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Mayotte : 10 à 12 cas de VIH déclarés par an pour 100.000 habitants

En marge de la conférence internationale sur le sida qui vient de se tenir à Melbourne en Australie , nous avons demandé au Docteur Sylvain LERASLE de l' ARS OI de faire le point épidémiologique de ce fléau à Mayotte.

Docteur Sylvain LERASLE , Médecin Inspecteur de Santé Publique , ARS OI Mayotte © Emmanuel Tusevo :
© Emmanuel Tusevo : Docteur Sylvain LERASLE , Médecin Inspecteur de Santé Publique , ARS OI Mayotte
  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le

 En marge de la conférence internationale sur le sida qui vient de se tenir à Melbourne en Australie , nous avons demandé au Docteur Sylvain LERASLE de l'agence régionale de santé Océan indien Mayotte de faire le point épidémiologique de ce fléau à Mayotte.
 Sylvain LERASLE est médecin inspecteur de santé publique , promotion de la santé et milieu naturel .

Le sida , une maladie méconnue de beaucoup de jeunes


Question : Emmanuel Tusevo
Pour le grand public, c’est quoi le VIH SIDA sans aller trop dans les détails techniques ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLE
Je crois que maintenant, c’est une maladie qui est relativement connue encore que certaines infirmières scolaires me disaient l’autre jour que les jeunes avaient encore des difficultés à savoir un peu comment ça se transmettait, comment ça ne se transmettait pas. C’est une maladie qui fait toujours peur à juste titre, parce que c’est une maladie chronique qu’on ne sait pas guérir, je crois que les gens savent ça, une maladie pour laquelle on est obligé de prendre un traitement à vie, ce n’est pas forcément agréable même si c’est une maladie qui n’est plus aussi épouvantablement perçue qu’elle pouvait l’être à juste titre dans les années 80.

 Débat sur le traitement " préventif " pour éviter la contamination

Question : Emmanuel Tusevo
Docteur, qu’est ce qui vous paraît important de mettre en exergue sur la situation actuelle en 2014 du VIH SIDA à Mayotte par rapport ou en marge de la 21ème conférence internationale sur le Sida dans le monde qui vient de se tenir à Melbourne en  Australie ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLE
Ce que j’ ai entendu de la conférence de Melbourne, c’est qu’il y avait un certain nombre de préconnisations scientifiques actuelles , les scientifiques ont l’ air de valider qu’ on a intérêt à ce que les gens prennent un traitement dans les communautés les plus à risque notamment celles qui  s’affranchissent régulièrement  des autres moyens de prévention. On a la preuve qu’un traitement « préventif » permet d’ éviter la contamination, et pourrait avoir d’une certaine manière l’ objectif de casser  cette transmission dans les publics à risques , notamment les publics homosexuels, leur dire : «  vous n’utilisez pas la capote systématiquement, vous vous affranchissez d’un certain nombre de règles de prévention qui étaient vraiment strictes autrefois, mettez - vous sous traitement dans ces périodes où vous prenez ces risques parce qu’ on sait maintenant que le fait de se mettre sous traitement dans les périodes à risques vous évite éventuellement d’être contaminés par le VIH.
On n’en est sûrement pas là à Mayotte je crois.
A Mayotte pour l’instant, indépendamment de ces avancées du côté de la conférence internationale de Melbourne où c’est un peu le tout médicament, je dirais qu’à Mayotte, il faut être sûr que tout est fait du côté des moyens de prévention habituels c'est-à-dire :

1/  la bonne information surtout vers les publics sensibles

2/  la bonne formation de tout  professionnel de santé mais aussi du social, à l’ accueil notamment que ce soit dans les dispensaires, que ce soit dans les PMI , à l’ accueil, il faut que les gens soient un tout petit peu formés pour éviter les stigmatisations et faire respecter la confidentialité indispensable pour une confiance réciproque .

3/ revenir aussi à une distribution large des préservatifs et surtout à leur disponibilité, il faut réfléchir, au-delà de la mise à disposition gratuite dans un certain nombre de dispositifs connus ( infirmerie des établissements scolaires, milieu associatif, PMI, dispensaires, CDAG ) à mettre des distributeurs de préservatifs dans certains lieux discrets à tester pour permettre une accessibilité simple et non stigmatisante.

