nouvelle calédonie
info locale

Sydney-Hobart: "Avant je pensais que cette course, c'était exclusivement pour les Blancs riches"

sport
Isaiah Dawe
Isaiah Dawe, 22 ans, n'avait jamais posé le pied sur un voilier avant de se voir offrir le poste d'équipier d'avant sur le Southern Excellence 2. ©ABC
Les concurrents de la Sydney-Hobart sont partis lundi midi. Cette année, un voilier fait particulièrement parler de lui : le Southern Excellence 2, premier voilier jamais manoeuvré par un équipage aborigène dans l'histoire de la Sydney-Hobart.
88 voiliers participent à la 72ème édition de la de la Sydney-Hobart. C'est l'une des courses les plus dangereuses au monde, car les voiliers doivent traverser le détroit de Bass, entre l'Australie et la Tasmanie. 

Le super maxi Wild Oats XI détient le record de la course en 1 jour, 18h et 23 minutes. Un record qui pourrait être battu cette année, d'après plusieurs experts. Mais il faudra attendre de voir ce que la météo réserve aux marins quand ils approcheront de la Tasmanie, où les vents pourraient faiblir. 
 
Cette année, grande première: un équipage aborigène a pris la course. C'est inédit, car la navigation n'est pas le point fort des cultures indigènes en Australie. Mais le voilier, baptisé Southern Excellence 2, n'est pas en compétition. Il fait donc office de bateau-balai, relié par radio à toute la flotte. Il interviendra si un voilier se trouve en difficulté. 
 
L'idée d'un équipage aborigène vient de Wayne Jones, un marin australien chevronné. Il a conclu un partenariat avec l'association Tribal Warrior, qui mène un programme d'éducation à la navigation pour les jeunes Aborigènes en difficulté. 
 
Wayne Jones et Shane Phillips ont eu beaucoup de mal à trouver des sponsors, puis à trouver un voilier qui soit en état de marche, ce qui explique qu'ils aient manqué la date-butoir de dépôt des inscriptions pour la Sydney-Hobart. 
 
« Quand j'ai commencé à dire autour de moi que je voulais monter une équipe aborigène pour faire la Sydney-Hobart, les gens me plantaient là et pensaient: "ça doit être une blague" », explique Wayne Jones sur ABC. 
 
Les préjugés étaient tout aussi tenaces côté aborigène, comme le raconte Shane Phillips, le directeur de l'association Tribal Warrior. « Avant je pensais que cette course, c'était exclusivement pour les Blancs riches, précise-t-il. Je pense maintenant que nous devrions remettre en question ce préjugé, en nous impliquant dans cette course, pour apprendre les uns des autres. »
 
Parmi les membres d'équipages recrutés, Isaiah Dawe, est le plus inexpérimenté. Ses seules aventures sur l'eau, ça a été de prendre le ferry plusieurs fois dans la baie de Sydney. Âgé de 22 ans, le jeune homme a été intégré dans une nouvelle famille, celle de l'équipage du Southern Excellence 2. C'est justement ce qui lui manque le plus, une famille. 
 
« J'ai eu une enfance difficile. Je suis passé par 17 familles d'accueil, témoigne Isaiah Dawe, équipier d'avant sur le voilier. J'ai perdu contact avec toute ma famille, j'ai seulement appris cette année d'où vient mon clan, et ma famille. C'était difficile. Je me suis senti négligé quand j'étais petit, je n'avais aucune estime de soi, j'étais perdu quand j'étais petit. Personne ne m'a vraiment soutenu, je n'avais pas de parens ou des gens qui se souciaient sincèrement de moi. Donc j'ai grandi avec ma petite soeur, on a pris soin l'un de l'autre. Alors devenir membre d'équipage sur un voilier, c'est simplement une autre difficulté à surmonter. On va se donner à 100% cette année. On n'est peut-être pas en compétition cette année, mais attention, en 2017 on s'alignera sur la ligne de départ. »
 
Terminer la course, atteindre le mythique Constitution Dock de Hobart, ce serait déjà, en soi, une victoire pour l'équipage du Southern Excellence 2 cette année, comme le souligne Shane Phillips. « Si et quand nous finirons la course, ce sera un belle performance, pour beaucoup de gens, pour les gamins de Redfern, ceux de La Pérouse, de toutes ces communautés, qui vont s'intéresser à une discipline qui n'a rien à voir avec la boxe ou le football, se réjouit-il. Ils vont voir des Aborigènes faire la course sur l'océan. C'est quand même la course la plus importante du monde. »
 
Les premiers voiliers devraient arriver à Hobart mercredi. 
Publicité