire donne voix à quelques uns de ceux qui ont fait le choix délibéré de partir pour vivre mieux, évoluer et donner le maximum de chances de réussite à leurs enfants.

Le choix de l’exil

Ce film retrace le parcours de ces femmes et de ces hommes qui ont fait la longue traversée en bateau pour rejoindre une métropole qui avait alors besoin de main-d’œuvre pour sa reconstruction. La voix de Jocelyne Beroard sert de fil conducteur entre les différents témoignages de ces "vieux créoles ". 

Dans la mémoire collective, l'immigration antillaise dans l'Hexagone commence, en 1963, avec le Bureau pour le développement des migrations des départements d'Outre-mer (Bumidom), qui mit en œuvre la migration des Domiens.

Pourtant, cette migration antillaise vers l'Hexagone commence dès la fin de la seconde guerre mondiale, avec l'arrivée de nombreux Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais et Réunionnais qui avaient choisi de tenter l'aventure métropolitaine dans l'espoir d'une vie meilleure.
L’après-guerre voit ainsi arriver en métropole une migration créole composée de jeune isolés ou de familles entières. Ils sont étudiants, fonctionnaires ou à la recherche d’un emploi car, dans leur territoire, la population augmente et les usines ferment.

Vieux créoles à Paris
Un dîner sur le paquebot pendant la traversée ©Jara Production

Adieu foulards, adieu madras

Ils s’appellent Rodolphe, Gisèle, Sam ou encore Marlène. Ils ont tout quitté : leurs proches et leur territoire, pour faire des études ou trouver du travail, dans l’espoir d’une vie meilleure. De nombreux Antillais à la fin de ces années 1940 et 1950 ont fait le choix délibéré de l’exil et de poursuivre leur destin dans la capitale dans l’espoir d’une vie meilleure.
Après souvent moultes tergiversations sur ce départ, le plus souvent souhaité, ils étaient prêts à embarquer sur le bateau de la Compagnie générale transatlantique : "la Transat". La famille et des amis étaient là, agglutinés sur le quai. L'atmosphère est étrange : les enfants s’amusaient le long du bastingage, ignorant l'angoisse de la séparation. Ceux qui restaient se demandaient si, et quand, ils reverraient ces êtres chers. Les partants eux aussi, mais ils réalisaient surtout que le moment était arrivé du grand saut vers l'inconnu !

Vieux créoles à Paris
De gauche à droite et de bas en haut : Francine partie à 12 ans en 1950, Sam parti à 18 ans en 1959, Victor parti à 19 ans en 1957 et Marlène partie à 9 ans en 1951 ©Jara Productions


Ces Créoles se racontent et se souviennent de leurs motivations, leur voyage, leur installation parfois définitive dans ce pays qu'ils apprennent à connaître au fil des décennies. On ne sait pratiquement rien sur eux, non parce qu'ils ont honte de ce chapitre de leur vie, mais parce que cette tranche d'histoire reste méconnue. Il faudra alors se faire une place dans ce Paris des années 1950. S'intégrer à l'école ou dans le milieu professionnel, faire face à la curiosité ou, pire, au racisme des Parisiens, accepter l'éloignement des proches et le déracinement. Malgré les difficultés, le choc culturel, ils se sont adaptés à cette nouvelle vie, ont fait carrière, fondé des familles. Avec toujours dans le cœur un bout de leur enfance. Aucun regret, aucun remord, tous ont aujourd’hui la certitude que ce départ était indispensable pour réussir leur vie.

Un documentaire réalisé par Ghislaine Gadjard, Olivier Ozier Lafontaine et Benjamin Colmon
Commentaire lu par Jocelyne Béroard
Production : Jara Production avec la participation de France Télévisions
Durée : 52 minutes - 2021