Covid-19 : quel protocole de soin est administré aux patients en Guyane ?

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Au service réanimation du CHC
©Abel PARNASSE
Si selon les autorités sanitaires, la vaccination demeure actuellement le meilleur moyen de se protéger des formes graves de la Covid-19, quel protocole de soin est administré aux patients covid dans les hôpitaux guyanais ? Quelle est la place de l'ivermectine, un antiparasitaire contesté ?

Aux Etats-Unis, les autorités sanitaires désormais demandent aux citoyens qui veulent se prémunir de la covid-19 d’arrêter de consommer de l’ivermectine. Ce médicament est en vente libre là-bas en pharmacie. En Guyane, il est délivré uniquement sur ordonnance.


Dès leur admission à l’hôpital sur notre territoire, les patients covid sont traités avec de la cortisone, des anticoagulants, de l’oxygène, indique le Professeur Félix Djossou, chef de l’unité des maladies infectieuses et tropicales (Umit) à l’hôpital de Cayenne (CHC) dans la Lettre Pro de l'Agence Régionale de Santé de la Guyane. Mais aussi de l’ivermectine. Ce médicament est utilisé contre les parasites, comme par exemple l’anguillulose, répandue en Guyane.

A l’hôpital de Cayenne, tous les patients Covid reçoivent donc de l’ivermectine, ou des dérivés comme l'Azithromycine, en prévision d’un traitement à la cortisone. Un médimament prescrit à certaines conditions et qui ne peut pas être pris à fortes doses.

Pas d’impact sur la réplication du virus


En effet, selon une étude menée sur des hamsters par l'Institut Pasteur et publiée en juillet, les scientifiques ont observé que la prise d’ivermectine est associée à une limitation de l’inflammation des voies respiratoires chez les animaux et des symptômes qui en découlent. Ce traitement est également associé à une protection contre la perte d’odorat. Toutefois, les résultats ne montrent pas d’effet de la molécule d'ivermectine sur la réplication virale du SARS-CoV-2.

L’étude ne fait donc que reconnaître certaines vertus limitées de l’antiparasitaire chez les petits rongeurs. Pas sur l'homme. 

Pas suffisante pour envisager un usage médical dans le cadre de la crise sanitaire


Pour l’institut Pasteur, ce médicament – dont l'OMS a déconseillé l'usage contre le Covid-19 en mars dernier – pourrait donc potentiellement, après validation par des essais cliniques chez l’homme, « [soulager] l’inflammation et les symptômes » de la Covid-19 sans pour autant avoir d'« impact sur la réplication du SARS-CoV-2 ».

Cette étude pré-clinique n'est en outre "pas suffisante pour envisager un usage médical dans le cadre de la crise sanitaire", a souligné l'Institut Pasteur auprès de l'AFP. 

L’ivermectine n’est donc pas un nouveau médicament, il n’est pas non plus destiné à la lutte contre la Covid.

Pas d'effets positifs majeurs


Toujours dans la Lettre Pro de l'Agence Régionale de Santé de la Guyane, le professeur Félix Djossou affirme ainsi ne pas pouvoir garantir si l'ivermectine réduit la mortalité, la maladie ou même la durée de l'infection chez les patients atteints de la covid 19. Pour preuve, tous les patients guyanais ont reçu de l'ivermectine, y compris ceux qui sont décédés du virus.

Félix Djossou, chef de l'unité de maladies infectieuses du CHC, invité du Guyane Soir le 13 mai 2021.

Les patients guyanais ont-ils néanmoins bénéficié d’un effet positif de ce traitement ? Une étude de la cellule régionale de Santé publique France a montré, qu’à structure d’âge comparable, la mortalité est la même en Guyane que dans le reste de la France.

« Quand nous avons eu cinq morts en une journée, tous avaient reçu de l’ivermectine. Aurions-nous eu plus ou moins de décès sans ivermectine ? Je n’en sais rien. »

Pr Félix Djossou, chef de l’unité des maladies infectieuses et tropicales (Umit) à l’hôpital de Cayenne (CHC)


Déjà il y a quelques mois, les antiviraux comme l’hydroxychloroquine ou le remdésivir ont été sortis des protocoles de soin, car jugés trop peu efficaces.

Covid 19 : quels traitements sont utilisés pour traiter les malades  dans les hôpitaux de Guyane ? Un reportage de Laurent MAROT et Seefiann DEIE.

 

L'arrivée des anticorps monoclonaux en Guyane

Un nouveau traitement contre la Covid fait une timide apparition en Guyane. Il s’agit des anticorps monoclonaux, des anticorps fabriqués en laboratoire, déjà utilisés notamment en Guadeloupe. Ils ont fait leurs preuves pour le traitement au début de la maladie chez des patients à fort risque de développement des formes graves.

Pour le moment, un seul patient a reçu ce traitement en phase avec le variant Delta, ces derniers jours, à l’hôpital de Cayenne. L’hôpital de Cayenne a encore peu de doses d’anticorps monoclonaux. Des produits sont attendus pour étendre ce traitement. Le corps médical rappelle que la vaccination reste le moyen le plus efficace de se protéger des formes graves de la Covid.