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Lilian Thuram au Brésil : "non, Christophe Colomb n'a pas découvert l'Amérique"

Le rôle de Christophe Collomb dans l'histoire, celui de Pelé dans la lutte antiraciste, la tuerie d'Orlando ou une petite phrase de Bacary Sagna : l'ex-international Lilian Thuram a décliné ses combats en terre brésilienne auprès d'enfants et d'artistes. 

Lilian Thuram à la fondation Gol de Letra à Rio de Janeiro © TASSO MARCELO / AFP
© TASSO MARCELO / AFP Lilian Thuram à la fondation Gol de Letra à Rio de Janeiro
  • La1ere.fr avec AFP
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"Quelqu'un sait-il qui est Christophe Collomb ?" La question du champion du monde 1998 surprend les élèves du lycée français de Rio. "Celui qui a découvert les Amériques en 1492", répond un ado sur un air d'évidence. Thuram reprend: "Ah bon? Imaginez que j'entre dans cette médiathèque et que je dise que je l'ai découverte". "Mais non, elle existait déjà, avec des gens dedans", rétorque une jeune fille.
 
 

L'Afrique, plus grande que la Russie

"Voilà : on est en 2016 et on dit toujours que Collomb a découvert l'Amérique, on voit toujours l'histoire d'un point de vue européen", conclut Lilian Thuram. Son credo: "questionner les conditionnements", notamment "de l'histoire qu'on nous raconte". Et donc de la géographie qui en découle: il déploie pour ce faire la carte du monde sous la projection de Peters, qui présente d'autres proportions que traditionnellement. "D'habitude on croit que la Russie est plus grande que l'Afrique !"

Lilian Thuram montre un planisphère au lycée français de Rio © TASSO MARCELO / AFP
© TASSO MARCELO / AFP Lilian Thuram montre un planisphère au lycée français de Rio

 

Pelé et le racisme

Pourquoi Pelé ne figure-t-il pas dans le livre "Mes étoiles noires" de Thuram ? "J'y ai pensé, et finalement je ne l'ai pas mis parce que je pense qu'avec une telle aura, il aurait dû dénoncer le racisme". Tonnerre d'applaudissements dans la salle de théâtre où l'ancien défenseur échange
en soirée avec une danseuse carioca et un rappeur pauliste. "Je vois comment Mohamed Ali a changé la société". Bis.

"Je n'ai pas aimé votre réaction", lance alors le chanteur en direction de la salle. "Pelé a mis le Brésil et les noirs du Brésil sur la carte du monde. Avant
Pelé, on n'existait pas. On devrait avoir la même exigence avec Zico. Comme il est blanc, il ne devrait pas protester contre le racisme ? Pourquoi seul Pelé devrait parler du racisme?"

Thuram reprend le micro. "C'est avant tout aux noirs de faire comprendre le racisme et d'éduquer la société là-dessus", avance-t-il. "On a éduqué les noirs depuis des générations à avoir peur de revendiquer. Il faut dire aux jeunes: ayez confiance en vous, levez la tête et dites les choses tranquillement".
 

Sexisme, homophobie

Au Brésil, où la violence faite aux femmes est d'une brûlante actualité avec le viol collectif survenu à Rio fin mai, Thuram estime que "les religions créent ou cautionnent des hiérarchies, notamment la plus vieille, entre les hommes et les femmes". "L'espèce humaine est la seule où les mâles se sont octroyé le droit de tuer leurs femelles", dit-il aux élèves ébahis. "Dans toutes les sociétés, on sait que des femmes meurent tous les jours sous les coups de leurs maris. Le racisme, le sexisme, l'homophobie, c'est avant tout de la violence".

Lilian Thuram devant des étudiants au consulat français de Rio © TASSO MARCELO / AFP
© TASSO MARCELO / AFP Lilian Thuram devant des étudiants au consulat français de Rio

 

L'homophobie

Question homophobie, et plus au nord sur le continent américain, il y a eu la tuerie de la boîte de nuit gay dimanche à Orlando, en Floride. "La discrimination est une violence, qui peut aller jusqu'à la destruction physique de l'autre", réagit-il. "En 2013, des milliers de personnes étaient dans les rues, refusant les mêmes droits aux personnes homosexuelles (mariage pour tous, ndlr). En 2016, un homme tue 49 personnes. Le problème, ce n'est pas les homosexuels mais les hommes et les femmes qui attisent la haine".
 

La petite phrase de Sagna

"Je suis noir, certains sont maghrébins, certains sont Français, certains vont être Chinois peut-être", avait dit le défenseur de l'équipe de France Bacary Sagna, le 8 juin, en réponse à la polémique déclenchée par Karim Benzema sur sa non sélection, selon lui liée à des pressions d'ordre raciste.
 
 

Etre Français

Thuram, sensible à la "charge historique des mots" véhiculée dans le langage courant comme dans les médias, se dit "interpellé": "Ce que je trouve bizarre, c'est qu'aucun journaliste ne l'ait relancé pour qu'il précise sa pensée, parce qu'il faut rappeler, surtout aux enfants, que l'on peut être français et noir, bien que certains aient inventé cette notion de Français de souche, qui serait bien évidemment de couleur blanche. Etre français n'est ni une couleur de peau ni une religion".
 

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