4/ il faut, qu’avec les associations, on s’empare et qu’on travaille sur la question des publics spécifiques. Seules en effet les associations et les «  pairs » peuvent avoir une action directe et en profondeur dans certains milieux à risque.

Le " plan national Sida " 2010 - 2014 adapté à Mayotte

Question : Emmanuel Tusevo 
 On reviendra sur ces publics, ces populations spécifiques. Voulez – vous d’abord nous expliquer « le plan national SIDA » adapté à l’outremer que vous avez ajusté à Mayotte ?
Réponse : Docteur  Sylvain LERASLE
 Il y a un plan national qui est le plan 2010 – 2014 adapté au VIH Sida – IST qui a été adapté à Mayotte, ce  qui a été fait à la fois par mes prédécesseurs, par les gens de l’hôpital, du centre hospitalier de Mayotte, par un certain nombre d’acteurs de Mayotte qui s’étaient rassemblés en groupe de travail et qui avaient décliné ce plan national sur un schéma VIH SIDA – HEPATITES 2011 – 2014 …
Moi ce que je souhaitais quand je suis arrivé , c’est de faire un bilan de ces mesures, je crois qu’ il y a 23 ou 24  mesures, sur ce schéma, l’idée étant de faire déjà un bilan de ce schéma et essayer de relancer les actions à partir de ce bilan,  à partir de 3 groupes de travail… avec des acteurs de la prévention comme l’ IREPS notamment .

On avait imaginé trois grands axes : au niveau même de la prise en charge des PV VIH , des personnes qui vivent avec le VIH , leur suivi global et accompagnement ,le domaine de la prévention primaire, prévention éducation pour la santé , pour lutter contre les comportements à risque, ça c’est plus le domaine de l’ IREPS, l’instance régionale d’éducation pour la santé, et qui concerne globalement tous les publics, et puis , un versant qui était notre troisième groupe de travail axé sur les populations dites «  spécifiques » si vous voulez, avec toutes les questions , les problématiques qui sont liées à la stigmatisation , à la violence, à la difficulté de négociation dans le cadre des relations sexuelles tarifiées par exemple , toute une série de choses qui concernent ces populations que j’ appelle spécifiques.
Là, on a vraiment besoin de travailler avec des associations  et des pairs. On est un peu à ce point là , c'est-à-dire la mise en place de ces formes d’intervention chacun dans un domaine particulier.

10 à 12 cas de VIH déclarés par an à Mayotte

Question : Emmanuel Tusevo 
 Est-ce que vous pouvez nous donner l’évolution de l’épidémie du sida sur les dernières années et nous dire aussi si les campagnes de protection  sont efficaces ou pas ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLES
 Sur le premier point, en ce qui concerne le VIH, depuis 2009, j’ai des chiffres de ma collègue de la veille et sécurité sanitaire, (vous savez que la déclaration obligatoire est un des outils qui nous permet d’avoir des chiffres précis, elle n’a pas été mise en place depuis très longtemps à Mayotte),  donc depuis 2009 , il semble qu’ il y ait une certaine stabilité . ON EST AUTOUR DE 10 A 12 CAS DE VIH  DECLARES PAR AN POUR 100.000 HABITANTS. Il faut évidemment relativiser ces chiffres parce qu’un certain nombre de gens sont dépistés mais il faut sûrement augmenter les dépistages… comme partout, je dirais à Mayotte, il y a probablement une population,  qui est peut être de 200 personnes, peut être plus, qui ne se sait pas VIH +  ( VIH PLUS) et qui éventuellement continue à contaminer les autres. C’est cette population là qu’on a intérêt à dépister très tôt pour pouvoir la soigner, et ainsi casser la chaîne de transmission.
Cette méconnaissance mise à part, actuellement, on a deux atouts entre guillemets à Mayotte,  pour lesquels on a quand même le sentiment que nos chiffres et les tendances sont relativement fiables, c’est que :

