Un service d'anatomo-pathologie ultra performant à l'hôpital de Cayenne pour traquer les cancers

cancer guyane
Kinan Drak Alsibai, chef du service d'anapathologie du centre hospitalier de Cayenne
Kinan Drak Alsibai chef du service d'anatomo-pathologie du Centre Hospitalier de Cayenne devant son microscope ©CL
Septembre d'or, octobre rose, des mois consacrés aux opérations de dépistage des cancers sont aussi l'occasion de se pencher sur la chaine de décryptage de cette grave pathologie. L'anatomo-pathologie est une branche de la médecine méconnue pourtant essentielle dans le traitement des cancers.

La plupart du temps, le cancer ne se détecte pas en une simple consultation. Un faisceau d'indices conduit le médecin à soupçonner sa présence. Souvent, outre les différentes opérations d'imagerie pour détecter la maladie, un prélèvement dans la zone concernée s'avère nécessaire. Là intervient une spécialité médicale complètement méconnue du grand public : l'anatomo-pathologie. Le médecin spécialiste surnommé plus simplement "anapath" n'est pas en contact direct avec les patients. 

Un service d'anatomo-pathologie pointu en Guyane

Il existe un unique service d'anatomo-pathologie en Guyane pour le public comme pour le privé. Créé il y a 25 ans, le service Anatomie et Cytologie Pathologiques se trouve au Centre Hospitalier de Cayenne. Son rôle est essentiel pour accompagner les autres spécialités comme l'oncologie où la dermatologie par exemple. Dans la recherche d'un diagnostic de cancer, l'anatomo-pathologiste joue un rôle primordial. Ce service regroupe trois médecins dont le chef de service, un interne de spécialité, quatre techniciens de laboratoire, une aide laboratoire et trois secrétaires. 

Techniciennes de laboratoire du service d'anatomo-pathologie de l'hôpital de Cayenne
Techniciennes de laboratoire du service d'anatomo-pathologie de l'hôpital de Cayenne ©CL

Le docteur Kinan Drak Alsibai qui auparavant exerçait à Paris est en Guyane depuis janvier 2019. Il développe ce service qui, de 2016 à 2018 a été en sommeil faute de médecin. Tous les prélèvements étaient externalisés dans l'hexagone, ce qui rallongeait inévitablement le temps, souvent précieux pour détecter certaines maladies comme le cancer afin d'établir un diagnostic précis.
Seul spécialiste durant 2 ans, depuis le mois de janvier 2021, le Dr Drak Alsibai est assisté de deux autres médecins recrutés donc en janvier et mai par l'ARS. Il s'exprime avec passion sur les enjeux de sa spécialité. 

C'est une spécialité très complexe et délicate qui demande beaucoup d'expertise et de recul. Il faut avoir une parfaite connaissance de l'anatomie et surtout bien connaître le tissu normal pour pouvoir identifier les pathologies. Il existe des milliers de cancers avec des sous-types histologiques. Nous devons être capable de poser un diagnostic précis sur la maladie par les analyses de tissus et de cellules. Ce qui permet, ensuite, au clinicien de déterminer un traitement adapté. Par exemple pour une biopsie nous prenons entre 5 à 7 jours pour faire un diagnostic 


L'anapath établit un diagnostic (parfois de plusieurs pages) après avoir examiné toutes les possiblilités des différents examens et discuté en réunion multi disciplinaires avec les autres spécialites. Ensuite intervient la décision thérapeutique. Grâce, notamment, à l'amélioration des avancées scientifiques, il est possible maintenant, de faire des thérapies ciblées adaptées au profil génétique du patient.

Une batterie d'automates de dernière génération

Ce service dispose d'outils très performants. Des automates de dernière génération équivalents à ceux des hôpitaux universitaires de l'hexagone. Tel, par exemple, le scanner de lames qui permet d'examiner des images suspectes et de les envoyer à d'autres spécialistes experts pour obtenir un diagnostic très précis.

