Santé : quand les régions comblent les lacunes de l’État

coronavirus
Patrick Karam
Patrick Karam (veste) vice-Président de la Région Île de France, avec Benjamin Garel, le directeur du CHUM, dans le cadre de l'acheminement, par la Région Île de France, de 13 lits de réanimation à la Martinique. ©CHUM
La Région Ile-de-France vient d’offrir 13 lits au CHU de Martinique et autant à celui de Guadeloupe pour aider ces deux structures à surmonter l’engorgement de leurs services de réanimation. Pourtant, c’est à l’État qu’il revient d’effectuer ces dotations.

La loi est claire : la santé relève de l’État. La puissance publique est responsable des enjeux sanitaires les plus importants : la formation initiale des médecins, la recherche, la gestion des stocks de médicaments et de matériels médicaux essentiels et la prévention des maladies.

La loi confère également à l’État l’encadrement des laboratoires pharmaceutiques, la stratégie de la vaccination et les questions relevant de l’éthique. Ces prérogatives sont exclusives. Le gouvernement, quelle que soit sa coloration politique, en a la charge, sous le contrôle du Parlement.

L’expérience montre que l’État ne peut pas tout dans ce domaine hautement sensible. Ce qui explique la part de plus en plus grande occupée par les régions dans les interstices laissés vacants. En outre-mer et dans l’hexagone, les régions ont pris l’habitude ces trente dernières années de combler les lacunes de l’administration centrale.

L’État ne peut pas tout

 

Les exemples sont nombreux : le comblement des déserts médicaux, le soutien à la télémédecine, la prévention du sida, des infections sexuellement transmissibles, des grossesses précoces, du tabagisme, de l’alcoolisme ou encore du cancer. Les régions financent volontiers les formations aux métiers du secteur sanitaire et social.

Ces dernières années, plusieurs d’entre elles se sont engagées dans le soutien à la médecine environnementale par des programmes ambitieux visant à surmonter les conséquences de l’utilisation des perturbateurs endocriniens. En Martinique, la CTM a financé en grande partie le futur cyclotron, pour le traitement des cancers.

Il en est de même pour la construction du futur pôle universitaire de santé ou pour les aides portées au CHU pour l’achat de matériel médical. Il est évident que Serge Letchimy poursuivra les efforts déployés par son prédécesseur Alfred Marie-Jeanne.

La région au centre du dispositif de soins

 

C’est dire si la région est en mesure de contribuer à l’amélioration du système de santé. En outre, de par ses nombreuses autres compétences, elle peut élever le niveau de la réponse attendue face aux enjeux sanitaires. Ses décisions dans les domaines du transport, de la formation continue ou du logement ont un impact sur le domaine de la santé aussi bien de la population que des professionnels du secteur.

Dès lors, il n’est pas étonnant, ni saugrenu, qu’une région vienne en aide à d’autres dans cet épisode de catastrophe sanitaire et sociale que nous vivons. De louables et salutaires efforts révélant crument les carences de la politique étatique en matière d’équipement des hôpitaux universitaires de Guadeloupe et de Martinique depuis au moins deux décennies.