1/ les femmes enceintes sont systématiquement dépistées puisqu’on leur propose systématiquement un dépistage même si parfois, elles sont dépistées un peu tard dans la grossesse. Depuis 2009 entre 6500 et 7000 femmes sont dépistées tous les ans de façon systématique.
Par la consultation de dépistage anonyme et gratuite à Jacaranda, on a à peu près entre 2 et 3000 qui sont dépistées tous les ans et puis il y a ceux qui sont dépistés parce que le médecin l’a prescrit en fonction d’un certain nombre de  symptomatologies, ce qui représente entre 10 et 15 000 personnes chaque année…
Après, il y a eu en 2013 une démarche par la consultation de dépistage anonyme gratuite, de dépister dans le milieu salarié un certain nombre de jeunes hommes volontaires, on n’a trouvé à ma connaissance aucun.

2/ deuxième spécificité, c’est que nous avons deux laboratoires à Mayotte, on à l’hôpital, le CHM, et un laboratoire privé. Comme ce sont avant tout les laboratoires qui déclarent les cas de VIH lors du résultat biologique, on a peu de risque de non déclaration aux autorités sanitaires. De plus, on leur demande (aux laboratoires) de déclarer rapidement. Ainsi le laboratoire de l’hôpital, comme le laboratoire privé se sont engagés à nous donner ces notifications dans les 10 jours, ce qui permet une meilleure réactivité en cas de traçabilité difficile des patients, vous savez qu’ à Mayotte, on a souvent quelques problèmes de noms et coordonnées…
Côté ARS, un recrutement de deux personnes ( une est déjà sur place) du service statistique va nous aider à mieux suivre les chiffres à la fois des personnes dépistées et surtout des personnes suivies et traitées.

Prevalence de l'hépatite B : un problème à Mayotte

Question : Emmanuel Tusevo
Nous consacrerons prochainement un dossier aux  hépatites à Mayotte, mais qu’est que vous pouvez  nous dire aujourd’hui des chiffres de cette maladie dans l’île ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLES
Pour l’hépatite, on est sur une prevalence qui est moyenne et qui est relativement préoccupante à Mayotte estimée… autour de 3,7 à 5% , ces chiffres sont effectivement assez importants… L’hépatite B est un problème ici à Mayotte. On a pas mal de gens qui sont porteurs du virus de l’hépatite sans le savoir, y compris des gens vaccinés. Vous savez qu’on peut être vacciné et quand même porter le virus de l’hépatite B qui se transmet par la voie sexuelle et par la voie maternofoetale. C’est celle là qui est  plus  embêtante parce qu’on peut vacciner un enfant, si on n’a pas fait le diagnostic de la femme enceinte, on va vacciner un enfant qui a déjà le virus de l’hépatite B et malheureusement le virus sera toujours là. Par contre, heureusement à Mayotte là encore toutes les femmes enceintes sont en principe toutes dépistées pour ce virus et les nourrissons vaccinés dès la naissance.

Difficultés de dépistage des populations spécifiques

Question : Emmanuel Tusevo
Revenons au sida, aux dépistages du VIH.
Réponse : Docteur Sylvain LERASLES
On a parlé tout à l’heure de la partie optimiste, si on veut la partie plus pessimiste, on va se dire, est-ce qu’on dépiste bien toutes les personnes qui doivent être dépistées ?  Alors c’est là que c’est plus compliqué à Mayotte parce que dans d’autres départements surtout si je considère la métropole , on a plus de possibilités parce que historiquement ça s’est construit comme ça,  de travailler et s’appuyer sur ces fameux publics spécifiques, plus d’associations soit des porteurs de VIH, soit d’associations communautaires comme les homosexuels, les transsexuels, etc.  Ces associations qui sont assez dynamiques  du coup vont s’emparer de cette thématique là, si voulez, et nous aider, aider l’Etat à trouver ces populations qui sont à l’ écart du dépistage  et les inciter à faire le dépistage et c’est là qu’on pêche un petit peu à Mayotte parce que c’est vrai que sur ces populations là, on n’a pas beaucoup d’associations… On a l’association «  Narike M’Sada » de Moncef Mouhoudhoire qui, depuis plusieurs années, travaille bien sur la communication et malheureusement qui manque de temps, parce qu’il est bénévole aussi sur cette question là et donc on aimerait avoir plus d’associations à notre disposition pour travailler ces questions des publics spécifiques.