Ecran de scanner de lames
Scanner de lames avec écrans : permettant d’examiner les cellules grâce à des images de haute résolution + stockage d’images ou envoi d’images et discuter certains dossiers avec des centres d’expertise en métropole (appelé également : Pathologie Digitale) ©CHC

Ces robots permettent d'aller beaucoup vite dans la détection de certaines maladies notamment en oncologie. Car les anapaths qui n'ont jamais un contact direct avec les patients sont un noeud vital dans la chaîne de l'élaboration des traitements à mettre en place. Ils interviennent à tout moment du processus et cela même lpendant des opérations chirurgicales qui nécessitent, un ajustement de diagnostic. Ils effectuent alors un court examen qui peut durer de 15 à 30 minutes appelé examen extemporané.

Le Criostat, automate pour l'examen extemporané
Le Criostat, automate pour l'examen extemporané réalisé dans un délai de 15 minutes ©CL

 

Une spécialité qui monte en puissance dans la chaîne de dépistage du cancer en Guyane

L'anapath est, de fait, un acteur fondamental du dépistage et du diagnostic de pathologies avec un champ d'expertise très large. Cela concerne certes les cancers mais également les maladies infectieuses, les maladies auto immunes.
Actuellement ce service a une activité très importante qui ne cesse de croître. Près de 10 000 examens annuels y sont effectués. L'augmentation entre 2019 et 2021 est de 30%. Ce qui a permis d'observer, notamment, une nette recrudescence de diagnostics de cancers avancés. Mais ce constat doit s'effectuer avec un certain recul car les causes exactes ne sont pas clairement déterminées. Il n'y a pas eu d'anapath au CHC durant 3 ans. Tous les prélèvements étaient alors envoyés dans l'hexagone ce qui induisait beaucoup de retard dans l'annonce des diagnostics.

Il y a maintenant 3 anapaths au CHC. Les médecins de ville reprennent d'autres réflexes et envoient plus fréquemment leurs prélèvements. Il en est de même pour les centres de santé. 
Les opérations de dépistage durant les mois de prévention - septembre d'or pour les cancers pédiatrique, octobre rose pour le cancer du sein - contribuent fortement à la prise de conscience du grand public de se faire dépister. Ils sont donc l'occasion, malheureusement, de poser plus de diagnostics liés au cancer en général.
Le cancer féminin le plus courant est celui du cancer du sein. Puis en seconde position arrive le col de l'utérus. Ce dernier représente un problème de santé majeur en Guyane où le taux d'incidence d'infection est beaucoup plus élevé qu'en métropole. Autre cancer qui touche les femmes comme les hommes, celui du tube digestif (estomac et colon). Vient ensuite le cancer du poumon. 

L'anatomo-pathalogie est une spécialité au cœur du système de santé et de ses progrès. Pourtant elle demeure une médecine de l'ombre. Pratiquement, l'anapath exécute un vrai travail de profiler à la recherche des cellules douteuses ... Il est un spécialiste de haut vol qui, dans certaines situations doit parfois réagir très vite. L'anapath utilise autant sa faculté d'analyse et d'observation que ses connaissances techniques avec son précieux outil : le microscope.

Le microscope de l'anapath
Un microscope : examiner les cellules afin d’établir un diagnostic précis de maladies (cellules normales, cellules cancéreuses, cellules inflammatoires …. etc.) ©CHC

 


 

Un Centre de ressources biologiques Amazonie de dimension européenne

Au service d'anatomo-pathologie se trouve aussi le Centre de ressources biologiques Amazonie appelé aussi bio banque. Sont conservés dans ce lieu les échantillons biologiques à but de recherches scientifiques notamment en pathologie infectieuse. Des échantillons conservés anonymement avec l'accord express des patients.
Cette bio banque qui existe depuis 2016 est certifiée NF et est financée, pour partie, par des crédits européens. De plus en plus, elle s'inscrit dans des projets de recherches régionaux, métropolitains et aussi internationaux. Ces recherches font l'objet de publications dans des revues spécialisées nationales et internationales.