Confinés... dans la peur

Au coeur de la crise...
Après « Bombardées » sélectionné au FIFO 2020, Florence D’arthuys nous revient avec un nouveau documentaire exceptionnel tourné dans des conditions inhabituelles au coeur de la crise du Covid-19.

  • Par Karine Boppdupont
  • Publié le , mis à jour le
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Du début du confinement - avec la psychose qui s’en suit - au déconfinement partiel, la réalisatrice nous emmène en divers points du territoire pour nous faire vivre le quotidien de nos populations brutalement projetée au coeur de la guerre « planétaire » déclarée à un ennemi invisible. 
Un film événement, écrit au fil de l'eau et des événements. Un peu à la manière d'un récit sur la vie Calédonienne au temps du Covid.
Ce film est un témoignage indispensable, qui permet de comprendre la réaction des Calédoniens et notamment de la population Océanienne  face à la situation pandémique. Un témoignage livré à 2 humanistes - l’archéologue Christophe Sand et le père Roch Apikaoua - qui en traduisent le signifiant pour nous Calédoniens. 

 

Interview de la réalisatrice, Florence D'arthuys


Quels ont été les premières réactions des Calédoniens face au virus ?
Cela a été l'effroi, la stupeur et une réaction instantanée de survie et de protection en souhaitant la fermeture du pays.

Comment le Covid-19 a t-il été vécu en Nouvelle-Calédonie ?
Une psychose régnante était palpable dès le début et ce jusqu'à la fin du déconfinement, voire même il ya encore quelques jours.

Vous avez réussi à rentrer dans les tribus, passer les bagages, l’hôpital, en plein confinement …Comment les intervenants ont-il ressenti votre présence et celle de la caméra ?
La difficulté était de ne pas représenter le virus, étant souvent avec mon équipe "étrangère" aux univers que nous pénétrions. Mais un climat de confiance et d'échange s'installait assez rapidement car notre volonté était de comprendre les méfiances, les appréhensions et donner la parole.

Pourquoi la société Kanak été encore plus fortement marquée par l’arrivée du virus sur le territoire ?
Car les premières pandémies qui remontent à la colonisation, importées par les bateaux et les européens ont décimé la population kanak et laissé des stigmates profonds.

Est-ce que la pandémie a fait ressortir d’une certaine manière l’importance de l’autonomie alimentaire, par voie de conséquence l’importance des coutumes et tradition ?
Oui. L'absence de possibilité de s'approvisionner en ville a contraint tous les Calédoniens à revoir leurs moyens de subsistance et retourner à l'essentiel : les champs, la pêche et la chasse. En définitive, un retour à leur univers traditionnel.

Y-a-t-il un après covid-19 en Nouvelle- Calédonie ?
A l'instar de tous les pays du monde, il est difficile de mesurer l'impact qu'aura eu cette épidémie en Calédonie. Certes moins touché que d'autres, ce pays devra inévitablement s'interroger sur sa capacité à vivre ou non en autarcie et à s'inscrire dans des échanges internationaux d'un nouveau type.
 

Le billet de Patrick Durand-Gaillard, rédacteur en chef des magazines

Au moment où nous diffusons le film «Confinés... dans la peur » de Florence D’Arthuys en coproduction avec la 1ere et AVCOM , nos préoccupations du moment pourront moins porter sur notre appréhension du virus que sur l’impact de la pandémie sur « l’après » dans nos vies de tous les jours. Car aujourd’hui force est de constater que nous vivons  « sous cloche » - certes épargnés du COVID19 - mais de fait isolés du reste du monde. Une situation que nous acceptons de façon plus ou moins consentie, plus ou moins résignée mais dont nous appréhendons les conséquences au plan économique et social sur la Caillou. 
Du coup, c’est au plan économique que nous attendons des lendemains qui rassurent, quitte d’ailleurs à négliger quelques gestes de précaution élémentaires  en rapport avec le virus. 
Car nous n’en avons pas fini avec cet ennemi invisible. La pandémie courre son chemin à travers les continents déjouant cyniquement les avis les plus « experts » sur son extinction promise. Il nous faut donc être lucides:  la peur d’un effet « boomerang » du virus pourraient bien revenir nous hanter. Et tant que traitements et vaccins ne seront pas au rendez-vous, ces peurs resteront fondées dans l’inconscient collectif. 
Si tel devait être le cas, à chacun d’entres-nous reviendra alors la tâche de faire face. Protéger et apaiser : à la maison, à l’école, au travail, dans nos quartiers et jusque dans nos entreprises. Et plus que jamais, nous aurons alors besoin de la grande solidarité des Calédoniens.

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