L'impôt sur le revenu en passe d'être introduit au Vanuatu

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C'est un sacré virage que prend le Vanuatu, souvent qualifié de paradis fiscal : le gouvernement a l'intention d'introduire l'impôt sur le revenu. Une taxe professionnelle est aussi à l'étude. Des consultations publiques ont lieu en ce moment.
« La proposition du gouvernement d'introduire l'impôt sur le revenu est une mauvaise réforme, préparée en douce avant d'être présentée à la population au nom de pseudo-consultations, mais avec la réelle intention de la mettre en place », dénonce Jean-Claude Toure-Garae, du mouvement Nagriamel, dans les colonnes du Daily Post.
 
Le gouvernement semble effectivement avoir déjà pris sa décision, renchérit Tony Wilson, le rédacteur en chef du Vanuatu Independent :
 
« Deux agents australiens du fisc travaillent au Vanuatu depuis plus de deux ans et un troisième les a rejoints il y a un an. Ils aident le gouvernement à préparer cette réforme. »
 
Si la décision est prise, il reste encore beaucoup de détails à régler : on ne sait pas comment ce nouvel impôt sera prélevé, qui y sera soumis, quel barème sera appliqué… Le mois dernier, en déplacement à Santo, le Premier ministre, Charlot Salwaï, avançait que seules les personnes gagnant au moins 500 000 vatu par an, soit environ 6 250 dollars australiens, seraient concernées. La barre pourrait être placée plus haut, rapporte Tony Wilson :
 
« Ils parlent d'un taux d'impôt sur le revenu de 17% et d'une taxe professionnelle dont le taux serait aussi de 17%. L'impôt sur le revenu concerna probablement les gens qui gagnent plus de 750 000 vatu par an, soit un peu moins de 10 000 dollars australiens. »
 
Le gouvernement espère ainsi engranger 600 millions de vatu de recettes supplémentaires chaque année. Cet argent permettra de rendre l'école gratuite pour les jeunes enfants et profitera aussi au secteur de la santé, assure le Premier ministre. Cela doit permettre également de rembourser une partie de la dette extérieure (à la Chine principalement). Le gouvernement appelle les Vanuatais à être « patriotes » et à soutenir cette réforme pour le bien de l'archipel.
 
Mais la Chambre du commerce y est opposée et certains craignent que cela ne fasse fuir les investisseurs, explique Tony Wilson :
 
« Il y a certains hommes d'affaires qui se sont implantés ici uniquement parce que les conditions fiscales étaient avantageuses. Si vous supprimez ça, ils n'ont plus de raison d'être ici. Et en fin de compte, ce sont les Vanuatais qui seront perdants, des emplois vont être supprimés, leurs revenus vont diminuer et les prix vont augmenter, parce que les commerces répercuteront la taxe professionnelle. »
 
Pour le moment, ce sont surtout les expatriés qui se sentent visés, rapporte le rédacteur en chef du Vanuatu Independent. « Cette question peut créer des dissensions », affirme-t-il.
 
Les autorités ont mis en ligne un site Internet pour expliquer la réforme aux citoyens et l'équipe qui s'en charge affirme que le gouvernement envisage, en échange de l'introduction de ces deux nouvelles taxes, d'en supprimer d'autres - les permis d'exploitation de commerce, les taxes à l'importation ou encore des impôts indirects.
 
Les consultations publiques doivent prendre fin dans un mois. Le gouvernement espère introduire l'impôt sur le revenu en juillet 2017.