Filière musique : "Il y avait besoin d'une action particulière" dans les Outre-mer

musique
Jean-Philippe Thiellay, président du CNM
Jean-Philippe Thiellay est président du Centre national de la musique depuis janvier 2020. ©CNM
Le Centre national de la musique (CNM) a mis en place un fonds d'1 million d'euros pour venir en aide au secteur musical ultramarin. Son président, Jean-Philippe Thiellay, souhaite valoriser la culture d'Outre-mer.

Le Centre national de la musique a débloqué un fonds d'1 million d'euros spécifiquement dédié aux départements d'Outre-mer. Des dispositifs existaient pourtant déjà au niveau national. N'étaient-ils pas adaptés aux territoires ultramarins ?

La situation dans les cinq départements d'Outre-mer était particulière. Bien entendu, les entreprises, les associations, les artistes de ces territoires avaient accès aux dispositifs nationaux. Mais nous avons établi le diagnostic avec nos correspondants locaux, avec les services de l'État, qu'il y avait besoin d'une action particulière parce que les structures y sont particulières. Et l'épidémie aussi y est singulière. C'est pour ça que le conseil d'administration du CNM a adopté lundi 18 octobre ce plan pour l'Outre-mer. Donc oui, les Ultramarins avaient accès aux dispositifs nationaux, mais oui, il y avait aussi besoin d'une action adaptée.

Comment les acteurs de la filière musique en Outre-mer vont-ils pouvoir bénéficier de cette aide ?

Des appels à projets vont être lancés sur le site du Centre national de la musique dans les toutes prochaines semaines. Ces appels à projets tourneront autour de trois axes. D'abord, une aide aux festivals. Non seulement pour les festivals qui reposent sur de la billetterie, c'est-à-dire les festivals payants, et qui sont prévus jusqu'au printemps 2022. Ils pourront être aidés, leurs pertes seront prises en compte. Mais l'aide concerne aussi les manifestations gratuites. Je pense notamment à la saison des carnavals.

Le deuxième axe concerne les aides à la diffusion des spectacles dans d'autres lieux que des salles de concert, qui sont encore fermées ou soumises à des contraintes de jauges. Ça va concerner les concerts dans des lieux différents, en plein air ou en captation et en diffusion digital. C'est ce que l'on appelle la diffusion alternative.

Et puis il y a le troisième fonds, qui est une aide à la présence digitale des artistes. C'est aussi pour aider à acquérir du matériel, à investir dans du matériel digital d'enregistrement, de captation. Et aussi à diffuser sur internet les créations et les spectacles. Donc ces trois axes correspondent à trois appels à projets pour lesquels les entreprises, les associations, les personnes pourront candidater dans quelques semaines, dans les trois ou quatre semaines qui viennent. Tout se passera en ligne, sur le site www.cnm.fr.

Quel est l'état de la filière musique et des variétés dans les Outre-mer ?

Il y a de très grandes différences, notamment entre l'Hexagone et les Outre-mer, mais aussi au sein même des Outre-mer. Déjà, il s'agit d'îles, et pour la Guyane d'un territoire, avec des populations très jeunes, avec une grande vitalité musicale.

Il y a aussi un lien avec les pays tiers, soit dans les Caraïbes, soit dans l'Océan indien, soit sur le continent sud-américain, qui représentent des opportunités très fortes. Donc  il y a des particularités qui sont aussi des opportunités.

Jean-Philippe Thiellay, président du Centre national de la musique

Il reste que, dans ces territoires, il y a un défaut de structuration. Tout ce qu'il se passe est souvent peu structuré. Il y a beaucoup de bénévolat, il y a peu d'encadrement juridique. Et c'est aussi dans cette direction que le Centre national de la musique veut aider les professionnels de la filière : nous voulons les aider à se structurer, à bénéficier des aides de manière plus régulière, et aussi à entrer dans les mécanismes collectifs, et notamment la taxe sur le spectacle que le CNM collecte.

Quel est le rôle du conseil stratégique Outre-mer au sein du CNM ?

Dès la création du Centre national de la musique, j'ai voulu avoir un axe Outre-mer. Y compris parce que je suis passé par le ministère des Outre-mer il y a quelques années et que, quand on prend ce virus-là, on a cette passion de l'Outre-mer. Et donc on a créé ce comité stratégique d'une quarantaine de personnes avec des artistes, des entrepreneurs, des dirigeants associatifs, les services de l'État, les DAC [NDLR, Directions des affaires culturelles de chaque département]. On se réunit tous les 3 mois. Il y a des groupes de travail sur différentes thématiques. Le premier constat que nous avons fait, c'est qu'on la connait assez mal cette filière. Combien elle représente ? Combien de salariés travaillent ? Quelle création de richesse ?

Il y a un groupe au sein du comité qui travaille sur les données, sur les études. Il y a un groupe qui travaille sur la mobilité. Et donc ce comité stratégique, c'est celui qui propose au Conseil d'administration du CNM les orientations que nous mettons ensuite en œuvre. C'est une sorte de lieu de concertation et d'élaboration de notre politique publique.

Le CNM n'est-il pas compétent dans tous les territoires d'Outre-mer ?

Nous sommes un établissement public national, un établissement public de l'État, et c'est aussi en respectant les compétences des collectivités que nous intervenons. Et donc, dans les cinq départements qui relèvent de l'identité législative, le CNM peut intervenir. En revanche, la culture est la compétence de la Polynésie, de la Nouvelle-Calédonie, de Wallis-et-Futuna, de toutes ces collectivités à statut particulier et à régime de spécialité législative. Là nous n'intervenons pas.

La Commission européenne a récemment lancé le programme Archipel.eu pour mettre en valeur la culture des territoires d'Outre-mer des pays membres de l'UE. Avez-vous le sentiment qu'on prend davantage en compte la question de la diversité culturelle ultramarine ?

Bien entendu, et ce n’est pas nouveau. L'Union européenne s'est toujours intéressée à ces régions ultrapériphériques. La culture et l'Europe, c'est balbutiant. Elle n'a jamais été au centre des démarches européennes. Donc tout ce qui va dans ce sens-là est bon. Le Cente national de la musique est en contact étroit avec la Commission européenne, en particulier en prévision de la présidence française de l'Union [au premier semestre 2022] pour faire en sorte qu'il y ait de plus en plus de moyens qui soient mis sur la musique. Et bien sûr dans la musique d'Outre-mer. Donc c'est une orientation très intéressante et nous allons appuyer pleinement pour que les Outre-mer français puissent en bénéficier.