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La mangrove d’Ouvéa, témoin de la montée des eaux

environnement ouvéa
Ouvéa mangrove
©Caroline Antic-Martin
Depuis février 2017, des scientifiques du monde entier s'intéressent à la mangrove de Hnimëk, au nord d’Ouvéa. Ce milieu très préservé est une mine d'informations pour les chercheurs qui peuvent y étudier les effets du réchauffement climatique et de la montée des eaux.
On connaît la plage d’Ouvéa, on connaît moins sa mangrove. C’est pourtant l’une des plus préservées au monde. 
« C’est une grande mangrove au Nord d’Ouvéa avec une très belle superficie, et toutes les eaux qui rentrent et qui sortent de cette mangrove passent par un petit chenal » explique Cyril Marchand, professeur en Sciences de la terre et de l’environnement à l’université de la Nouvelle-Calédonie. « La mangrove de Hnimëk est une mangrove qui possède une belle diversité avec une dizaine d’espèces qui sont séparées par des grands bras de mer où les gens de la tribu de Téouta pratiquent la pêche au crabe ». 
 

Mesurer la croissance

Depuis trois ans, une dizaine de scientifiques internationaux se relaient pour étudier les effets du réchauffement climatique et de la montée des eaux sur cet écosystème singulier. Parmi eux, le professeur Andrew Swales, chercheur à l’Institut national de Nouvelle-Zélande pour l’eau et la recherche atmosphérique (NIWA). Sa mission : mesurer la croissance des palétuviers à l’aide d’un dendromètre.
« Toutes les heures, il mesure la croissance des troncs de arbres et comment ils réagissent aux variations du niveau de l’eau et celles des températures » explique Andrew Swales. « Donc cela nous donne une bonne idée de la croissance des arbres dans le temps, sachant que cet appareil peut enregistrer des données pendant cinq ans sans avoir à changer de batteries. Au final, nous avons donc des informations très précises sur l’évolution de la mangrove. »
Ouvéa mangrove
Andrew Swales et Cyril Marchand mesurent les arbres dans la mangrove ©Caroline Antic-Martin
 

Le taux de sédimentation comme indicateur

En parallèle, les scientifiques étudient en taux de sédimentation. Ici, les seuls sédiments sont ceux provenant de l’océan et la matière organique produite par les arbres. La survie de la mangrove est donc directement fonction de ces deux éléments. 
« La mangrove c’est un écosystème zoné, ce qui veut dire que chaque espèce d’arbres a une zone préférentielle de développement qui est liée à la durée d’immersion par les marées » explique Cyril Marchand. « Si le niveau des océans monte, la zonation de la mangrove va changer. Donc certains arbres vont disparaître au profit d’autres arbres, jusqu’à ce que les conditions ne soient plus du tout favorables au développement de la mangrove, et là, on peut avoir une disparition de la mangrove. »
Ouvéa mangrove
©Caroline Antic-Martin

La sédimentation est mesurée grâce à ces capteurs placés directement au pied des arbres et des échantillons de sable prélevés par carottage. 
« Sur Ouvéa, le niveau du sol augmente très légèrement, alors que le niveau des océans augmente de façon plus importante. Il est possible que dans la mangrove, il y ait des sédiments qui se déposent, qui viendraient compenser la hausse du niveau des océans » poursuit Cyril Marchand. « Donc connaître le taux de sédimentation permet de voir si la mangrove va pouvoir survivre à la hausse du niveau des océans »
Une question vitale pour les habitants d’Ouvéa pour qui la mangrove est à fois lieu sacré où vivent les esprits des ancêtres et garde-manger. 
Le reportage de Caroline Antic-Martin et Gaël Detcheverry.
©nouvellecaledonie



La mangrove de Hnimëk au nord d’Ouvéa, est un écosystème remarquable. Contrairement aux mangroves de la Grande Terre enrichies par les bassins versants, celle-ci ne peut compter que sur les sédiments apportés par la mer ou autoproduits pour se développer. C’est donc un milieu d’étude exceptionnel pour ces scientifiques ; ils y viennent trois fois par an depuis février 2017 pour mesurer la croissance des arbres et le taux de sédimentation, ainsi que l’absence ou la présence de nutriments dans les sols. Pour cela, ils creusent des trous au pied des palétuviers et y déposent du fer, de l’azote et du phosphore. 
 