Question : Emmanuel Tusevo
Pourquoi on a intérêt à s’intéresser aux publics ou aux populations spécifiques ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLES
Je rappelle que ces publics spécifiques, ce sont les homosexuels, les transsexuels, les multi partenaires , les gens qui sont dans les milieux précaires ou toxicomanes, les détenus, les gens qui sont délinquants ou qui sortent de prison, qui s’alcoolisent par exemple et qui baissent la garde au niveau des mesures de prévention et puis les milieux de la prostitution sachant qu’ ici à Mayotte, on a une prostitution sporadique, une prostitution de type opportuniste si vous voulez, donc qui n’ est pas systématique, d’autant plus dangereuse parce que dans cette relation tarifiée, vous savez qu’en augmentant le prix, on peut dire : « je te donne plus et  je ne mets pas la capote » , on est dans des populations réellement à risque. Ce sont ceux chez qui on va trouver, si vous voulez, le plus de VIH+ (VIH PLUS) quand on va les dépister ; on a évidemment d’autant plus intérêt à aller faire le dépistage chez eux puisqu’une fois dépistés et en les traitant, on va arrêter la dissémination, donc toujours cette chaîne de transmission qu’on coupe.
C’est compliqué de les aborder, il va falloir travailler auprès des bars, des boîtes de nuit, de certaines maisons d’hôtes. Il faut arriver à atteindre ces populations là et à ce que ces populations s’emparent, comme ça se fait en métropole, s’emparent des thématiques, sortent du bois, sortent du placard et deviennent des pairs (médiateurs) …… pour les autres. Pour ça, il faut aussi pouvoir s’affranchir du regard  des autres, ce qui est quand même problématique ici.

L'impact des campagnes de prévention

Question : Emmanuel Tusevo 
 Est- ce que les campagnes de protection sont efficaces ou non à Mayotte ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLES
 C’est très compliqué de savoir si une campagne est efficace. Vous savez que sur le plan national, international même, on a des études, on commence à avoir des études qui nous donnent des éléments  pour savoir si on est efficace ou pas.
Alors, ce qu’on sait des campagnes nationales, c’est qu’elles sont sûrement un peu efficaces mais elles sont souvent contre productives en termes de réduction des inégalités de santé. C'est-à-dire qu’une campagne grand public aurait tendance à renforcer les inégalités de santé… les gens les plus informés, les gens les plus instruits, les gens des classes sociales les plus favorisées vont bien recevoir les messages et vont effectivement adapter leur comportement de façon favorable à la santé. Ceux qu’elle impactera le moins c'est-à-dire les plus précaires, ceux qui sont plus loin, ceux qui ont moins d’instruction, ceux là vont finalement en avoir le moins de bénéfice. Donc on sait qu’une campagne nationale ou une campagne régionale, par exemple, va être intéressante si elle est relayée en local sur le terrain. A ce moment là, on peut avoir un impact plus important parce le message sera effectivement diffusé dans le public général mais sera renforcé par «  une explication de texte »,  je dirais «  un entretien en vis-à-vis » par ces acteurs de terrain.
A ce titre là, les campagnes qu’on a faites autour de la journée nationale de sida le 1 décembre dernier, je crois qu’on a essayé de relayer sur ces acteurs de proximité un certain nombre de messages en distribuant les préservatifs, en faisant un certain nombre d’actions qui étaient des actions aussi de type communication de terrain.

Prise en charge des personnes vivant avec le VIH

Question : Emmanuel
 Quelle est la problématique actuelle de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH à Mayotte ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLES
 Sur la question de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH, je pense qu’on a effectivement des progrès à faire. On a des progrès à faire pourquoi ?  Parce que vous n’êtes pas sans savoir que le centre hospitalier de Mayotte, le CHM, a lui-même un certain nombre de difficultés en termes de recrutement de médecins notamment, de recrutements de spécialistes et ça ce n’est pas seulement dans le domaine du sida, c’est de façon plus générale et ça dépasse également le seul secteur hospitalier. On manque d’un certain nombre de spécialistes sur le CHM de Mayotte, comme à Mayotte en général.

