Les marchés de fruits et légumes en Guadeloupe sont fermés, pour ne pas exposer la population

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Marché de Bergevin
Le marché de Bergevin à Pointe-à-Pitre, avant la fermeture décidée par la mairie. ©Eric Stimpfling
Le ministre de l’Agriculture réaffirme que les marchés alimentaires doivent rester ouverts, pour permettre l’accès aux produits frais. Mais faute de pouvoir appliquer les mesures de sécurité sanitaire, les communes de Guadeloupe préfèrent les fermer, malgré l'impact sur les producteurs.

Faut-il fermer ou non les marchés, afin de limiter les risques de propagation du coronavirus Covid-19 ? Le ministre de l’Agriculture réaffirme la position du gouvernement en la matière : « les marchés alimentaires doivent rester ouverts », écrit Didier Guillaume, dans un communiqué de presse en date du 19 mars (lire ci-après).
 

Accéder aux produits frais

Les points de vente de produits alimentaires font bien sûr partie des  « services essentiels à la vie des concitoyens », et ne sont donc pas concernés par la fermeture des lieux publics, appliquée par ordonnance depuis le 15 mars dans l’Hexagone (et le 16 mars en outre-mer). Le ministre le répète : tous les acteurs de la chaîne alimentaire (à commencer par les agriculteurs) doivent rester mobilisés pour continuer à produire et approvisionner les points de vente. Et à ce titre, insiste Didier Guillaume, les marchés sont tout aussi importants que les magasins, en particulier pour fournir des produits frais, et diversifier ainsi l’alimentation des habitants, confinés.
 

2 mètres entre les étals

Les marchés strictement alimentaires doivent donc continuer à fonctionner, affirme le ministre. Mais à condition qu’ils soient réaménagés pour assurer la sécurité sanitaire des vendeurs et des clients : un espace de 2 mètres doit séparer les étals ; les vendeurs doivent servir eux-mêmes les clients, pour éviter que les produits ne soient touchés par tous. Sans oublier bien sûr le respect des gestes-barrière habituels, et notamment la distance d’un mètre entre chaque personne. C’est aussi la position de la Chambre d’agriculture  :

« il est nécessaire d’alimenter la population avec des produits frais, mais dans le strict respect des gestes-barrière et distances de sécurité »,

peut-on lire sur son site.
 

Fermetures en série

Les municipalités ayant compétence pour autoriser ou non la vente sur ces espaces ouverts et publics, c’est à elles qu’il revient de mettre en place les mesures sanitaires nécessaires (marquage au sol, agents de régulation des entrées…). En Guadeloupe, les communes se rendent à l’évidence : il est compliqué d’appliquer ces mesures de distanciation, en particulier sur des sites peu spacieux et habituellement très fréquentés. Les unes après les autres, les municipalités prennent donc des arrêtés de fermeture des marchés agricoles (de détail ou de gros) situés sue leur territoire. Tous les marchés de Pointe-à-Pitre sont ainsi fermés à compter du 20 mars. Annulés aussi les marchés du Moule le mercredi ; de Sainte-Anne le jeudi ; du Gosier et des Abymes le vendredi. Et le liste n’est pas exhaustive…

Ecoutons Josiane Gatibelza, maire de Pointe-à-Pitre :

Difficile de respecter les mesures-barrière sur un marché comme Man Réo 

Josiane Gatibelza

Des petits producteurs privés de vente

La fermeture des marchés de détail dans les communes impacte fortement les petits producteurs : certains ne peuvent plus écouler leurs légumes. Installée section La Plaine à Capesterre-Belle-Eau, Sonia Lami-Etienne cultive des légumes hors sol qu’elle vend exclusivement sur les marchés du Moule et du Gosier, aujourd’hui fermés donc (elle livre notamment 100 à 150 paquets de cresson chaque mercredi au Moule). Conséquence : ses produits vont pourrir sur pied :
 

« Comment fait-on pour écouler nos légumes, périssables ? »

Sonia Lami-Etienne, agricultrice

Des paniers livrés sur rendez-vous

Le Marché des Mornes, qui se tient habituellement le vendredi à Baillif, est lui aussi fermé, sur décision des agriculteurs qui le gèrent, regroupés au sein de l’ADARSUB (Association pour le développement agricole et rural du Sud Basse-Terre). Mais pour continuer à fournir les clients qui le souhaitent et ne pas perdre leurs récoltes, ces producteurs vont mettre en place des points de rendez-vous, pour livrer des paniers de fruits et légumes (comme ils l’avaient fait lors de la crise sociale de 2009). Clotaire Amélaïse, agriculteur à Baillif et président de l’ADARSUB :
Clotaire Amélaïse, ADARSUB
Clotaire Amélaïse, président de l'ADARSUB, qui gère le Marché des Mornes à Baillif ©J. Champion
 

 

« Nous allons nous rendre disponibles pour fournir aux clients des produits frais »

Clotaire Amélaïse, ADARSUB


VOIR AUSSI :
 
©guadeloupe

Communiqué Didier Guillaume

 

Arrêté de fermeture marchés PàP


 
Le cas délicat de Gourde-Liane
Le marché de Gourde-Liane à Baie-Mahault constitue un cas particulier, puisqu’il s’agit d’un marché toléré, mais non officiel. Le parking du vélodrome régional abrite pourtant aujourd’hui le seul marché de gros pour les maraîchers de toute la Guadeloupe. C’est là que s’approvisionnent chaque semaine (les mardis et samedis de 8h à 13h) les revendeurs de fruits et légumes, primeurs et restaurateurs. Le marché a fonctionné mardi 18 mars. Depuis, les responsables de l’association AREA (Association régionale des exploitants agricoles) qui gère ce marché, sont en pourparlers avec la mairie de Baie-Mahault et la Région, pour tenter d’obtenir une nouvelle autorisation pour le mardi 23 mars…