L'urgence d'une réponse plus ambitieuse pour mettre fin au trafic de cocaïne en Guyane

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Mission d'information sur le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane
©Sénat
"Il y a urgence", souligne le rapport de la mission d’information sur le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane qui recommande notamment d’intensifier les contrôles et les saisies, d'alléger les procédures ou encore de mettre en place une politique "ambitieuse" de prévention. 
 
"Ces dernières années, le trafic de cocaïne entre la Guyane et l’Hexagone a fortement augmenté et représente aujourd’hui entre 15 et 20 % des entrées sur le territoire". Au terme de quatre mois de travaux et de l’audition de nombreux acteurs impliqués dans la politique de lutte contre le trafic de stupéfiants, le rapport du sénateur de Guyane, Antoine Karam, a été adopté à l'unanimité par la mission d’information, qui insiste sur "l'urgence d'apporter une réponse plus ambitieuse pour mettre fin au trafic de cocaïne en Guyane". 
 

Contrôles approfondis et allègement des procédures

Le voyageur ciblé passe dans le scanner corporel à l'aéroport Felix Eboué en Guyane
Le voyageur ciblé passe dans le scanner corporel ©G.Ho-A-Sim
L’explosion de la production mondiale de cocaïne et le renforcement des contrôles sur certains axes (Suriname-Pays-Bas) expliquent l'essor du phénomène qui gangrène la Guyane. Lors de chaque vol au départ de Cayenne et en direction de Paris, une dizaine de passeurs transporterait chacun en moyenne 1,9 kg de cocaïne. "Les mules" introduisent la drogue dans leur corps sous forme d’ovules ou la dissimulent près du corps ou dans leurs bagages. 

Ces hommes et ces femmes sont pour la plupart des jeunes, privés d’emploi et de perspectives d’insertion socio-professionnelle ou des personnes en grande précarité. Un trafic, observe la mission, qui s'enracine principalement à l’Ouest du département, dans le bassin du fleuve Maroni.
 

Le transport de la cocaïne, en provenance du Suriname voisin, peut en effet rapporter de 2 000 à 10 000 euros par voyage, une somme sans équivalent dans une région défavorisée.

Mission d'information sur le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane



Pour en finir avec ces mauvais chiffres, de nouveaux équipements, tels que des scanners à rayons X pour le contrôle des bagages, devraient être déployés.

La mission recommande la réalisation ponctuelle de contrôles approfondis dits "à 100 %" à l’arrivée des vols en provenance de Guyane, à l’image de ceux pratiqués par les Pays-Bas sur les vols venant de pays à risques.

Elle préconise également d'alléger au maximum les procédures existantes et d'employer chaque administration selon ses capacités, par exemple en recentrant l’action de l’OFAST, l'office anti-stupéfiant, sur le traitement des commanditaires et le démantèlement des réseaux.

"Les délais de transfèrement des personnes interpelées devraient pouvoir être réduits, notamment par l’installation de chambres médicalisées à proximité des aéroports et par la réalisation de la Cité judiciaire à Saint-Laurent-du-Maroni, indique le rapporteur Antoine Karam qui propose de "poursuivre et intensifier la coordination entre les différents services, notamment au plan local et particulièrement à l’aéroport Félix Eboué".

Dans son rapport, la mission se prononce aussi pour favoriser davantage le partage de l’information entre services, notamment grâce aux récentes cellules de renseignement opérationnel sur les stupéfiants (CROS) et propose notamment d'accroître la une lutte contre le blanchiment et la saisie des avoirs criminels. 
 

Une politique de prévention "ambitieuse"

La mission demande également la mise en place d’une politique de prévention ambitieuse, pilotée par l’Etat et dotée de financements adéquats. Elle suggère de confier explicitement au Préfet, avec l’association étroite de la Collectivité territoriale de Guyane, une mission d’impulsion de la politique de prévention et de coordination des initiatives conduites au plan territorial.

La prévention, suggère la mission, implique d'"acquérir une meilleure connaissance du profil des passeurs et du contexte de l’entrée dans le trafic, de s'appuyer sur la participation de passeurs repentis ou de représentants des forces de sécurité ou encore d'étendre le champ de cette prévention à l’entourage familial et aux plus jeunes, pour contrer le recrutement précoce".

La création de structures ou lieux d’accueil permettrait également d'accompagner les personnes souhaitant sortir du trafic ou sur le point d’y basculer. "Un vrai effort budgétaire doit être consenti en faveur de cette politique, trop longtemps négligée", indique le rapport de la mission d’information sur le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane
 

Encourager la formation, l’insertion professionnelle et la réinsertion  

L'offre de formation doit aussi être une priorité. "Il faut augmenter massivement la capacité d’accueil des dispositifs d’insertion socio-professionnelle comme les missions locales ou le service militaire adapté (SMA)". En Guyane3 600 jeunes seulement, bénéficient chaque année d’un accompagnement socio-professionnel, alors que 24 200 sont sans emploi ni formation. 


Tout en reconnaissant que les peines prononcées doivent être exemplaires et dissuasives, le rapport de la mission sénatoriale indique qu'"elles doivent rester individualisées et prendre en compte le profil de la personne ainsi que le contexte. 

La réinsertion doit être privilégiée et les structures chargées de l’application des peines disposer de moyens pour assurer un accompagnement [...] Le lieu d’incarcération devrait être déterminé en fonction du projet d’insertion et non du lieu d’interpellation, comme actuellement.

Mission d’information sur le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane


Renforcer la coopération internationale

Le renforcement de l’implication de la France dans la coopération régionale en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants dans la zone Caraïbe est également l'une des préconisations de la mission sénatoriale. 

Afin de peser davantage dans les organisations qui portent cette coopération, elle suggère aussi de "relancer l’adhésion de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane à la communauté caribéenne (CARICOM) comme membres associés" et d'"intensifier la coopération bilatérale avec les pays voisins, particulièrement avec le Suriname".

"Cette coopération est à développer non seulement au plan sécuritaire, mais aussi en termes de développement économique compte tenu des synergies potentielles et des besoins convergents entre nos pays dans le bassin du Maroni", indique le rapporteur de la mission d’information sur le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane, Antoine Karam. 
 

Le dernier acte politique du sénateur Karam

Antoine Karam, engagé depuis 2014 dans ce combat contre la drogue en provenance de la Guyane, signait avec cette mission sans doute son dernier acte politique. Le sénateur de Guyane a annoncé qu'il prenait sa retraite à la fin du mois de septembre."J'espère que d'autres élus s'empareront de ce dossier parce que la cause est juste et on ne peut pas fuir ce combat", a-t-il indiqué. 


"Cayenne - Paris, la route de la drogue", reportage réalisé en janvier 2019 : 


















 
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