L'impuissance des autorités de Saint-Laurent-du-Maroni face aux vendeurs à la brouette

Vendeur à la sauvette face aux policiers Municipaux
Saint-Laurent-du-Maroni face à un phénomène croissant : celui de l'afflux permanent de vendeurs informels. La police municipale, débordée, peine à faire respecter les lois dans un contexte où l'économie de rue prend de plus en plus de place.
Vendeur de poisson à la brouette

Saint-Laurent-du-Maroni, ville frontalière de la Guyane française avec le Suriname, assiste à une croissance notable de son économie informelle. Des vendeurs à la sauvette, principalement de produits alimentaires comme des légumes, du pain, du poisson et même du gibier, s'installent sur les trottoirs, mettant en péril la fluidité urbaine et les règles d'hygiène publique. Ces marchands, souvent équipés de simples brouettes, proposent leurs marchandises en marge des circuits commerciaux réglementés.

Exaspération des commerçants


C’est une situation mal vécue par les commerçants établis, particulièrement ceux des libres-services, qui voient leurs entrées encombrées par ces étalages improvisés. Ce phénomène n'est pas nouveau pour la ville mais il s'intensifie, et rend la cohabitation entre commerçants formels et informels de plus en plus insupportable. Un commerçant, sous le couvert de l’anonymat, témoigne de cette tension croissante : 

Cela fait plus de 20 ans que cela dure, sans changement. Les confrontations peuvent même devenir menaçantes.

Des produits frais vendus parfois devant l'établissement public de la CAF

La répression de cette économie parallèle pose un défi considérable aux autorités locales. En effet, les vendeurs à la sauvette, en opérant sans autorisation, se placent en infraction avec les réglementations commerciales et sanitaires. La douane et les forces de l'ordre, bien que mobilisées, peinent à endiguer ce phénomène en raison de son ampleur et de la complexité des enjeux socio-économiques sous-jacents.

Viande de gibier vendue à la sauvette à Saint-Laurent-Du-Maroni : entre les brouettes improvisées, l'hygiène douteuse soulève des préoccupations sanitaires importantes pour les consommateurs.

Conditions sanitaires

Un commerçant de la ville, préférant garder l'anonymat, souligne les problèmes spécifiques liés à la vente de poisson.

Ils vendent du poisson frais qu'ils nettoient directement dans leur brouette, sur le trottoir, et laissent l'eau souillée s'écouler juste devant nos boutiques. Cela attire des odeurs nauséabondes et des mouches, rendant l'environnement insalubre et nuisant à nos activités. Je me sens impuissant face à cette situation

confie-t-il. Cette pratique, non seulement non conforme aux normes d'hygiène mais aussi potentiellement dangereuse pour la santé publique, illustre les complications engendrées par l'essor incontrôlé de cette économie de rue.

Vendeuses installées à proximité des entrées de libre-service à Saint-Laurent-du-Maroni, gênant parfois l'accès aux magasins.

Attirés par des prix défiant toute concurrence, bien en dessous de ceux pratiqués dans le commerce régulé, les habitants de Saint-Laurent-du-Maroni pourraient, contribuer à perpétuer un système qu'ils dénoncent par ailleurs. Cette paradoxale contribution des consommateurs à la vitalité de cette économie de rue pose la question de la responsabilité partagée dans la perpétuation de pratiques commerciales à la limite de la légalité.

Produits frais exposés au soleil sur les trottoirs des commerçants à Saint-Laurent-du-Maroni, une pratique courante qui soulève des inquiétudes quant à la conservation et la qualité des aliments.

Face à ce phénomène croissant, nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni pour obtenir des éclaircissements sur la situation. Des sollicitations  restées sans réponse. La situation se complique encore davantage compte tenu du fait que nombreux parmi ces vendeurs seraient en situation irrégulière sur le territoire, ce qui rajoute une dimension supplémentaire à la complexité de la gestion de cette économie parallèle. Pour l'heure, les habitants et les commerçants formels de la ville assistent à une impuissance manifeste des autorités, notamment de la police municipale, à réguler ou même à atténuer l'impact de l'économie informelle sur leur vie quotidienne.