Terre de Mémoires du 26 Mai 2015

Farino, un village comme on les aime: une nature dominante et accueillante à la fois, des gens authentiques au franc parler, des spécialités culinaires surprenantes, des passions révélées de toute beauté...Farino a du caractère. Pour preuve, retour sur ces souriants portraits qui forcent le respect.

  • Par Prisca Rabenjoro
  • Publié le , mis à jour le
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Invitées:
Henri FOGLIANI
Gaby CHANTREAU dite "Gaby de Focola"
Nathalie DALY

Pour ce spécial Farino, Romy revient sur deux magazines mythiques:
- «Farino village nature» réalisé en 1994 par Michel Quemener
- «Gaby de Focola» réalisé en 1997 par Nathalie Daly et Claude Bretegnier.
Romy reçoit Henri-Luc Fogliani alias «Lucky», acteur de «Farino village nature» et l’inénarrable Gaby de Focola pour évoquer leurs vies «d’après» le documentaire.
Zoom sur «Gaby de Focola», pêcheuse de crabes au verbiage truculent est la quintessence à la fois de la Brousse calédonienne et de la culture
« caldoche ». Celle que Bernard Berger sait si bien saisir dans sa série la Brousse en Folie, Gaby c’est la Brousse en Folie à elle toute seule. Nous sommes allés à sa rencontre sur le tournage des plateaux de Terre de mémoires au Château Hagen, haut lieu d’une certaine mémoire calédonienne justement. Même si Gaby a beaucoup changé physiquement, nous la reconnaissons dès qu’elle parle, s’exclame, rit…
 
 
Présentée par Romy Raffin
Production : NC 1ère
Durée : 60 min
 

 L'interview

On vous appelle toujours Gaby de Focola ?
Toujours ça n’arrête plus depuis que j’ai fait le reportage. Et ça ne me pose aucun problème. Ils m’ont toujours appelé Gaby de Focola après le documentaire, même les petits mélanésiens quand je passe ils m’appellent comme ça et me font des signes de la main.
Quelles conséquences cela a eu sur votre vie ?
J’ai eu la vie très heureuse et ce magazine m’a même ouvert une autre vie. On ne peut pas tomber mieux dans un cas comme ça. Toutes ces réactions c’est par rapport à tous les gens qui ont été fiers de me voir à la télé. Et puis c’est la façon dont je parlais qui a plu. Quand je disais pour mon vieux : « vieux, vielle calotte » et tout ça (rires) sans compter tous mes petits métros qui m’écrivent des lettres, c’est impeccable.
Et les calédoniens ?
Si les mélanésiens, les wallisiens à la Foa à Nouméa même : ils disent : « tiens voilà Gaby de Focola qui vient de passer…Mais elle est plus babao elle est maig’, c’était la barrique à soyo ! »
Quel avis avez-vous sur le reportage en lui-même ?
Ce genre de reportage ? Ben on va pas s’en plaindre ! C’est magnifique…même mon petit-fils Einrich il m’a dit « mémé c’est bien ton reportage…mais papa il était muet dans le reportage et  pépé aussi »(rires)
Alors le deuxième il ne me reconnaissait pas dans le reportage parce que j’étais barrique à soyo avec des gros nénés, et maintenant quand il me voit comme ça (Gaby suite à une maladie grave a perdu beaucoup de poids mais pas son tempérament !), il me dit « mémé t’es meilleure comme ça ! » (Gaby pouffe de rire « Natahalie arrête » s’exclame-t-elle car  Nathalie Daly la réalisatrice rit de bon cœur de ses anecdotes)
Quel souvenir gardez-vous du tournage ?
Je garde un très bon souvenir, ça c’est un truc que j’oublierai jamais. « Mamie je t’empêche de mourir ! »…Le jour où vous ne me verrez plus dans la télé ça veut dire que Gaby s’éteint dans le trou, elle part dans sa dernière demeure.
Êtes-vous restée en contact  avec Nathalie Daly ?
Toujours. J’ai gardé des liens avec Nathalie, elle m’a donné un CD du reportage et alors ça c’est sacré. Et RFO m’a donné une cassette que j’ai passée à mon petit métro.
Il y a donc des métropolitains qui sont venus vous voir jusque chez vous à Focola ?
Ah oui alors et c’était un bidasse, il était à l’armée ici, il est venu chez moi. Il m’a appelé chez moi, il était minuit : « je suis bien chez Gaby de Focola. Je suis un zoreille et je suis en Calédonie. On peut se donner rendez-vous le samedi ? »
J’ai dit pas de problème. Alors quand il est venu il m’a apporté un pinard, avec un bon gâteau et des croissants. Après on a passé la journée au bord de mer, il est venu à la pêche au crabe mais  il marchait avec ses petites pattes (elle fait mine de sautiller, rit de bon cœur et s‘explique), il y avait de la gadoue. Autrement il a bien réussi à faire sa petite pêche mais il s’est mis une ventrée de crabes quand même. Mais il était content mon zoreille …ah j’ai pas à me plaindre !!
 
Nathalie Daly, réalisatrice de Gaby de Focola pour Eclats de mer en 1997 ajoute quelques précisions.
 
Quand le reportage a été diffusé, il n’a pas été diffusé qu’en Nouvelle-Calédonie, il l’a été diffusé en Métropole sur France 3. Et sur ce reportage, j’ai gardé d’ailleurs les textes, il y a eu trois articles, un dans le Monde d’Alain Rollat, sur Gaby, un article dans Télérama et un article dans l’Observateur. Et ça a permis de faire exploser l’audience du reportage en France. A la suite de ça Gaby a reçu des centaines de lettres de gens de France qui lui écrivait. C’est un reportage qui a provoqué une onde de choc au-delà de la Calédonie.

Ce reportage a été une surprise sur plusieurs plans n’est-ce pas ?
 
C’était une surprise car on a tourné en une journée, et que  je l’ai connu la veille du reportage Gaby (suite à l’annulation d’un reportage sur la pêche aux crabes Nathalie a demandé en urgence à Philippe Gomès alors maire de La Foa de lui trouver un autre pêcheur de crabe et ce fut Gaby). Mais j’ai tout de suite senti que ça allait plaire au public et que ça allait être extraordinaire. Cependant ça m’a étonnée ce succès en France parce que ce sont des expressions bien locales, et on ne l’avait pas tourné dans une optique d’exportation.
Un personnage comme ça je n’en ai pas connu d’autres…des différents, impressionnants, plus graves mais ce tournage là était extraordinaire...il n’y en a pas eu deux fois ça non (sourire).