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"La loi de la jungle" (2016) d'Antonin Peretjatko : la Guyane dans le décor

« La Guyane, c’est la France ! » entend-on plusieurs fois dans "La Loi de la jungle", tourné dans sur place et en salles ce mercredi. Caricature burlesque d'une France coloniale et satire de la mondialisation, dont les meilleures intentions comme les gags ne balayent pas tous les clichés...

Vincent Macaigne dans la jungle guyanaise © Haut et Court
© Haut et Court Vincent Macaigne dans la jungle guyanaise
  • Par Jean-Marie Chazeau
  • Publié le , mis à jour le
C’est l’histoire d’un stagiaire (en stage depuis très longtemps, joué par Vincent Macaigne) qui est envoyé à Cayenne par le « Ministère de la Norme » mettre en conformité aux règles européennes le chantier Guyaneige, première piste de ski indoor d’Amazonie… Il y fera équipe avec son chauffeur, surnommé Tarzan, et incarné par… la très féline Vimala Pons.

Le couple va se perdre dans la jungle, séquence qui occupe l’essentiel de ce film qui recourt à tous les ressorts du comique : visuel, absurde, de répétition, de situation, à coups de répliques décalés et sur un rythme trépidant.

Le duo fonctionne, la Guyane est très présente à l’image, mais c’est une Guyane essentiellement amazonienne, où l’on croise des mygales jusque sur les parcours de golf, qui grouille de serpents et où, effet Koh-Lanta garanti, on mange des vers vivants pour survivre quand on s’est perdu en forêt… ça crie beaucoup dans la salle à chaque apparition d’un insecte ou d’un reptile, pas sûr que ça donne envie de prendre le premier avion pour y partir en vacances !

La loi de la jungle


OSS 117, Roura ne répond plus

Quant au propos politique du film, il dénonce casse sociale et mondialisation (autre « loi de la jungle » en métaphore très appuyée), mais c’est aussi une satire de la France coloniale qui semble un peu datée, avec des séquences à la OSS 117 version « Roura ne répond plus »… Même si Jean-Luc Bideau en ministre de l’absurde, a dans son bureau la maquette du pont sur l’Oyapock entre la Guyane et le Brésil, toujours pas ouvert à la circulation pour cause de normes incompatibles des deux côtés de la frontière. Exemple récent d’un pouvoir central à côté de la plaque…

Quant à l’exécutif local, rebaptisé « Conseil tropical de Guyane », il est curieusement dirigé par un colon nostalgique (Mathieu Amalric), et non par un Guyanais. Il faut dire que les Guyanais sont plutôt absents ou relégué dans l’ombre (des Amérindiens on ne voit que les flèches…). A l’exception de Duplex, qui porte le projet Guyaneige, incarné par Pascal Legitimus : « Je suis l’alibi du film, je suis le Guyanais du film, même si je suis d’origine guadeloupéenne », expliquait-il lors de l’avant-première du film à Paris lundi 13 juin.

Avant-première à l'UGC Ciné-Cité Les Halles à Paris, lundi 13 juin 2016 © JMC
© JMC Avant-première à l'UGC Ciné-Cité Les Halles à Paris, lundi 13 juin 2016


"Le film n'est pas raciste"

Dans le dossier de presse, le réalisateur Antonin Peretjatko précisait à propos du tournage : « Les Guyanais avaient peur qu’on se moque d’eux. Notre véritable sésame a été Pascal Legitimus. On nous regardait de travers au début, mais dès qu’il y avait Legitimus avec nous, ils se disaient que le film n’était pas raciste ». Ce n’est pas le cas en effet, rien de méprisant pour l’autochtone, c’est le « métro » qui est ridiculisé.

Et le cinéaste a aussi précisé d’emblée devant le public parisien : « Ce n’est pas un film sur la Guyane, mais un film qui a pour décor la Guyane ». Un décor réduit à son terrain d’aventures et de jungle fantasmée, d’autant plus décalé par rapport à la réalité guyanaise qu’on est ici en plein burlesque assumé.

Le public guyanais pourra se faire une idée lui-même : le film sera présenté en Guyane la semaine prochaine : Vincent Macaigne et Antonin Peretjatko y présenteront le film en avant-première le 21 juin, avant une sortie dans les salles guyanaises le 24 juin.

 

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