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Itinéraires (30/04/13)

1ère partie : « Demain c’est nous » au Mont-Dore avec Myriam Watue.
2e partie : « Le dernier assaut » de Sylvain Pioutaz.
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Clap sur le tournage de « L'ordre et la morale »
Clap sur le tournage de « L'ordre et la morale »
  • Par NC1ere
  • Publié le , mis à jour le

1ère partie

Demain c’est nous au Mont-Dore avec Myriam Watue.
Kio sculpteur sur bois
© Kio sculpteur sur bois
Rencontres et dialogues avec la jeunesse du Sud : Kio sculpteur à Saint-Louis, Vivian sous les éoliennes de Prony, Kevin danseur de krump.
 

2e partie  

Le dernier assaut, un documentaire de Sylvain Pioutaz (site internet).
Images du film « L'ordre et la morale »
© Images du film « L'ordre et la morale »
Ce documentaire raconte le tournage en 2010 de L'Ordre et la Morale, un film de Mathieu Kassovitz qui retrace l'épisode de l'attaque de la gendarmerie de Fayaoué puis celle de la prise d'otages dans la grotte de Gossanah. Un drame qui remonte à 1988 et qui provoqua la mort de quatre gendarmes et dix-neuf indépendantistes. En Polynésie française où le film a été tourné, il a mobilisé plus de 200 personnes pendant six semaines sur l'atoll d'Anaa, aux Tuamotu. Parmi les acteurs et les figurants il y avait trente Kanak de la tribu de Gossanah, intimement liés au drame. Le documentaire est suivi d’un entretien avec Macky Wea, un des acteurs du film.

Interview de Sylvain Pioutaz

Sylvain Pioutaz
© Sylvain Pioutaz
Avez-vous dû faire un travail de médiation avec les Kanak pour parvenir à la réalisation de ce documentaire ?
J’ai eu de la chance avec les Kanak car ils m’ont laissé filmer très rapidement les réunions, les moments délicats, sans aucun soucis. Ils ne m’ont jamais demandé de couper la caméra. Ça tient à plusieurs choses : la première c’est que j’ai été introduit à eux par Olivier Rousset, le médiateur entre les Français et les Kanak sur le film, et par Mathieu Kassovitz, deux personnes en qui ils avaient entièrement confiance. La deuxième c’est que je travaille tout seul, sans perchman, et que j’essaie d’être le plus discret possible. Avec les Kanak je ne pose pas trop de questions, je restais beaucoup en retrait, j’évitais d’être intrusif… Jusqu’à faire partie du décor. Au bout d’un moment ils m’ont oublié, et j’ai réussi à filmer ce que je voulais. Je pense que la plupart d’entre eux ne se souviennent même pas que j’étais là !
 
Un tournage libérateur, pourtant certaines tensions renaissent, la « cocotte minute explose »… Décrivez-nous l’ambiance sur le tournage.
La situation était très particulière : il y a une équipe technique, des comédiens, des anciens militaires, des Kanak, des Tahitiens, qui travaillent ensemble toute la journée, mais qui prennent le petit déjeuner ensemble, dînent ensemble, habitent ensemble, se voient tous les week-ends. Impossible de faire autrement, pendant trois mois. Le tournage a eu son lot de moments forts, on les voit dans mon documentaire, mais aussi de tensions dues à cette situation. Pour faire simple, un conflit entre deux personnes autour d’une bière le vendredi soir avait des répercussions sur le tournage d’une scène le lundi d’après. Ça pouvait donc vite exploser. C’est le côté « huis clos » total qui voulait ça. Donc il y a eu des hauts et des bas qui rythmaient le tournage ! Au final je crois qu’on garde tous un souvenir très fort de ce tournage, Métropolitains, Polynésiens et Kanak.
 
Comment les Kanak ont-ils réussi à faire fi de leurs émotions par rapport à leurs rôles d’acteurs ?
Je crois qu’à presque aucun moment ils n’ont fait fi de leurs émotions justement : Mathieu voulait voir cette émotion à l’écran, s’en servir pour nourrir ses scènes. On voit dans mon documentaire à un moment qu’il pousse Macky Wea à retrouver ses sentiments, ses souvenirs, sa douleur de l’époque des événements pour jouer une scène. C’est cette émotion que Mathieu essaie toujours de faire apparaître.
 
Y a-t-il eu une réelle inquiétude du réalisateur et du producteur de ne pas arriver à finir le film ?
Oui, en tous cas en amont du tournage : le film a failli s’arrêter plusieurs fois, quand il a fallu avoir l’accord des Kanak, quand la possibilité de tourner en Nouvelle-Calédonie a disparue, etc. Une fois sur le tournage, on a eu des moments difficiles, des problèmes de décors, de météo mais qui sont inhérents un peu à n’importe quel tournage de film dans des conditions difficiles. On sentait tous que malgré tout, on arriverait à aller au bout.
 
