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Planète outre-mer

Une chronique présentée par Caroline Marie

Planète outre-mer

Le moustique, l'animal le plus dangereux pour l'Homme [Planète Outre-mer]

Les moustiques sont les animaux les plus dangereux pour l'Homme. Leurs piqûres nous transmettent paludisme, zika, dengue, chikungunya et fièvre jaune. Outre-mer et dans l'Hexagone, les scientifiques se mobilisent pour mieux les connaître et développer de nouvelles méthodes pour les contrôler. 

Aedes aegypti femelle à la fin d'un repas de sang. © IRD Rahola Nil
© IRD Rahola Nil Aedes aegypti femelle à la fin d'un repas de sang.
  • Par Caroline Marie
  • Publié le , mis à jour le
A la surface de la planète, 3500 espèces de moustiques ont été recensées mais seule une poignée d'entre eux sont d'importance médicale. Les plus connus sont le moustique tigre et l'anopheles. Chaque année, on évalue entre 500 000 et 1 million le nombre de personnes qui meurt du paludisme, pour l’essentiel en Afrique subsaharienne. Le responsable de cette hécatombe, c'est l'anopheles, un moustique endémique d'Afrique que l'on trouve également à La Réunion, à Mayotte et à Madagascar.

Le plus gros tueurs d’hommes de tous les temps, c’est l’anopheles gambiae. L’anopheles qui transmet à l’homme un parasite, le plasmodium, qui provoque le paludisme.

- Frédéric Simard, entomologiste médical, directeur de l'Unité Mixte de Recherche des maladies infectieuses et vecteurs du Vectopole à l'IRD.

Frédéric Simard, entomologiste médical et des femelles moustiques anesthésiées au froid pour être triées et mises en cages. Insectarium confiné de niveau 3, Vectopôle IRD Montpellier  © © IRD – Patrick Landmann
© © IRD – Patrick Landmann Frédéric Simard, entomologiste médical et des femelles moustiques anesthésiées au froid pour être triées et mises en cages. Insectarium confiné de niveau 3, Vectopôle IRD Montpellier 
 

Zika, Dengue, Chikungunya et fièvre jaune

D’autres moustiques transmettent les virus de la dengue, du zika, du chikungunya et de la fièvre jaune. Ce sont des Aedes, en particulier le moustique tigre (aedes Albopictus) et son cousin, l’Aedes Aegypti. Seule la fièvre jaune dispose d'un vaccin. Un traitement découvert depuis 1932 par les chercheurs de l'Institut Pasteur de Dakar.

L’Aedes Albopictus et l’Aedes Aegypti sont deux espèces de moustiques différentes. Même si morphologiquement ils se ressemblent, ils ne peuvent pas s’accoupler entre eux donc ce sont vraiment deux espèces qui ont divergées l’une de l’autre, il y a plus d’une centaine de millions d’années. 

L’Aedes Aegypti développe beaucoup de résistance aux insecticides alors qu’on en a beaucoup moins chez l’Aedes Albopictus. 

- Frédéric Simard, entomologiste médical et directeur de l'Unité Mixte de Recherche des maladies infectieuses et vecteurs du Vectopole à l'IRD


L’Aedes Albopictus se retrouve en Afrique, dans l’Océan Indien et depuis 2004 il investit l’Europe du Sud, en particulier la France. L’Aedes Aegypti est présent aux Antilles-Guyane, en Asie et dans le Pacifique. L'Aedes Aegypti est un moustique très cosmopolite. Il a été disséminé par l'homme ces 200 dernières années. A l'origine, il vient d'Afrique de l'est mais aujourd'hui, on le retrouve jusque dans le Pacifique.

La Polynésie a été le premier Territoire au monde à avoir été affecté de façon très sévère par une épidémie de Zika dès 2013 soit deux ans avant que le Brésil ne soit touché. Des Polynésiens atteints du Zika ont développé le syndrome de Guillain-Barré et malheureusement des enfants sont nés avec des problèmes de microcéphalie.