Plus de nutriments avec la montée des eaux…

« Nous cherchons à comprendre ce qui fait pousser et ce qui ralentit la croissance des arbres. Cala peut être le niveau de la mer, la pluviométrie ou les nutriments » explique Catherine Lovelock, professeure à l’Université du Queensland en Australie. « Ici, nous sommes proches de la mer. Elle apporte entre autres du phosphore et de l’azote. Mais les mangroves qui sont très éloignées de la mer sont toutes petites et il se pourrait que leur croissance soit ralentie d’eau douce mais aussi du fait de leur éloignement par rapport à la mer. Donc peut-être qu’avec l’élévation du niveau des océans, elles vont recevoir plus de nutriments et donc grandir plus vite ». 
Ouvéa mangrove
Ici, la mangrove a pu se développer ©Caroline Antic-Martin


… mais moins de place pour la mangrove

La montée des eaux, une bonne nouvelle pour les mangroves ? Peut être ! A condition qu’elles puissent s’étendre. Cette forêt et ses arbres de plus de trente mètres en sont preuve.
«  La hausse des températures, l’augmentation des concentrations en CO2, est quelque chose de bénéfique pour la croissance des palétuviers. Donc bientôt, nous devrions avoir de grandes forêts, mais du fait de la hausse du niveau des océans, les mangroves vont devoir reculer vers les terres » explique Cyril Marchand. « Lorsqu’il n’y a rien derrière les mangroves, elles pourront reculer. Mais si les mangroves sont confrontées à des reliefs ou à des zones urbaines, alors elles ne pourront pas reculer et elles disparaîtront ». 
 

La crainte des habitants

Un scénario inimaginable pour les habitants d’Ouvéa qui vivent depuis toujours en symbiose avec la mangrove.
« C’est un peu notre garde-manger. Depuis à l’époque jusqu’à aujourd’hui, on a toujours vécu avec la mangrove. Si un jour elle venait à disparaître, je crois que çà va être catastrophique pour la population » s’inquiète Jean-Baptiste Dao, habitant de la tribu de Teouta.
Ouvéa mangrove
les jeunes de l'école Saint-Joseph présentent leurs travaux aux scientifiques. ©Caroline Antic-Martin

Pour éviter le pire, rien ne vaut la sensibilisation. Cette classe de CM2 étudie depuis deux ans cet environnement singulier : maquettes, simulations, plantations avec les scientifiques, ces enfants sont désormais incollables sur la mangrove. Ils connaissent son rôle, les dangers qui la menace et bien sûr, la nécessité de la protéger…
« Nous serons parents, et nous voulons léguer à nos enfants non pas un souvenir mais une réalité visible. Ce n’est jamais trop tard pour bien faire et ainsi continuer à promouvoir notre ile d’Ouvéa pour qu’elle reste le plus longtemps possible l’ile la plus proche du paradis » récite devant les scientifiques Diana Kela, élève de CM2 à l'école de Saint-Joseph.
Un paradis plus que jamais en sursis ; selon le dernier rapport du GIEC, au rythme actuel, le niveau des océans pourrait augmenter d’un mètre dix, d’ici 2100.  
Le reportage de Caroline Antic-Martin et Gaël Detcheverry.
©nouvellecaledonie

L’invité du journal

Jérôme Aucan, chargé de recherches en océanographie à l’IRD était l’invité du journal télévisé de Dave Waheo-Hnasson ce 8 octobre :
©nouvellecaledonie

En savoir plus avec ce film réalisé par l'IRD en 2017, quelques mois après le lancement de l'étude sur la mangrove d'Ouvéa :
©IRD
La mission à Ouvéa
Le projet de recherche Mana’o a pour objectif d’étudier et de mesurer l’influence de la montée des océans sur la mangrove d’un atoll dans un contexte de changement climatique. 
La mission qui s’est déroulée la semaine dernière était composée de cinq chercheurs venus d’Australie (Université du Queensland), de Nouvelle-Zélande (Institut national de l’eau et de la recherche atmosphérique), des États-unis (Université d’État de la Louisiane) et Institut d’études géologiques des États- unis – USGS), et de Singapour (Université nationale de Singapour). 
Ce projet international a reçu des financements pour un montant total de plus de 22 millions CFP provenant du Fonds Pacifique (France), de la National Geographic Society (USA), du National Institute of Water and Atmospheric Research (Nouvelle-Zélande), et du United States Geological Survey (USA).
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