Planète outre-mer

Une chronique présentée par Caroline Marie

Planète outre-mer

"Je ne sais plus quoi faire" : Alexandre Magnan, un expert du climat entre inquiétude et désarroi [Planète Outre-mer]

Comment sensibiliser à l'urgence climatique ? Comment encourager les décideurs à agir ? Alexandre Magnan est spécialiste des petites îles et membre du Giec, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Il a livré ses inquiétudes à Planète Outre-mer.

  • Par Caroline Marie
  • Publié le , mis à jour le

La crise climatique est un enjeu majeur pour les Français. Et depuis le début de la pandémie, selon une récente enquête BVA, le dérèglement du climat est pour deux Français sur cinq encore plus prioritaire. Pourtant, aucune politique contraignante n’a été décidée pour limiter nos émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) alors qu’elles sont à l’origine du dérèglement climatique et ne cessent d’augmenter chaque année.  

Comment expliquer cette impossibilité à agir face à l’urgence climatique ?

Les scientifiques travaillent depuis plus de trente ans pour comprendre les changements du climat. En 2014, le 5e rapport du GIEC fait l’effet d’une bombe. Il affirme que le réchauffement de la Terre est sans équivoque et que c’est l’Homme qui en est le principal responsable. C’est ce 5e rapport qui est à l’origine de l’Accord de paris. Pourtant, malgré ces travaux, la prise de conscience des décideurs se fait toujours attendre.

Depuis, les experts s’interrogent sur leur communication. Leur travail est-il accessible à tous ? Une préoccupation au cœur de plusieurs institutions dont le GIEC mais certains experts, comme Alexandre Magnan ne cachent plus leur désarroi.

Alexandre Magnan, entre désarroi et inquiétude

Dérèglement irréversible, impacts inévitables

Selon une enquête menée par la Banque Européenne d'Investissement, 53 % des français sont convaincus qu’il est encore possible d'inverser le cours du dérèglement climatique. Pour cela, il suffirait de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement des températures comme de la montée du niveau de la mer. Si on y arrive, on évitera la catastrophe. 

Pourtant, le dérèglement climatique est irréversible et ses impacts inévitables. Il est toutefois indispensable d'éviter que la situation ne s'aggrave. Pour cela, deux stratégies. Tout d’abord, atténuer nos émissions de gaz à effet de serre pour contenir à tout prix le réchauffement climatique en dessous d’un degré et demi comme l'ont demandé en particulier les îles du Pacifique lors de la Cop 21. Et en parallèle engager des stratégies d’adaptation comme le préconise le Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Alexandre Magnan spécialiste de l'adaptation a participé dès 2016 aux travaux du GIEC. Il a contribué au rapport du GIEC sur l'Océan publié en 2019.

Alexandre Magnan, des impacts inévitables même pour un scénario minimum

On a collectivement pas encore compris que même un scénario basse émission nous aménera un niveau d'impact dont les scientifiques estiment qu'ils seront quand même déjà très élevés.

Alexandre Magnan

Prudence et consensus au GIEC 

Les prévisions du GIEC sont le fruit d’un consensus. Les conclusions présentées sont la somme d’un maximum d’avis scientifiques, ce qui veut dire qu’un certain nombre d’études ne sont pas prises en compte. Pour avoir une lecture pertinente des modélisations proposées par les travaux GIEC, il est intéressant d'entendre la version des experts qui y contribue. 

Alexandre Magnan, revoir à la hausse les prévisions du GIEC

 

Quels sont les pays qui réussiront à s'adapter ? 

Contrairement à ce que l'on pense, ce ne sera pas forcément les pays plus riches. Les îliens, en première ligne face au changement global, semblent plus lucides que les pays occidentaux. Alexandre Magnan, spécialiste des petites îles et co-auteur du rapport "Les Outre-mer face au défi du changement climatique" publié en 2012 à l'intention du Premier ministre.

Alexandre Magnan, différence d'appréciation du dérèglement climatique entre pays riches et îliens.

Parfois je me dis que si le changement climatique dans mes rêves me parlait, il me dirait "je suis juste là pour rappeler à toi et tous tes copains que vous ne maîtrisez pas tout et qu'il y a des choses plus fortes que vous". Dans les états insulaires, ils voient la mer monter, ils voient le sable se barrer, les cocotiers tomber et ils ont des preuves. 

Alexandre Magnan

 

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