- Hervé Bossin, entomologiste médical, responsable du laboratoire d'entomologie médicale à l'Institut Louis Malardé en Polynésie Française


L'Institut Louis Malardé est aujourd'hui en France à la pointe de la recherche. Ce laboratoire est très en avance dans le développement de la technique du moustique stérile. Une technique innovante, efficace et vertueuse pour lutter contre ces moustiques vecteurs de maladies, sans pour autant disséminer la biodiversité. 
© IRD
© IRD


Des moyens pour la recherche

Pour de nombreux scientifiques, la "chance" de la recherche, c'est que le moustique tigre est désormais au Nord, là où sont les décideurs et plus uniquement dans les zones du Sud intertropical. Depuis son arrivée en France par la frontière Italienne en 2004, chaque année, l'aedes colonise un peu plus le pays. En 2018, il était présent dans 51 départements et d'ici 2020, c'est tout l'Hexagone qui sera concerné. Ces dernières années, à Montpellier et en région PACA, il y a eu des micro épidémies de 5 à 10 cas de chikungunya et de dengue. A chaque fois, ce sont des personnes qui ont été infectées par le virus en Outre-mer durant une épidémie de dengue ou de chikungunya, juste avant leur retour en métropole. Ces personnes infectées ont ensuite été piquées par un moustique tigre une fois rentrées dans l'Hexagone. Comme le virus reste dans le sang une semaine à dix jours, le tigre s'est retrouvé porteur du virus qu'il a ensuite transmis à l'entourage de ces malades en les piquant. 
 

Pendant la période de présence des moustiques en métropole, d'avril à novembre, on a donc un risque de transmission autochtone, donc local, de ces virus par des gens qui se sont fait infecter autre part.

- Frédéric Simard, entomologiste médical et directeur de l'Unité Mixte de Recherche des maladies infectieuses et vecteurs du Vectopole à l'IRD


Depuis cinq ans, la recherche a beaucoup plus de moyens financiers et de soutien politique pour lutter contre les moustiques et développer de nouvelles techniques dans les laboratoires de métropole comme d'Outre-mer. La recherche travaille sur de nouvelles méthodes de contrôle pour limiter l'usage de pesticides contre lesquels les moustiques développent des résistances et pour avoir moins d'impacts sur l'environnement.

Des recherches sur l'olfaction des moustiques sont menées pour découvrir qu'elles sont précisément les odeurs qui attirent les moustiques tigre chez l'Homme et ainsi développer des pièges et des répulsifs encore plus efficaces.

Divers laboratoires en particulier en Outre-mer se mobilisent dans la lutte contre le tigre comme l'institut Malardé en Polynésie, l'IRD en Nouvelle Calédonie, l'institut Pasteur en Guyane, aux Antilles, en particulier en Martinique où il y a des programmes de lutte et de démoustication local ainsi qu'à Mayotte et à l'IRD Réunion. Tous multiplient les échanges pour travailler en réseau. 

En mai 2018, le Cirad, le CNRS, l’INRA, l’IRD, l’Université de Montpellier et le principal opérateur public français de démoustication, l’EID Méditerranée, ont lancé à Montpellier, le vectopole. Ce réseau de recherche sur les arthropodes d'intérêt médical développe des programmes de recherche pour innover dans la lutte contre les moustiques.
En 2018, le vectopole a lancé le réseau TIS pour mettre en relation tous les chercheurs qui travaillent sur la Technique du moustique stérile.
 
A la Réunion, préparation du repas sanguin des moustiques. Maely Daviles, stagiaire de l’unité MIVEGEC de l’IRD, prépare un repas de sang (sang de mouton) pour nourrir les moustiques d'élevage. Dans les enceintes climatiques, chaque cage peut abriter jusqu'à 1 000 moustiques © IRD Thibaut Vergoz et Carole Filiu-Mouhali
© IRD Thibaut Vergoz et Carole Filiu-Mouhali A la Réunion, préparation du repas sanguin des moustiques. Maely Daviles, stagiaire de l’unité MIVEGEC de l’IRD, prépare un repas de sang (sang de mouton) pour nourrir les moustiques d'élevage. Dans les enceintes climatiques, chaque cage peut abriter jusqu'à 1 000 moustiques

 
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