Avez-vous le sentiment d’avoir participé à une réconciliation ?
Personnellement non, j’ai l’impression d’avoir été témoin d’une réconciliation, plutôt.
 

Interview de Macky Wea

Macky Wea, un des acteurs du film « L'ordre et la morale » © Nouvelle-Calédonie 1ère
© Nouvelle-Calédonie 1ère Macky Wea, un des acteurs du film « L'ordre et la morale »
Dès la naissance du projet du film « L’Ordre et la Morale », Macky Wea a œuvré aux côtés de Mathieu Kassovitz, le réalisateur, et Olivier Rousset, médiateur France-Kanaky, pour dévoiler une partie de l’histoire calédonienne, sans parti pris, ni compromis. « Une histoire qu’il nous appartient maintenant de construire ensemble ». Dans le film, Macky Wea incarne le rôle de son frère, Djubelly Wea. Retour avec émotion sur ces trois mois de tournage à Anaa, l’atoll de l’archipel des Tuamotu en Polynésie française.
 
Mathieu Kassovitz vous a poussé à plusieurs reprises à retrouver vos émotions, comment l’avez-vous vécu sur le tournage ? 
Il faut savoir que quand nous sommes partis pour Tahiti en 2010, loin de nos cases, l’émotion était déjà grande. Le fait de retrouver sur Anaa, le contexte de 1988, le décor, les gens de l’armée, c’est comme si c’était hier. On revoyait cette souffrance alors que 23 ans avaient passé… Un présent qui nous ramenait au passé.
C’est comme si on revoyait ces gens qui sont partis et qui ont marqué l’histoire de notre pays. L’émotion était encore plus grande entre nous les Kanak qui sommes partis à Tahiti, parce qu’il y avait déjà eu ces morts. Leurs âmes étaient avec nous.

 
Qu’est-ce que votre frère aurait pensé de ce film ?
On ne fait qu’essayer de donner une représentation de l’autre, même si c’est quelqu’un qu’on côtoie tous les jours. Je n’ai fait qu’essayer de démontrer son idée à lui. Mon frère était un militant, il avait de la détermination. Il a voulu exprimer la souffrance du peuple kanak, en particulier la tribu de Gossanah et Teuta (celle qui a la plus lourde perte : 7 enfants).
 
Êtes-vous d’accord avec ce qu’il a fait ?
Mon frère était un guerrier. L’armée l’a retiré de sa case alors qu’il était souffrant depuis deux mois, l’a humilié devant deux tribus, 300 personnes…
C’est un film qui a essayé d’équilibrer les deux parties. Deux peuples ont souffert.

 
Ce n’était pas trop difficile d’avoir eu à jouer cette scène devant votre famille, les Tahitiens, les Métropolitains ?
Très très difficile ! Vraiment…
Dans le film, c’est peut-être une minute mais le tournage a duré deux jours. Nous ne sommes pas des acteurs, il n’y a pas eu de casting, on est venu nous chercher. Nous avons accepté pour l’histoire du Pays, les générations de nos enfants, et pas que pour les indépendantistes.

 
Est-ce que c’est un film qui vous a réconcilié ?
J’espère…
Quand on est parti pour Tahiti il y a eu trop de polémiques. Des gens qui ont critiqué le projet sans avoir lu le scénario…
Quand la censure a frappé le film ici, c’est ça qui a fait peur aux gens. Nous, de notre côté, on a fait plein de projection avec nos moyens : à Maré, Lifou, sur la Grande Terre… Les gens en redemandent, mais c’est souvent parce qu’on l’accompagne d’un débat. C’est la 1ère fois que les Kanak jouent sur grand écran, on a saisi l’opportunité…
Il faut savoir qu’en 2010, c’est le film qui a coûté le plus cher au cinéma français, presque 2 milliards d’euros. Même s’il n’a pas marché, c’est celui qui a couté le plus cher.

 
Mais pourquoi n’a-t-il pas marché d’après vous ?
À cause des politiques et de l’armée. On a trop parlé alors que toutes les chefferies de l’île et les coutumiers étaient d’accord. Ici à Ouvéa, on a fait plus de 20 projections. C’est en contradiction avec l’histoire des deux drapeaux…
Avec ce film, on montre notre histoire, celui d’un seul peuple, c’est ni pour les Blancs, ni pour les Noirs, nos deux souffrances mêlées… C’est ça le destin commun !

 
Qu’allez-vous faire pour commémorer les 25 ans ?
Chaque année, on commence les cérémonies le 21 avril, c’est le jour de l’attaque de la gendarmerie et on termine le 8 mai, jour de l’enterrement. Pour les 25 ans, je m’occupe d’une exposition de photos pour montrer l’histoire du Pays, en particulier celle d’Ouvéa. Je vais projeter des films aussi.

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