Ibrahim Al Shariff, portrait de ce Guyanais qui a choisi l'Islam

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Ibrahim Al Sharif devant une mosquée
Ibrahim Al Sharif devant une mosquée ©IAS
En 2019, l'Observatoire de la laïcité estime le nombre de musulmans en France à 4,1 millions (soit environ 6 % de la population totale). Parmi eux Ibrahim Al Shariff, d'origine guyanaise, il s'est converti à l'Islam dans les années 70. Portrait d'un Guyanais, qui a fait de sa spiritualité, une quête de sens à travers le monde.
Ibrahim Al Shariff
Ibrahim Al Shariff musulman ©IAS

J’ai choisi le prénom Ibrahim par rapport à une histoire du Coran, le livre saint. Ibrahim est un enfant, il vit dans un pays où le peuple dont ses parents voue un culte aux statues. Lui, il a compris, qu’il y a un problème. Ce sont des idoles. Alors il décide de toutes les casser, sauf une, la plus grande. Ses parents furieux, veulent le bruler vif pour ce sacrilège. Il leur répond : « Demandez à la dernière statue, pourquoi, j’ai fait cela. Elle ne pourra pas vous répondre, ce n’est qu’une statue, vous les adorez, vous croyez qu’elles vont vous sauver, mais je vous ai prouvé qu’elles n’ont pas pu se sauver elles-mêmes ». Ibrahim, est arrivé comme cela dans ma vie. J’étais en Guyane, j’allais à l’église, j’ai trouvé que cette histoire ressemblait à la mienne. Une prise de conscience. Je ne voulais plus aller à l’église, je voulais prier. Cela m’a complétement changé. J’ai pris conscience que je pouvais prier, croire en un Dieu unique sans passer par un curé.

Et Jocelyn Prépont devint Ibrahim Al Sharif, un fervent musulman. Aujourd’hui, il vit à Lyon et travaille comme technicien en informatique. Marié, père de famille, il vit pleinement sa foi.

Combien sont-ils ? Combien de Guyanais ont choisi d’adopter l’Islam comme religion ? En Guyane, le catholicisme est la religion majoritaire. La plupart des familles guyanaises sont catholiques, baptisent leurs enfants. Ce n’est qu’après, souvent, que le fidèle choisit ou non une autre religion.

C’est le cas d’Ibrahim. Sa mère était catholique pratiquante, une dévotion qu’elle partage avec son fils. Il devient même enfant de chœur, mais sa quête de sens reste inassouvie.

Je lisais beaucoup. J’étais surtout intéressé par des lectures profondes, sur le sens de la vie. J’ai lu tous les livres de sagesse, dont la Bible quand j’étais chrétien pratiquant. C’est en déchiffrant le Coran, que ma quête a trouvé un sens. Ce livre saint répondait aux questions que je me posais, mes recherches personnelles avaient des réponses. Je me suis rendu au Surinam et j’ai rencontré des musulmans, j’ai compris ce qu’était l’Islam. En allant par la suite en Egypte, en Afrique j’ai pu étudier le Coran à fond. Ce n’est pas Jésus qui a écrit la Bible. Les Evangiles sont des témoignages qui ont été repris et réécrits. Le Coran, lui, s’adresse directement aux êtres humains. Il est une continuité. Il a été amené par le dernier prophète Mohamed. Que la paix soit sur lui. Le Créateur par l’intermédiaire du prophète s’adresse directement à nous, il s’adresse à l’humanité et nous montre la voie. Tout le monde peut aller lire et chercher ses réponses. C’est compliqué mais à la fois très simple.

Ibrahim Al Shariff

Sur les traces de l'Islam

Un Coran
Le Coran ©francetvinfo

Une quête qui devient pour lui, un parcours initiatique. Ibrahim décide d’aller à la source. Il part dans les années 70 dans l’hexagone poursuivre ses études. Il lit beaucoup, s’interroge sur la condition des noirs. Il se penche sur notamment sur la vie de Marcus Garvey,  leader noir jamaïcain, mais cela ne lui suffit pas. Il cherche une religion qui nourrit ses plus profondes aspirations.

Il décide de partir en Afrique, il a 20 ans.  Mauritanie,  Sénégal, Guinée, Mali, Somalie, Ethiopie, Canada, Arabie Saoudite….Il revient en France et part s’installer à Djibouti, en Afrique orientale où il reste une quinzaine d’années. Il travaille, et en même temps, étudie le Coran dans des écoles coraniques.

Moi je suis un musulman c’est tout. Il y a des devoirs, des droits, il y a toute une jurisprudence. Un musulman doit respecter celui qui ne partage pas la même religion que lui. Il n’y a pas de contraintes Il y a même un verset, qui dit qu’on doit respecter les autres, chacun son Dieu, chacun sa religion, le Coran le dit. C’est clair et net. Je me positionne sur les autres thématiques en fonction de mes croyances. Il n’y a pas de hiérarchie, chaque musulman est responsable, il détient déjà sa foi. L être musulman doit représenter l’Islam, sa foi dans tous ses actes. On n’a pas besoin d’être un Imam pour représenter sa religion. A travers un musulman et son comportement on sait que c’est un musulman. Chacun porte en lui-même les sources de l’Islam.

La Guyane, terre natale

Ibrahim vit sa foi, tout simplement en suivant les préceptes du Coran. Il ne fait pas de politique, prône un islam à la source. Il ne se reconnait pas dans les extrémismes, ou les actes de terrorisme. Ce sont des actes que dit-il, n’approuve pas le Coran.

De temps à autre il revient en Guyane afin de voir sa famille. Il n’exclue pas d’y revenir définitivement.

La Guyane est un pays enclavé, on est coincé, on est obligé de passer par la France. Je viens de temps en temps en Guyane pour revoir ma terre natale. J’ai ma famille. J’aimerais bien conseiller les jeunes de faire attention, et de ne pas céder au fanatisme ni au prosélytisme. Il ne faut pas se laisser embrigader pour aller faire n’importe quoi, par rapport aux attentats etc…Un musulman n’est pas un terroriste. Il peut y avoir des gens qui se servent de la religion pour commettre des actes condamnables. Pour moi, l’Islam est un salut pour l’humanité. Je suis musulman et je vis en tant que tel. Il y a des bons et des mauvais partout. Il faut savoir vivre avec son prochain.

Le Coran
Le Coran ©DR

Ibrahim a choisi l’islam, car cette religion a réveillé en lui sa spiritualité. Il a été cinq fois en pèlerinage à la Mecque, l'un des piliers de l'Islam. Son crédo est "l'acceptation de l'autre, quelles que soient les différences", le principe même de la sagesse.