Rentrée universitaire : Louis L, porté par une motivation sans faille entame sa seconde année à l’Université de Guyane

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Louis L, étudiant haïtien à l'UG
Louis L, étudiant haïtien à l'UG ©CL
Il a entamé en 2020 une licence en Langues étrangères appliquées à l'Université de Guyane. Arrivé en Guyane en 2019, Louis L est haïtien et poursuit un rêve : celui d’obtenir un diplôme français et devenir traducteur. Un parcours semé d'embûches pour cet étudiant sans papier.

Louis L s’exprime précautionneusement. Il ne veut pas dire des choses qui pourraient être mal interprétées. Cet immigré de 26 ans a accepté de parler de sa situation : celle d’un étudiant arrivé clandestinement sur le territoire guyanais. Nous respectons son anonymat.

Fuir un univers violent et sans perspective

Il est arrivé en terre française en mars 2019 après un périple d’une semaine. Son père et d’autres personnes ont payé ce voyage pour qu’il rejoigne sa mère en Guyane depuis 20 ans.
Le jeune homme est originaire de Léogane, une ville de l’ouest d’Haïti où il a obtenu l’équivalent d’un bac général mention bien.
Durant toute sa scolarité, il a travaillé dans une pépinière tout en espérant un jour poursuivre des études de droit ou de langues. Il a tenté de s’inscrire dans un cursus universitaire à Port au Prince mais sans succès. Louis L a tout de même pu suivre, durant 2 ans, des cours de technique journalistique. Parallèlement, il donne des cours de haïtien.
Il ne souhaitait pas partir irrégulièrement :

« Mon père avait peur car la situation sécuritaire du pays n’était pas bonne, cela le paniquait beaucoup. Il m’a convaincu de partir… J’ai quitté Haïti le 13 mars par avion pour le Panama, puis le Brésil, Georgetown et le Suriname… nous étions plus d’une vingtaine mais certains allaient au Brésil, d’autres au Surinam et une dizaine pour la Guyane. Nous sommes arrivés en Guyane le 19 mars. »


Les premiers temps, il habite chez sa mère. Mais la situation de cette dernière s’est dégradée. Actuellement, il vit dans un squat sans eau, ni électricité.  
 

Le téléphone, un outil de travail indispensable pour les études

Louis L n’a pas tenté de faire une demande d’asile n’ayant pas de dossier prouvant qu’il était en danger en Haïti. Il s'est donc fondu dans la clandestinité, mais n’a pas abandonné son projet de faire des études.
En novembre 2019, il remplit un dossier d’inscription à l’Université de Guyane en fournissant ses diplômes haïtiens. Les pièces sont vérifiées, évaluées et déclarées conformes. En février 2020, il passe un test écrit et oral et obtient une carte d’étudiant pour l’année 2020/2021 en LEA (Langues étrangères appliquées).

«  C’était compliqué mais j’ai réussi l’année. J’ai suivi les cours sur mon portable… j’apprends l’anglais, le portugais et l’espagnol. J’étudie aussi le français… nous sommes plusieurs haïtiens dans ce cursus. Sur le téléphone, je peux écouter de la musique, suivre les nouvelles… ».


Louis L n’a pas une maîtrise parfaite du français :

« Parler le français demande beaucoup de pratique. Je n’ai pas été élevé dans le milieu français, je le pratique comme une langue étrangère car j’évolue dans un univers créolophone… »


Durant toute cette période, il vit de manière recluse pour ne pas risquer d’être contrôlé et renvoyé en Haïti. 
Le jeune homme vient de s’inscrire en seconde année. Il a effectué les démarches à partir de son téléphone car tout est numérique. Pour payer les frais d’inscription d’environ 170 euros, il est passé par un ami qui a réglé avec sa carte bancaire.
Cette nouvelle année universitaire, Louis L l’aborde avec une détermination décuplée :

« Je travaille tout le temps dès que cela est possible. La journée, le soir… j’aime beaucoup mes études. Je veux obtenir ma licence pour continuer en master et ensuite être dans la traduction et l’interprétariat… en Guyane. J’ai de la famille ici, je ne souhaite pas aller ailleurs ».

 

La débrouille pour survivre

Pour survivre, Louis L se résout à faire « des petits boulots ». Sa mère le nourrit, elle est en situation régulière mais a de faibles revenus. Le foyer compte aussi 3 filles de nationalité française. Il l'avoue, la situation est complexe pour lui :

« On n’a pas le droit de travailler, c’est illégal quand on est sans papier. On peut seulement aller voir un médecin grâce à la carte AME (Aide médicale d’état). La mienne a expiré, j’attends la nouvelle… ».



Toutefois, il faut payer le téléphone, les frais d’inscription pour l’université :

« L’année dernière cela a été moins de 500 euros et cette année j’ai payé 170 euros et 92  euros pour la contribution vie étudiante et de campus… ».


Alors Louis L fait des jobs de jardinage. Il se déplace à vélo en espérant ne pas tomber sur une patrouille de la police de l’air et des frontières.
Obtenir un diplôme est, selon lui, et pour beaucoup d’autres compatriotes, la seule chance de pouvoir travailler légalement dans 5 ans, 10 ans.

« Mon but principal, depuis longtemps, c’est d’avoir un diplôme français ».


Louis L est porté par ce but :

En Haïti, on a espoir d’y parvenir, si on reste sans rien faire, on avance pas.

4737 étudiants à l'université de Guyane

Pour l'année 2020/2021, l'Université de Guyane comptait 4737 étudiants. Parmi eux on recensait , 41% de boursiers, l'année précédante, ils étaient 28%.
Les taux de réussite pour 2021 :

  • - L1 : 30% - L2 : 62% - L3 : 62%
  • - DUT 1 : 60% - DUT 2 : 83% -
  • - Licence Pro : 73%
  • - Master 1 : 60%
  • - Master 2 : 50%

Pour cette rentrée 2021/2022, la période des inscriptions est toujours en cours. 2800 étudiants ont effectué leurs démarches.

Environ 30% de la population estudiantine est étrangère

Selon le service des inscriptions, le chiffre global des étudiants d'origine étrangère avoisinerait un pourcentage de 30%. Mais il y a deux catégories d'étrangers. Ceux qui sont dans la situation de Louis L, inscrits à l'UG avec un diplôme étranger et tous les autres. C'est à dire des jeunes qui ont effectué un cursus scolaire complet et obtenu leur bac sur le territoire guyanais sans avoir pu régulariser leur situation administrative. Des étudiants qui échappent un peu aux statistiques, puisqu'ils effectuent leurs démarches via parcours sup.
Toutefois pour l'année 2020/2021, l'UG a accueilli 518 étudiants avec un diplôme étranger. Parmi eux, on retrouve 118 étudiants brésiliens répartis sur le premier cycle.
La plupart de ces étudiants choisissent la filière juridique et économique et en deuxième position, les lettres, les sciences humaines et les langues.
Pour les étudiants qui ne possèdent pas tous les attendus mais ont le potentiel pour poursuivre les études, il existe un dispositif d'accompagnement, de tutorat exercé par d'autres étudiants en lien avec les professeurs.
Parcours sup propose aussi la licence en 5 ans avec un parcours pédagogique adapté. C'est un contrat signé avec l'étudiant qui permet de suivre sa progression.
Nombre de ces étudiants étrangers qui ne peuvent prétendre à une bourse vivent dans la précarité. Les dispositifs d'aides existent mais ne pourvoient pas à toutes les situations.