Christiane Taubira reconnait des avancées dans l'enseignement de l'histoire de l'esclavage mais 20 ans après il reste encore beaucoup à faire

commémorations guyane
Christiane Taubira invitée de l'émission spéciale 20 après la loi Taubira
©Christophe Fidole

Cela fait maintenant 20 ans que la loi qui reconnaît la traite négrière comme crime contre l’humanité a été adoptée. Sur le plateau de Guyane la 1ère, Christiane Taubira a, notamment fait le point sur l'enseignement scolaire sur cette période de l'histoire française longtemps ignorée.

Grâce à la loi Taubira du 10 mai 2001 qui reconnaît la traite négrière comme crime contre l’humanité, chaque année, depuis 2006, est célébrée officiellement à Paris, la Journée nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.

20 ans après, l'ancienne députée de Guyane, Christiane Taubira qui s'est âprement battue pour faire adopter son projet de loi, reconnaît des avancées dans la société française grâce à ces journées commémoratives. Toutefois, elle souligne qu'il y a encore beaucoup à faire dans le milieu éducatif pour une meilleure appréhension de  de l'histoire de la période esclavagiste. 

Une application différenciée de l'article 2 de la loi

Certes, l'article 2 de la loi relatif à l'introduction de l'enseignement de l'histoire de l'esclavage à tous les niveaux et l'encouragement de la recherche et de la coopération a bien été suivi d'effets. 
Les premières années cela a très bien fonctionné précise Chritiane Taubira, le travail a été fait avec les éditeurs pour la refonte des manuels d'histoire, les efforts ont été incontestables notamment sous l'impulsion du ministre Jack Lang. Et de souligner l'engagement fabuleux des enseignants bien avant le texte de loi mais de regretter, à l'inverse, que l'engagement institutionnel et ministériel connaisse des hauts et des bas. Actuellement, " il n'y a pas d'élan impulsé par l'éducation nationale" déplore l'ancienne garde des sceaux. 
Elle met l'accent sur une forme très différenciée de cet enseignement de l'histoire. Par exemple, dans l'hexagone, il ne figure pas dans tous les lycées d'enseignement général mais bien dans tous les lycées professionnels et de s'exclamer :

Il y a des fourberies ... des ruses absolument sinistres... On assume implicitement que l'on oriente vers les lycées professionnels des gens qui ressemblent à cette histoire .. des jeunes qui viennent de l'histoire composite de l'esclavage et de la colonisation... 


Poursuivre le travail commencé suppose une politique nationale volontariste

Pour changer les choses, combattre ces différenciations, et faire appliquer correctement la loi, il faut une volonté et du courage politique s'exclame Christiane Taubira.:

... Lorsqu'il y a des élections, il faut faire les choix de personnalités qui sont capables de faire les choses qui nous élèvent ensemble. Nous conduisent vers le progrès, qui nous rendent plus intelligent, plus érudit, plus cultivé, plus réfléchi, plus tolérant, plus empathique, plus attentionné vis à vis des autres... Il faut choisir des personnes capables. Quand on choisit des personnes qui viennent avec leurs airs de caporaux et qui disent c'est comme ça, boom on colle les talons et il n'y a plus rien d'autre. Il ne faut pas s'étonner que pendant 5 ans, on se tape un ministre qui estime que cela n'est pas important...


Pour Christiane Taubira, il n'y a pas de volonté de l'actuel ministère de l'éducation de faire évoluer cet enseignement.

Toutefois, Christiane Taubira continue d'être très sollicitée dans l'hexagone, partout dans le monde, dans l'Outre-mer, en Afrique, en Guyane pour accompagner des travaux de recherches, des commémorations, des évènements de toute nature. Il y a bien eu une appropriation collective de la cause pour la faire vivre. Au delà du monde de l'éducation, beaucoup d'associations, des élus donnent sens à cette loi et font avancer la connaissance de l'histoire de la traite négrière.

Retrouvez l'intégralité de cette émission

Débat 973 : Loi Taubira, les 20 ans.