Carnaval Guyanais : les bals parés-masqués sont-ils menacés ?

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Touloulous en duo
©MI
Les discussions vont bon train actuellement dans le milieu du carnaval. Au-delà de l’interpellation des autorités par le syndicat des métiers de l'événementiel de Guyane, d’aucuns s'inquiètent des conséquences de la multiplication des soirées non-masquées.

S’il y a un début de désamour  vis-à-vis des bals parés-masqués , il n’aurait pas commencé avec la crise sanitaire estiment certains observateurs chagrins mais bien il y a sept ou huit ans. Pour Maryline Cesto Brachet de l’association La Pompadour, il serait intéressant de s’interroger sur les choix que nous souhaitons faire à l’avenir.

“Tout a commencé selon moi quand les fanatiques des bals parés-masqués ont pu retrouver les ambiances, découvrir les nouveaux morceaux, des musiques qui étaient auparavant réservées aux lieux sanctuarisés”.

Maryline Cesto Brachet - Association La Pompadour

En d’autres termes, ne serait-on pas en quelque sorte en train de galvauder un élément du patrimoine à l’heure où justement il est question d’ériger le personnage du touloulou en patrimoine immatériel mondial reconnu à l’Unesco.

Crise sanitaire mise à part

Les avis divergent et le contexte actuel de crise sanitaire n’aide pas à prendre du recul bien entendu. Vanessa Bafau évolue en tant que chanteuse au sein de la mythique formation des Blue Stars depuis sept ans maintenant. Son avis est bien moins tranché. “Je ne suis pas sûre d'avoir la bonne réponse. Ce que je peux dire c’est que j’ai toujours vu les salles de bal pleines avant la crise, pour moi l’engouement est encore bien réel".  Son sentiment c’est qu’il y aura probablement une “normalisation” une fois la crise passée.

“Il est évident qu’actuellement le contexte épidémique pèse sur les dancings avec la contrainte du pass sanitaire”.

Vanessa Bafau - chanteuse des Blue Stars

Les soirées privées semblent être dans le viseur de beaucoup. La question formelle des autorisations mise à part, leur multiplication participerait au manque d’attrait, notamment de nouvelles générations, pour les bals parés-masqués. Des cavalières qui se dirigent volontiers vers l’ambiance des bals non masqués qui se développe pendant et en dehors de la période du carnaval depuis quelques années.

Une culture dynamique

Aujourd’hui certains organisateurs utilisent des stratégies élaborées pour déjouer la vigilance des autorités, “nous ne faisons là que reproduire ce qui était fait dans le passé, quand déjà à l'époque du gouverneur, des bals étaient organisés dans  le dos de ce dernier” souligne pour sa part Elsa Bannis de l’observatoire régional du carnaval. La chercheuse se plaît à rappeler que la mutation a toujours fait partie du processus créatif du carnaval qui reste un objet culturel dynamique. Un relativisme qui trouve ses limites. 

“il y a une base, c’est à nous d’expliquer aux nouvelles générations l’intérêt de préserver certains éléments de notre patrimoine qui font toute la singularité de notre carnaval.”

Elsa Bannis - membre de l'observatoire du carnaval

Reste qu’en dépit de l’incertitude générée par la crise sanitaire et l’effet d’opportunité favorable à certains acteurs privés, ces débats parfois passionnés, renvoient inlassablement à la nécessité d’ouvrir le chantier de la structuration de la filière carnavalesque.