Fidji : le Premier ministre néo-zélandais John Key, bousculé par Frank Bainimarama

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Le Premier ministre fidjien, Frank Bainimarama (gauche), avec son homologue néo-zélandais, John Key, à Suva. © Fiji gov
Le Premier ministre fidjien a profité de la visite historique de son homologue néo-zélandais à Suva pour justifier son coup d'État de 2006 et critiquer les médias kiwis et australiens.
L'accueil de John Key a été chaleureux, entre chants, échange de cadeaux et shells de kava. Le soir, c'est par une blague que le Premier ministre fidjien a commencé son discours : « Je suis ravi de vous accueillir, vous et votre délégation, à Suva. Nous sommes entre amis ici, à partir du moment où vous faites attention aux mots que vous employez quand vous parlez de rugby. » Plus sérieusement, Frank Bainimarama a remercié son homologue néo-zélandais pour l'aide considérable fournie par Wellington pour aider l'archipel à se remettre du passage du cyclone Winston : « La bienveillance et l'affection des Fidjiens à l'égard des Néo-Zélandais n'ont jamais été fortes. »
 
Mais le ton a rapidement changé. Le Premier ministre fidjien a consacré la majeure partie de son discours à justifier sa prise de pouvoir par la force : « Le pays dans lequel vous venez en 2016 est un tout autre endroit que le pays dans lequel s'était rendue votre Première ministre en 2006, Helen Clark. Il y a dix ans, certains Fidjiens étaient plus égaux que d'autres, leurs votes avaient plus de poids, ils avaient des accès privilégiés à certains emplois et à l'enseignement supérieur. L'Histoire retient qu'en décembre 2006, un groupe a décidé que cela devait s'arrêter. On a donc mené la révolution pour un nouveau départ pour les Fidji. »
 
Et Frank Bainimarama n'a pas oublié la réaction de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, qui ont dénoncé le coup d'État et imposé des sanctions jusqu'au retour de la démocratie dans l'archipel, il y a deux ans. Et selon le Premier ministre fidjien, son pays continue d'être maltraité : « Je me tiens devant vous en tant que Premier ministre élu, et non pas en tant que dictateur, comme certains le disent en Nouvelle-Zélande. Nous avons fait des progrès, contrairement aux médias néo-zélandais. »
 
Le Premier ministre néo-zélandais devait justement plaider la cause de plusieurs journalistes kiwis, qui sont interdits d'entrée aux Fidji. Il n'aura pas eu le temps de le faire, Frank Bainimarama a été très clair : « Ce que l'on dit aux médias qui les emploient, c'est 'envoyez d'autres journalistes'. » Un discours « insultant », une « claque diplomatique », ont réagi certains commentateurs néo-zélandais. Mais John Key a préféré souligner le caractère historique de sa visite à Suva : « C'est un pas important qui a été franchi. Comme je l'ai dit au Premier ministre, je ne suis pas venu pour parler des problèmes de ces dix dernières années. Je me suis rendu aux Fidji pour montrer que la Nouvelle-Zélande veut renforcer ses relations avec l'archipel. »
 
John Key s'est toutefois montré ferme sur un point : il n'est pas question que la Nouvelle-Zélande quitte le Forum des îles du Pacifique. Le Premier ministre fidjien conteste la présence de Wellington et de Canberra à la table du Forum. 
 
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