Il se trouve que depuis six mois maintenant, depuis le mois d’avril, le CHM a recruté deux infectiologues spécifiques pour le sida . Ca change un petit peu la donne puisqu’ avant, les médecins qui suivaient les PV VIH, les personnes vivant avec le VIH, qu’ils aient le sida ou qu’ils soient porteurs , c’était l’ équipe du dispensaire Jacaranda de consultation de dépistage anonyme et gratuit ,CDAG. Avec une certaine difficulté, même si historiquement ce dispositif fonctionnait, concernant notamment une certaine confusion entre ce qui est du ressort de la prise en charge, et du ressort de la prévention.
Maintenant les PV VIH seront prises en charge au service de médecine par les infectiologues dédiés et le CDAG pourra élargir son activité de dépistage anonyme et gratuit, prévention, campagnes de prévention et actions hors les murs.

Après il faut qu’on améliore les choses au niveau de la prise en charge parce que la prise en charge du VIH ce n’est pas seulement de dire : «  Monsieur, vous avez attrapé une maladie qui nécessite un traitement chronique, on va vous donner ce traitement. »
 Il s’agit de savoir si les gens peuvent le prendre, savoir s’ils le tolèrent, savoir si les gens ont un niveau socio -économique favorable à la continuité du traitement, toute une série de choses pour lesquelles il faut renforcer l’équipe. Il faut un soutien psychologique, ce n’est pas simple d’avoir le VIH, l’équipe ne doit pas être simplement une équipe de médecins, il faut une équipe de médecins mais aussi une assistante sociale, un kinésithérapeute par exemple,  un psychologue.

 Prise en charge multidisciplinaire

Question : Emmanuel Tusevo
Il faut en fait une prise en charge pluridisciplinaire ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLES
On est en en train de s’y employer, c’est dans le projet hospitalier de l’équipe de prise en charge PV VIH  qui  va proposer aussi des auto - questionnaires aux patients pour savoir un peu quels sont leurs besoins, quels sont leurs demandes  spécifiques. Sachant qu’on a quand même fait des choses depuis ce schéma (2011 – 2014 sur le Sida), on a  notamment mis en place une aide alimentaire,  pour des gens qui auraient des problématiques de malnutrition, des difficultés chroniques avec leur prise de médicaments, pas seulement pour les VIH mais aussi pour les gens atteints de cancers qui peuvent vomir, mal tolérer leur traitement, etc.

On doit encore muscler cette question pour la prise en charge multidisciplinaire et idéalement, pour  aller jusqu’à un programme d’éducation thérapeutique du patient(ETP) qui existe à Mayotte pour les obèses et pour le diabète,  ça existe également pour les PV VIH puisqu’ on sait que le meilleur médecin quand on est dans ce genre de maladie chronique c’est évidemment le patient. Le patient lui-même  qui connaît sa maladie,  comprend les enjeux du traitement,  comprend les enjeux de la compliance aux traitements,  sait interpréter un certain nombre de signes par exemple, des symptômes pour aller consulter ou ne pas aller consulter le médecin. C’est lui le patient , dès lors qu’il comprend bien sa maladie et ses pièges , qui sera le meilleur médecin pour lui – même.  Donc ce programme ETP, éducation thérapeutique du patient devrait  être normalement développé sur l’hôpital.

