Militants anti-chlordécone au tribunal  : un procès inutile et incompréhensible

politique
Palais incendié
Détérioration devant le palais de justice de Fort-de-France, 13 au 14 janvier 2020). ©Martinique la 1ère
Le procès de 7 personnes pour des violences commises contre des gendarmes, en novembre dernier au Robert, a été reporté du 14 janvier au 3 juin 2020. Une mesure d’apaisement qui pourrait déboucher sur un abandon des poursuites, tant ce procès semble surréaliste.
 
Le procès des militants anti-chlordécone va-t-il se terminer par un abandon des poursuites ou une relaxe générale ?

Le report de l’audience a été motivé par la mobilisation des avocats contre la réforme de leur régime de retraite. Mais aussi et surtout par la mobilisation de plusieurs dizaines de citoyens venus soutenir sept militants accusés d’avoir frappé des gendarmes.

Le procureur a la possibilité d’abandonner les poursuites. Il s’honorerait en le décidant. Car il a un problème politique à résoudre. Comment peut-il soutenir, moralement, qu’il faut condamner des citoyens réclamant la traduction en justice des responsables de l’empoisonnement des gens de ce pays ?


À quel jeu joue l’État ?


Ce faisant, il pose aux juges du tribunal un problème de conscience. Comment peuvent-ils juger, en toute honnêteté intellectuelle, des victimes demandant réparation pour un préjudice ? Par voie de conséquence, les magistrats transfèrent au préfet un problème politique.

Comment pourra-t-il garantir la cohésion sociale et la tranquillité publique si les militants poursuivis sont condamnés ? Il sait pertinemment, lui aussi, que le procès de ce lundi (13 janvier 2020), a été généré par le scandale environnemental dénoncé par le président de la République.

Depuis cette déclaration, l’inertie de l’administration, du gouvernement et de la majorité parlementaire est spectaculaire. Nous avons tous pris au sérieux la phrase du chef de l’Etat, félicité pour cette initiative. Et depuis, nous attendons des actes, qui ne viendront pas.
 

Comment ignorer l’exigence de justice ?


Sauf si nous nous occupons de notre survie dans un milieu infesté. Nous, ce sont nos élus, qui parlent peu du sujet, alors que nous sommes en campagne électorale. Nous, ce sont nos institutions politiques, qui en disent peu sur le sujet, alors qu’elles oeuvrent à l’amélioration de notre cadre de vie. Nous, ce sont les citoyens, qui n’ont pas d’autre choix que d’exiger de l’institution judiciaire qu’elle rende justice.

Les trois plaintes déposées depuis douze ans n’ont toujours pas débouché sur les mises en examen des auteurs de l’empoisonnement. Pourquoi ? Pour toute réponse, un procès aussi inique qu’incompréhensible. Les promoteurs de l’injustice ont tort de se fier à la légendaire patience antillaise qui pourrait se transformer, un jour ou l’autre, en de l’impatience.
 
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