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[Replay] "Les évasanés" (19 avril 2016)

Plusieurs mois durant ils demeurent éloignés de leur proches et tous connaissent des moments difficiles dus à l’isolement ou à la maladie.
Chaque année plusieurs dizaines de patients sont envoyés en Australie par la CAFAT. Rencontres et témoignages à Sydney.

Naky et Matthieu
Naky et Matthieu
  • Par Karine Boppdupont
  • Publié le , mis à jour le
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Extrait du film

Extrait des Evasanés
Itinéraires du 19 avril Plusieurs mois durant ils demeurent éloignés de leur proches et tous, sans exception, connaissent des moments difficiles dus à l’isolement ou à la maladie…. Chaque année ils sont plusieurs dizaines à être envoyés en Australie par la CAFAT pour des pathologies que la Nouvelle-Calédonie ne sait pas toujours traiter. Rencontres et témoignages au cœur de la pension BEAUTEMPS BEAUPRE à Sydney.

 


LE RÉSUMÉ

Dans la banlieue de Sydney, la pension Beautemps-Beauprès accueille toute l’année des centaines de malades de Nouvelle-Calédonie atteints de pathologies graves qu’on ne sait pas traiter sur le territoire.
Exilés forcés, parachutés dans un monde qui leur est totalement inconnu - une grande ville, moderne et anglo-saxonne - les « évasanés » sont des « Évacués sanitaires », qui vivent éloignés de leur famille, parfois, pendant plusieurs mois. Ils se retrouvent alors confrontés à une conception de la médecine très différente de celle pratiquée par le médecin calédonien ou par le guérisseur kanak.
Jour après jour, le caillou s’expatrie en pays étranger, recréant une Calédonie « modèle » où les barrières ethniques se sont envolées et où l’humain prend le dessus. Petit à petit des liens de solidarité et d’amitié se créent. Le temps oscille entre l’urgence de l’arrivée en Evasan et l’attente à la pension.
L’action se déroule en grande partie à la pension Beautemps-Beauprès où l’on suit trois pensionnaires en particulier.
 

Interview d'Olivier Gresse le réalisateur

Olivier Gresse connu comme réalisateur mais aussi comme producteur (notamment « de chair et de fer ») a choisi cette fois-ci le thème de l’Exil et en particulier celui des malades loin de leur pays. Le film aborde cette question essentielle : comment se reconstruit-on loin de sa famille, de ses repères, lorsqu’on est évasané ?
 
Comment est né le projet ?
Olivier Gresse : j’ai commencé à y réfléchir lors d’une formation «documentaire création» lors de la résidence Ânûû-rû Âboro en 2014. J’y ai rencontré une productrice intéressée par le projet et on a continué à l’écrire à quatre mains.
Et puis lorsque je suis à 20 000 Km de mon pays, j’ai une crainte dont je n’arrive pas à me défaire : celle de la maladie et de l’accident. C’est pour cela que j’ai eu envie de savoir comment ça se passait pour les évacués sanitaires.  Comment les Calédoniens étaient-ils accueillis ?
Et je voulais être le témoin des liens de solidarité qui se tissent dans ces moments-là entre les personnes. Comment le destin commun se fait là-bas alors qu’il ne se fait pas ici.
Peut-être faut-il souligner aussi que dans ce film, il n’y a ni voix, ni interview. Je ne suis pas journaliste, je ne fais pas d’enquête. Donc j’ai fait le choix de mettre l’humain au premier plan.
 
Comment avez-vous choisi les personnages ?
O.G : J’ai choisi mes personnages en fonction des liens qu’ils arrivaient à créer avec les autres.
J’ai suivi aussi bien les patients que leurs accompagnants pour évoquer les différents moments de la vie en Evasan.
Sur certaines séquences du film, je me suis senti très mal à l’aise, de filmer dans l’intimité des gens, même s’ils étaient d’accord. Je ne voulais pas que ce soit du voyeurisme. J’ai filmé par exemple toute la gravité de l’annonce d’une tumeur d’un médecin à son patient. Je tiens d’ailleurs à remercier tous les hommes et les femmes qui m’ont laissé approcher d’aussi près leur intimité.
 
Combien de temps le tournage a-t-il duré ?
O.G : 10 jours en février 2015, ce qui a nourri l’écriture du documentaire et je suis retourné, à Sydney, 3 semaines en décembre. Généralement les évacués sanitaires restent entre 1 semaine et 1 mois. Ça dépend de leurs pathologies.
Qu’est-ce qui vous a marqué dans ce film ?
O.G : Outre la solidarité qui se créée entre les personnes, c’est également la différence d’approche entre la médecine française et australienne qui m’a étonné. Il y a une empathie de la part des infirmiers et des médecins qui est importante.
Ils font la bise aux malades, ils les prennent dans leur bras. Par exemple, dans le film, un des chirurgiens qui a réussi une opération, verse une larme face à la femme d’un patient qui lui montre toute sa reconnaissance. Il y a vraiment un lien entre les patients et le personnel hospitalier. Peut-être aussi parce ce sont des hôpitaux privés. Et puis le personnel se sent comme une grande famille.

Quels moyens sont mis à disposition des Calédoniens ?
O.G : La CAFAT facilite un bon nombre de démarches. Les patients ne sont pas livrés à eux-mêmes. Un interprète leur est fourni, leurs allers-retours en taxi de la pension à l’hôpital sont pris en charge. A la pension Beautemps-Beaupré, tout le monde parle français, on propose aux pensionnaires de la cuisine calédonienne. Quand j’y étais, j’ai filmé une préparation de bougna ! Cette pension est aux petits soins avec les évasanés.
 
Qui travaille dans cette pension, ce sont des Calédoniens ?
La pension est gérée par une société privée dont la gérante est franco-australienne, seul le cuisinier a vécu toute son enfance à Nouméa.
 
Est-ce que ce film montre la confiance des Calédoniens en la médecine de leur pays ou en la médecine australienne ?
O.G : Quelle est la meilleure médecine : australienne ou calédonienne ? C’est une question qui est souvent revenue dans le film. Mais il faut d’abord dire que les Calédoniens font énormément confiance en la médecine australienne.
On ne peut pas dire que la médecine calédonienne soit moins bonne, bien au contraire. Simplement les Australiens ont plus de technologie, plus de spécialistes parce qu’il y a un plus grand nombre d’opérations. Alors qu’en Nouvelle-Calédonie, on «paye» notre insularité et notre faible population. On ne peut pas avoir des spécialistes dans tous les domaines parce qu’il n’y a pas assez de volume.
Par contre les Australiens sont beaucoup plus francs que les français sur la pathologie du patient. S’ils sont plus empathiques lorsqu’il s’agit d’assister le patient, ils ne prennent pourtant pas de gant lorsqu’ils révèlent le diagnostic.
 

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