Les associations représentant les usagers du système de santé chargent l’ARS sur sa gestion de la crise sanitaire

coronavirus
Joëlle Rastami
Joëlle Rastami (à droite) demande à ce que l'ARS prenne des mesures plus efficaces pour lutter contre la Covid-19.
Trois mois après l’apparition du premier cas de Covid-19 à Mayotte, France Assos Santé océan Indien tire la sonnette d’alarme. La lutte contre la propagation du virus est inefficace. Elle demande à l’ARS de revoir sa copie et souhaite être associé à la recherche de solutions.
 
La réaction a mis du temps à se faire. Mais le réseau France Assos Santé océan Indien, section de Mayotte, réunissant les associations représentants les usagers du système de santé est unanime : la lutte contre l’épidémie de Covid-19 orchestrée par l’ARS est inefficace. Et les associations l’ont fait savoir en adressant un courrier adressé à Dominique Voynet, la directrice de l’ARS Mayotte.

Courrier de France Assos Santé Océan Indien à l'ARS

Les associations reconnaissent qu’il y a eu beaucoup de communication faite en direction du grand public. Mais la manière n’y est pas.

« Certains messages sont traduits et transcrits en shimaore, mais en lettres latines, alors qu’une grande partie de la population ne sait lire ces caractères. De même, des messages ont été transcrits en caractères arabes, mais cette transcription a été mal faite au point que le sens du message soit perdu » explique Joëlle Rastami, membre de France Assos Santé océan Indien.


Une communication qui ne doit pas oublier la dengue, autre épidémie qui cause beaucoup de problèmes en ce moment.

Celles-ci remettent en cause également les distributions d’aide alimentaire et de carte prépayée d’eau qui ont contribué à créer des cohues alors que l’objectif est d’éviter les rassemblements pour éviter la propagation du virus.
Par ailleurs, le message martelé est de se laver les mains avec de l’eau et du savon. Pour une certaine partie de la population, l’accès à l’eau est difficile (3 ménages sur 10 n’ont pas de robinet chez eux). Et en ce moment, le savon liquide est une denrée rare dans les commerces de l’île.
 

Le manque de tests ne permet pas de connaître la contamination réelle des Mahorais


France Assos Santé met en cause également la politique de tests mise en place à Mayotte. « Ici, on ne connaît pas la réalité de la situation, puisqu’il n’y a pas eu beaucoup de tests, 8 800, soit à peine une centaine par jour. Il faut une campagne massive de tests, pour avoir une meilleure vision de la situation et prendre les mesures qui s’imposent. En Guyane, ils se sont battus pour cela, ils ont eu les tests et les chiffres ont été multipliés par 6. En métropole, ils ont tellement de tests qu’ils ne savent pas où les bloquer, ici on en manque et après on voit que l’on passe du rouge à l’orange. Mais sans test, on ne dépiste pas de personnes positives » indique Joëlle Rastami.
Moncef Mouhoudhoire, directeur de l'association Narike Msada
Moncef Mouhoudhoire, directeur de l'association Narike Msada est l'un des signataires du courrier envoyé à la directrice de l'ARS Dominique Voynet.

Le manque d’équipements de protection individuelle a été aussi souligné, notamment pour les professionnels de santé. France Assos Santé préconise un approvisionnement suffisant et de qualité pour eux. Et pour les entreprises, une formation pour reprendre l’activité économique tout en respectant les gestes barrières et les mesures de distanciation doit être mise en place.

Autre grief : le suivi des patients positifs au coronavirus inexistant.

"Il n'y aucun suivi des patients positifs au coronavirus" Joëlle Rastami


Les associations représentant les usagers du système de santé demandent donc à l’ARS de revoir sa copie et de mettre en œuvre des mesures de lutte efficaces. Et le réseau France Assos Santé demande à être plus associé à toutes les décisions qui touchent les usagers mahorais. Une réponse de l’ARS est attendue dans les jours qui viennent. Et si elle en vient pas, les associations mahoraises demanderont à France Assos Santé au niveau national d’alerter le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran.