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DOUAGLIN : LE REVE DE TOUT JOUEUR

630 000 dollars australiens : c’est la somme astronomique remportée par le calédonien lors du tournoi principal de l’Aussie Millions. Sur les 648 participants, Joël Douaglin s’est classé 3e !

© P.D
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  • Martin Charmasson
  • Publié le , mis à jour le

COMME UN CERTAIN MONEYMAKER


C’est une histoire improbable. Celle d’un amateur de 48 ans, passant de l’anonymat à la table finale d’un tournoi mondialement reconnu. Celle d’un homme qui saisit sa chance dans ce jeu de stratégie, de patience mais aussi de hasard, et réalise l’impensable : aller presque au bout. En 2003, l’américain Chris Moneymaker, habitué aux parties de poker sur internet, s’était qualifié pour la compétition phare des championnats du monde à Las Vegas, le fameux Main Event, dont le droit d’entrée est fixé à 10 000 dollars US.  Il était lui aussi passé par un satellite, ces tournois au droit d’entrée réduit qui permettent d’en accéder à un autre à la participation financière beaucoup plus élevée. Moneymaker avait dépensé 39 dollars sur internet avant de gagner les World Series et de repartir avec 2,5 millions de billets vert ! Il n’avait auparavant jamais joué en réel. L’événement a déclenché un engouement sans précédent pour le jeu.
 

DES EMBÛCHES DES LE DÉBUT


Toutes proportions gardées, Joël Douaglin vient de vivre une expérience un peu similaire en Australie. Il s’est offert un billet d’avion pour Melbourne afin de participer à l’Aussie Millions, le plus grand événement poker de l’hémisphère sud, et l’un des trois plus reconnus au monde. A peine les valises posées, il prend la direction du Crown Casino dans la peau d’un amateur. « Je joue depuis une dizaine d’année. Par contre, je ne suis pas un flambeur, ca c’est sûr. Je vais aller au casino les samedi soirs, mais seulement pour le poker.  Et pour aucun autre jeu » nous confiait t’il avant sa performance. Il débute donc par un satellite à 1100 dollars AUS pour lequel 145 concurrents se sont inscrits. Seulement 14 tickets qualificatifs sont en jeu pour accéder directement au tournoi principal de l’Aussie Millions à 10 600 dollars. Le calédonien commence par recevoir de bonnes cartes mais à mesure qu’il progresse dans ces qualifications, le nombre de ses jetons diminue à vue d’œil. « J’étais devenu l’homme à abattre parce que je n’avais plus grand chose, et finalement je parviens à passer». Premier exploit.
 

LES MONTAGNES RUSSES

Sésame en poche, il intègre donc LE rendez-vous de l’Aussie Millions. Une nouvelle journée commence et avec elle, une nouvelle épreuve à surmonter. Ils sont cette fois … 648 participants. Le chemin s’annonce long. « On a tous  démarré la première journée avec 30 000 jetons et je finis à 16 000, donc ca ne va pas bien du tout, dit-il en rigolant. La suivante, je remonte à 112 000 jetons alors que le tapis moyen (NDLR : nombre de jetons détenus en moyenne par l’ensemble des joueurs encore en lice) est à 143 000. Ca va déjà beaucoup mieux, même si ce n’est pas encore tout à fait ça. Le jour 3, je finis par atteindre 765 000 avant de terminer le lendemain à 4 millions ! ». Ils ne sont plus alors que sept. Sept finalistes. Entre temps, 641 compétiteurs ont quitté l’aventure, 575 sont rentrés chez eux sans avoir gagné de l’argent, le 72e est reparti avec 15 000 dollars et Phil Ivey, dix fois champion du monde, s’est « contenté » d’une 23e place et de 40 000 dollars ! Joël Douaglin, lui, dispose du deuxième plus gros tapis. Il averti au téléphone ses copains et mentors de Nouméa, Benjamin et Patrick, incrédules et tellement heureux pour lui. Et ce n’est pas encore fini …
 

UNE FINALE RELEVÉE, UN INTRUS 

Les sept candidats pour la victoire se retrouvent hier dimanche. Parmi eux, se trouvent notamment deux professionnels américains. Il s’agit de Brian Rast, ses deux bracelets de champion du monde et ses 4,9 millions de dollars US engrangés en carrière, et de Richard Lyndaker qui n’est pas très loin du million amassé. L’australien Anthony Legg s’est lui classé 15ème d’un tournoi de l’Australia New-Zealand Poker Tour alors que son compatriote Manny Stavropoulos s’est hissé à plusieurs reprises dans le top dix de plusieurs épreuves. Le britannique James Rann a empoché 21 000 dollars en terminant 24e d’un tournoi aux WSOP de Las Vegas en 2012. Enfin l’allemand Lennart Uphoff a de son côté raflé 30 000 dollars dans une partie en République Tchèque ! Au milieu de cette folle concurrence : l’amateur Joël Douaglin qui n’a jamais atteint ce niveau. C’est improbable et pourtant vrai. La magie du poker opère à merveille.
 

ÉMU D’ETRE ENCOURAGE

A un peu plus d’une heure du début de la table finale, le calédonien que nous joignons au téléphone, accepte sans la moindre hésitation de répondre à nos questions. Il est prêt à en découdre. « Il ne faut pas penser à l’enjeu et se dire que celui qui remportera la finale partira avec 131 millions de francs CFP (NDLR : 1.6 millions de dollars AUS). C’est comme un tennisman qui sert pour le match. S’il commence à réfléchir à la récompense, il va rater son service. Il faut surtout qu’il fasse de son mieux ». Joël paraît assez serein. Une seule évocation trahira son émotion : le soutien des calédoniens à son égard. « Je voudrais dire merci, merci à tous ceux qui m’ont envoyé des dizaines de messages depuis le début. Je pense que je ne suis pas loin de la centaine. Ça me touche beaucoup de regarder ça. Et pour certains, j’ai presque envie de pleurer, voilà ». Sur les réseaux sociaux depuis trois ou quatre jours, la communauté poker du territoire est en effet à fond derrière son héros. Patrick se charge de la tenir informer de l’évolution de son parcours. Et il le fera pendant les 10 heures de sa présence en finale.
 

YO-YO ET “YES, YES, YES”


Pour un novice à ce niveau de compétition, Joël Douaglin ne donne pas l’air d’être timoré. Il relance rapidement ses adversaires et les oblige à coucher leurs jeux. Quelques instants plus tard en revanche, il abandonne la moitié de son tapis contre Uphoff. Son adversaire l’a trompé en sous jouant une paire de rois. L’allemand lui causera encore du tort et lui prendra un quart supplémentaire. Le calédonien passe de 4 à 1,2 millions de jetons. Dur. Il sauve ensuite sa peau avec une main moyenne composée d’un as et d’un huit qui bat une paire de dame. Un premier « ouf » de soulagement qui sera suivi d’un second lorsque l’australien Legg mettra en jeu 2 millions de jetons avec une paire de 9. Douaglin, bien équipé avec as et dame, obtiendra à nouveau le jeu supérieur. Il passe alors à trois millions de jetons. « Yes, yes, yes ! » s’exclame t’il tout en tapant dans ses mains. Dans la foulée, Uphoff lui fera cependant encore des misères, mais le calédonien s’offrira une nouvelle bouffée d’air en éliminant Legg avec une couleur (NDLR : cinq cartes de même couleur) à l’as face à une couleur au roi. Un vrai yo-yo riche en émotions.
 

LA TABLE FINALE SE REDUIT


Il ne reste alors plus que cinq finalistes, puis quatre après l’éviction de Brian Rast, pourtant favori, et trois lorsque le britannique Rann est poussé vers la sortie par l’indéboulonnable Uphoff. Douaglin luttera jusqu’au bout. Il sortira finalement en troisième position, éliminé par Uphoff. Son gain ? 630 000 dollars australiens soit 51,7 millions de francs CFP ! Incroyable. C’est évidemment la plus grande performance jamais réalisée par un calédonien dans un tournoi de poker. C’est surtout une histoire dont il peut être fier et qui le marquera à vie. En l’espace d’une semaine, il a fait mieux que 790 joueurs de poker dont une légende du jeu, faisant ainsi rêver des centaines d’amateurs calédoniens et sans doute étrangers qui espèrent un jour l’imiter.
 

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