Auteurs de violences conjugales : accompagner pour éviter la récidive

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Laëticia Labedan, coordinatrice CPCA
Laëticia Labedan, coordinatrice CPVA abedan, coordinatrice CPCA ©FL
En avril 2021, un centre de suivi et de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA) ouvre ses portes à Cayenne. Entre écoute et responsabilisation, son objectif premier est d’éviter les récidives.

Les auteurs de violences conjugales sont reçus dans un petit local de la route de la Madeleine. En tout, 77 personnes sont accompagnées par le nouveau centre de suivi et de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA). Trois d’entre elles sont venues chercher de l’aide volontairement. Pour les autres, la démarche fait suite à une mise en examen. 

Rencontrer les auteurs de violences conjugales dès le début de leur parcours

Le CPCA intervient auprès des auteurs de violences conjugales dès la phase pré-sentencielle, c'est-à-dire avant le procès. L’équipe du centre est alors chargée de vérifier le respect du contrôle judiciaire

L’objectif de cette prise en charge en amont du jugement est d’initier une réflexion chez les auteurs. En misant sur le dialogue, les travailleuses du centre espèrent que ce premier contact amène la personne à être responsabilisée avant sa condamnation. Si la gravité des faits est reconnue, la sentence a moins de chances d’être vécue comme une injustice. 

Le déni de la violence est souvent ancré chez les auteurs de violences récidivistes. Les agresseurs ont tendance à minimiser le mal qu’ils ont infligé. La psychologue qui intervient au CPCA, Christelle Chapelet, explique que le manque d’empathie est à la base des comportements violents. Si un individu est capable de réaliser la gravité de son geste, il ne le commet pas. 

Les personnes suivies par le centre ont souvent été témoins ou victimes de violences elles-mêmes. Cela n’excuse en rien les actes qu’elles ont commis mais pour Christelle Chapelet, comprendre les causes d’un comportement permet par la suite d’apprendre à le maîtriser. Elle rencontre ainsi les auteurs de violence à l’occasion d’un entretien individuel où elle analyse leur profil et leur présente la prise en charge qui leur sera proposée. Cette dernière dépend avant tout de l’agresseur et de la gravité de ses actes.

Un stage de responsabilisation de trois jours 

Ces stages sont proposés sur l’ensemble du territoire. Quarante-huit personnes ont pour l’instant suivi ce programme de responsabilisation sur les violences conjugales et sexistes. 

Le premier jour, les équipes du CPCA évoquent la construction identitaire des femmes et des hommes. Un rappel à la loi sur les droits des femmes est également au programme. L'après-midi est consacré aux discussions sur le couple et le travail nécessaire pour vivre une relation épanouie.   

La seconde journée s’articule autour de la violence. Après un temps d’échange où la psychologue évoque les déclencheurs de la violence (addictions, consommation d’alcool ou de stupéfiants, difficultés socioéconomiques). En 2018, 55% des homicides conjugaux impliquaient au moins une personne sous l’emprise d’alcool ou de drogue. La gendarmerie intervient également, pour expliquer les conséquences pénales des actes violents. 

Le troisième jour de stage est consacré aux conséquences de la violence. L’impact de ces actes sur les femmes est expliqué, mais aussi les traumatismes causés aux enfants. Une étude du CRESS parue en 2020 met ainsi en évidence un lien de causalité entre les comportements violents des enfants et le fait qu’ils soient eux-mêmes témoins de violences conjugales ou victimes de maltraitance. Un environnement violent favorise un développement psychopathologique de la personnalité. La conclusion de ces trois jours de stage est une discussion de groupe autour des impacts de la violence sur les auteurs eux-mêmes. 

La durée de ces stages peut sembler courte. Pour Laëticia Labedan, coordinatrice du CPCA, ils ont l’intérêt de permettre d’évaluer les auteurs. Ils servent de base à un travail plus long mené en partenariat avec les services pénitentiaires d’insertion et de probation. Le stage peut aussi être assorti d’une obligation de soin psychologique. Sept personnes sont pour l’instant concernées par cette double condamnation, elle dure entre un an et demi et deux ans. 

Un espace pour dialoguer et avancer ensemble 

En plus des stages de responsabilisation, le CPCA propose des cercles restauratifs. Ces ateliers sont organisés en petits groupes de cinq personnes, qui se retrouvent pour cinq sessions de deux heures et demie.  

L’objectif est de créer un espace de confiance où la dynamique de groupe aide chacun à partager son histoire. Ces cercles sont facilités par Chaska Combeaux de l’association Ubuntu. Elle explique que les auteurs sont soulagés d’avoir un moment de dialogue entre eux. 

La jeune femme ne minimise en rien la brutalité des personnes qu’elle recontre mais essaie de leur transmettre les clefs pour la dépasser. Pour elle, si les auteurs de violences restent dans une posture fataliste face à leur passé, ils réduisent leurs chances de construire un avenir différent. 

Au-delà des cercles restauratifs, le CPCA contrôle aussi le respect des obligations de soin des auteurs de violence, en partenariat avec les autorités médicales. En accompagnant les individus dans ce parcours, l’équipe espère les rendre acteurs de leur évolution, leur faire comprendre l’intérêt de la démarche. Des activités de groupe sont enfin organisées pour que chacun apprenne à compter sur les autres, de façon positive. 

Une nouvelle structure en plein développement 

Le CPCA suit pour l’instant 77 personnes. Cela peut paraître peu face aux 720 dossiers de violences conjugales traités par le parquet en 2020. Mais le CPCA n’a que sept mois d’exercice et dédie cette première année d’existence à évaluer les besoins sur le territoire. 

Le bilan de ces débuts mènera à des demandes de financement plus adaptées à la réalité guyanaise. Le CPCA souhaite aussi renforcer ses liens avec les associations et structures sur l’ensemble du territoire. Ce maillage permettra de proposer la même qualité de prise en charge dans toutes les communes de Guyane.