"Je suis un musicien guyanais qui fait du jazz ethno amazonien"

musique
Denis Lapassion
©Ronan Liétar
Réputé austère et timide, Denis Lapassion aborde sereinement son concert. Jeudi soir, il égrènera les notes de son album "Sérénité". Il jouera ce qu'il nomme un jazz ethno amazonien, l'aboutissement d'un parcours musical commencé très jeune entre liturgie religieuse et rythmes traditionnels.
Après sa prestation remarquée au Kayenn Jazz Festival d'octobre dernier Denis Lapassion se produit le 9 janvier pour un concert unique à l'Encre. Dans un cadre intimiste en formation quartet, il sera entouré d’Eric Valérius à la batterie, de Patrick Plenet à la guitare basse et de Anccy Clet au tambour et les spectateurs découvriront son premier album "Sérénité" sorti au mois de novembre. Un album composé de neuf titres distribué en Guyane et également à Paris.
De noir vêtu, les mains croisées, Denis Lapassion se soumet simplement et sincèrement au jeu de l'interrogatoire interview nécessaire pour la promotion de son concert. Il se sent bien affirme t-il en riant. Il a beaucoup travaillé son instrument. Il promet au public deux heures d’échange avec une large part consacrée à l'improvisation.


Un parcours initiatique commencé rue Lalouette à Cayenne

Voilà plus de 30 ans que Denis consacre une grande part de son temps au piano. Il s'initie à cet instrument dès l'âge de 9 ans avec Mireille Lam Cham son tout premier professeur de la rue Lalouette à Cayenne avec qui, durant deux ans, il fait ses premières gammes. Il poursuit seul ensuite et à l'aide de livres, étudie la théorie, l'harmonie et l'improvisation. Il devient pianiste d'église dès l’âge de 11 ans. Un exercice très formateur pour lui de jouer dans les offices, il se nourrit de gospel. Cela ne l'empêche pas de découvrir le jazz à la radio en écoutant les émissions de Christian Méduse ou de Jean-Paul Rotham. Dans son quartier, près de l'école René Barthélémy, les groupes traditionnels Wapa et Balourous s'entraînent, les rythmes créoles bercent sa jeunesse  et le jeune Denis acquiert ainsi un goût musical éclectique.

L’expérience parisienne et internationale

Parti à Paris à 22 ans, il étudie la musicologie à l'école de jazz ARPEJ, une des plus anciennes écoles de la capitale située à côté du célèbre cabaret "New Morning". Parallèlement, il suit des cours à la Sorbonne et au conservatoire Rachmaninoff où il parfait son apprentissage technique du piano, le déchiffrage des partitions et l'accompagnement.
Dans le même temps, il cumule les petits contrats avec différents groupes jusqu’à se faire remarquer par le manager du groupe « Palata Singers» composé de quatre chanteurs congolais qui interprètent le répertoire des Golden Gate Quartet dans leur langue maternelle : le kikongo. Cette première vraie expérience professionnelle dure 5 ans et lui permet de faire le tour du monde jusqu’en l’an 2000. Basé à Paris, il crée sa société de production Musiqness, il organise et vend des spectacles avec sa femme, la chanteuse Régine Lapassion.
En 2007, le couple a envie de changer de vie et envisage une installation aux USA pour, dans un premier temps, enseigner le français et jouer dans les églises où les musiciens sont rémunérés.
Des vacances en Guyane les feront changer d’avis.

L’investissement guyanais

Après de longues années d’absence, Denis renoue avec sa Guyane, ses odeurs, ses rythmes et ses gens. Il y revient définitivement avec sa famille en 2008. Avec son épouse Régine, il travaille d’abord à l’école AMAC avant de créer sa propre école de musique IDFM en 2009.
L’enseignement musical apporte ses joies et permet de vivre, mais la vraie passion du pianiste reste la scène. Un paradoxe comme il le souligne car il est timide.  L’artiste veut se produire à l’extérieur, pour cela il lui faut une carte de visite d’où ce premier album « Sérénité ». Ce CD a reçu un très bon accueil du public et se vend bien. Denis explique : « les gens adhèrent, le son du tambour leur parle autant que les notes de piano … j’utilise les rythmes en les fusionnant cela permet aux personnes d’accéder au jazz. Je ne fais pas de musique tradition, je crée ma propre musique et quand je compose,  je pense voix, chanson, émotion, beauté… le titre « préjijé » plait beaucoup. Je dis des choses qui touchent dans cette chanson (interprétée par Régine Lapassion) parce que l’artiste est un éveilleur de conscience, il est lui-même une conscience. J’ai des choses à dire, dans mon prochain album il y aura plus de chansons et plus d’invités. »
Parmi les artistes que Denis admire l’immense chanteuse de gospel et de jazz Mahalia Jackson, les Golden Gates Quartet, les talentueux Chuck Corea, Herbie  Hancock, Kenny Barret, Budd Powel, l’inoubliable Bob Marley, les pianistes Tania Maria et Eliane Elias. Les guyanais Victor Sabas ou Germain Barbe et d’autres encore lui ont donné l’envie de devenir un musicien accompli.

Dans un grand sourire l’artiste conclue : « je suis un musicien guyanais qui fait du jazz ethno amazonien, chaque concert me permet de progresser, je vais m’éclater ».