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MAYOTTE : Grève des médecins

Les praticiens hospitaliers et les médecins libéraux de Mayotte ont entamé lundi 30 septembre 2013 une grève illimitée pour dénoncer les difficultés croissantes de l' exercice médical.
Seules les urgences sont assurées. 

Les médecins en grève au Centre Hospitalier de Mamoudzou © KES
© KES Les médecins en grève au Centre Hospitalier de Mamoudzou
  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le

Les médecins praticiens hospitaliers et les médecins libéraux de Mayotte ont entamé lundi 30 septembre 2013 une grève illimitée pour dénoncer les difficultés croissantes de l'exercice médical au Centre Hospitalier de Mayotte et dans les cabinets privés.
Seules les urgences sont assurées.
 

Désert médical
 
La  diminution importante et continue des effectifs médicaux  ne permettent plus aux uns et aux autres de pratiquer une médecine de qualité.
 
« Nous alertons les pouvoirs publics depuis 18 mois sur le manque chronique des médecins libéraux et rien n’est fait pour résoudre ce problème.
Les médecins partent les uns derrière  les autres. Il n’y a pas  de remplaçants à l’horizon. D’ici 2 ans ou 3 ans maximum, la médecine libérale sera morte à Mayotte. Nous sommes une vingtaine de médecins libéraux répartis dans environ 10 ou 12 cabinets et à peu près 7 ou 8 médecins généralistes en ville, c’est  plus qu’un désert médical », a déclaré à MAYOTTE 1ère.FR, le docteur OUADAH Abdéli, trésorier du syndicat des médecins libéraux de Mayotte.
 
Le docteur  OUADAH Abdéli  indique que dans La Lozère, un département français de la métropole  est considéré comme un désert médical avec grosso modo 50 médecins pour 70.000 habitants.
Il ajoute qu’à Mayotte, on compte 30 médecins libéraux pour quasiment 212.000 habitants recensés et quand  on sait que Mayotte frôle  les 300.000  habitants plutôt que les 200.000 habitants, on se dit c’est plus qu’un désert médical.

Situation tendue, selon l'ARS
 
La délégation de l’Agence Régionale de Santé (ARS) à Mayotte fait état  pour sa part d'une situation délicate voire tendue en termes d'implantation des médecins généralistes à Mayotte.
 
«Ce qu'on peut dire, en termes de chiffres pour donner des éléments de comparaison, on a une densité de 88 pour 100.00 habitants alors qu’en fait en métropole, on est sur un taux national de 331 médecins pour 100.000 habitants. Le département ne dispose pas non plus d'un certain nombre de spécialités aussi bien dans le secteur privé qu'au CHM. », a expliqué Marie-Hélène LECENNE, Directrice de la délégation de l’île de Mayotte à MAYOTTE 1ère.FR.
 
« Le secteur libéral est frappé par de nombreux départs de médecins non remplacés.  12 départs ont été enregistrés en 2012 contre 4 installations de médecins libéraux et d'ici la fin de l'année 2013, 4 nouveaux départs sont escomptés contre 2 installations. », a –t- ajouté.
 
Une médecine d’un autre âge
 
Le docteur  OUADAH Abdel signale que dès 5H30 du matin, des malades se présentent dans les files d’attente des hôpitaux et des cabinets médicaux
et certains ne sont reçus qu’à midi.
La plupart des médecins à Mayotte voient grosso modo 50 à 60 patients par jour.
 « Etant le seul médecin généraliste faisant fonction d’ophtalmologiste libéral pour tout Mayotte, je subis une forte pression. C’est également le cas au CHM où  il y a un seul ophtalmologiste. » a encore expliqué le docteur OUADAH Abdel.
 
Manque d’attractivité de Mayotte
 
Le cri d’alarme des syndicats concerne également l’attractivité  insuffisante de Mayotte par rapport aux autres DOM-TOM, entre autres la Réunion  et la remise en cause des négociations  avec le Ministère de la Santé concernant l'attractivité de l'exercice médical à Mayotte.
 
« Il n’a aucune proposition concrète actuellement pour que des médecins libéraux viennent s’installer à Mayotte. Il y a une convention médicale qui est signée entre les médecins et la caisse de sécurité sociale. Cette convention médicale s’applique pourtant dans tous les départements français notamment dans les déserts médicaux et paradoxalement à Mayotte, ça ne s’applique pas. Au niveau des charges sociales, on nous demande exactement la même chose qu’en métropole par contre comme la caisse de sécurité sociale ne paie pas sa quotte part, notre retraite est amputée de 40%, comment faire venir un médecin de métropole ou d’un autre  département à Mayotte alors qu’on lui dit : vous paierez les mêmes charges sociales mais votre retraite sera amputée de 40%, personne ne viendra. » a affirmé le Docteur OUADAH Abéli.
 
Exonérations  douanières.
 
Les médecins libéraux réclament aussi des exonérations douanières pour les équipements de leurs cabinets.
 
« A partir du moment où vous faîtes votre spécialité, vous avez un investissement matériel extrêmement important, or il n’y a aucune exonération douanière pour ce matériel médical or celui-ci coûte beaucoup plus cher qu’en métropole, grosso modo,il faut compter entre 30 et 40% de plus qu’en métropole pour faire venir du matériel; ensuite il faut l’ entretenir,
il n’y a aucune structure à Mayotte permettant de l’entretenir. Moi j’ai eu mon tonomètre qui mesure la tension oculaire qui est tombé en panne, j’ai dû le renvoyer en métropole pour le faire réparer, ce matériel est resté 3 mois en France métropolitaine », a signalé aussi Le Docteur  OUADAH Abéli.
 
Maisons de santé pluridisciplinaires
 
L’ARS reconnaît  que l’attractivité passe indéniablement par des mesures financières et s’emploie à utiliser des arguments convaincants  pour rendre Mayotte attractive.
 
«Ca passe par des mesures financières indéniablement, ca passe aussi par le mode d'exercice  de la profession. Très concrètement, là où on agit pour demain, c'est qu’on promeut des exercices groupés de libéraux. Donc on a plusieurs projets en cours de labellisation, une maison de santé pluridisciplinaire et des pools de santé. On promeut  une application des mêmes outils «  métropolitains ici à Mayotte, parfois on n’en a pas le cadre juridique ou le cadre budgétaire, donc c'est ce qu'on essaie de débloquer en lien avec les autorités nationales. », a dévoilé Marie Hélène LECENNE,  la directrice de l’ARS Mayotte.
 
Contrat de praticien territorial de médecine générale
 
Elle a également indiqué que l’ARS a signé, mardi dernier,  un contrat de praticien territorial  de médecine générale avec un médecin en provenance de métropole. Ce contrat fait partie des dispositions du pacte territoire santé porté par le ministère de la santé. Dans l’attente de la constitution de sa patientelle et d'un volume d'actes suffisamment rémunérateurs, cette aide au démarrage permet au médecin primo installant d'avoir un complément de revenus en attendant qu'il ait les revenus attendus.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                                                                       
 
 
 
 
 
 

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