Il faut ajouter pour la prise en charge des patients porteurs de VIH qu’on a mis en route depuis l’existence de COREVIH OI, coordination régionale de lutte contre le VIH dans l’ Océan Indien, le CHM a mis en place  depuis 6 mois un logiciel NADIS (logiciel national) qui permet de suivre les patients y compris s’ils se déplacent  en métropole ou s’ils vont à la Réunion, etc. On parlait des chiffres tout à l’heure, ça devrait  assurer une bien meilleure tracabilité sur les patients pris en charge qui vont éventuellement sortir de MAYOTTE pour aller ailleurs ou qui vont rentrer au contraire à Mayotte par exemple des « Mzungu » qui viendraient y travailler. Ce logiciel NADIS, on est en train de l’ installer mais il faut évidemment un peu de temps
J’ajoute que la coordination régionale de lutte contre le VIH(COREVI) qui rassemble Mayotte et la Réunion, ce sont différents collèges de médecins, d’acteurs sociaux et également de collège de citoyens, c’est, je dirai, la démocratie sanitaire en marche et donc ces  collèges des citoyens ont la capacité à  nous interpeler et nous dire : «  nous, on a besoin de ça… » Ca fonctionnait à la Réunion, ça fonctionne maintenant à Mayotte.

Pourquoi je vous dis ça, parce qu’il y a des tas d’associations à la Réunion qui marchent bien et qui vont pouvoir nous faire bénéficier aussi de leurs expériences et cet échange là est très important. Ca va se concrétiser dans un colloque au mois d’octobre, le 8,9 et 10 octobre à, la Réunion , j’ai proposé à un certain nombre d’ associations de Mayotte de profiter de ce colloque pour aller faire des formations là bas aussi, d’échanger des informations, de savoir comment on peut s’emparer d »e ce qu’ils ont l’ habitude de faire là bas avec les populations spécifiques pour le faire à Mayotte.

 Immigration , polygamie,polyandrie et sida


Question : Emmanuel Tusevo 
Est ce que vos chiffres ne sont pas faussés dans l’absolu, dans la réalité à Mayotte, est que la prévalence du VIH n’est pas sous évaluée notamment pour cause d’immigration clandestine ?
Réponse : Docteur Sylvain LERASLES
Oui probablement mais est ce que c’est à cause seulement de l’immigration clandestine ? Je ne suis pas sûr. Il y a beaucoup d’éléments qui sont à prendre en compte vous savez à Mayotte. Il y a la polygamie de fait, polygamie horizontale du côté des hommes et puis la polyandrie peut être verticale du côté des femmes, verticale, sérielle plutôt , c’est ce que démontre une enquête qui a été faite par Françoise Guillemau  en 2013 et qui mettait bien ça en évidence c'est-à-dire que la particularité peut - être de Mayotte , j’ ai l’ impression et aussi le paradoxe  comorien puisqu’il y a un paradoxe comorien, c’est une certaine stabilité quand même peut être , une certaine fidélité finalement des relations hommes – femmes à partir d’un certain âge, sachant qu’ un homme peut avoir plusieurs femmes et il va être relativement fidèle à ces femmes là. Et une femme va avoir plusieurs hommes dans sa vie mais les uns après les autres. Mais je suis peut être naïf !

Et pour aller directement sur votre question de la clandestinité, si on parle des anjouanaises, souvent les anjouanaises viennent ici quand même avec la possibilité ou le désir d’ avoir des enfants aussi avec un mari qui puisse les prendre en charge ici sur Mayotte, et si elles ont ce projet d’enfant,  elles vont arriver  forcément à un moment où, accouchant à Mayotte, elles vont être dépistées.
Oui, vous avez raison, il faut qu’on fasse des progrès sur le dépistage précoce d’un certain nombre de personnes notamment les plus à risque, peut être pas seulement les immigrés, je  pense aux  hommes ayant des rapports avec les hommes, aux prostitué(e)s occasionnelles ou  ayant pignon sur rue, en tout cas, il y a des populations pour lesquelles il faudra qu’ on soit plus attentif..

A LIRE AUSSI :
Mission  exploratoire 8 décembre 2012
 Mayotte, le Département oublié de la République
Dans le cadre de la convention liant l’Association AIDES à la Direction Générale de la Santé, une mission exploratoire sur le 101ème département français (Mayotte) à été réalisée fin 2012, par Marie Pierre LEBON, Michel SIMON et Michel BOURRELLY
http://www.migrantsoutremer.org/IMG/pdf/Rapport_Mission_exploratoire_AID...
 
 
 
 
 

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