VERIFICATION. Covid-19 : on a passé au crible les arguments de Reinfo Covid NC sur la maladie et la vaccination

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Covid-19 : marche citoyenne contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale , 31 juillet 2021, Nouméa
Lors de la marche du 31 juillet 2021, à Nouméa. ©Alix Madec / NC la 1ere
Le collectif a participé à une marche, samedi à Nouméa, “contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale”. L’occasion pour NC la 1ère de vérifier ses principaux arguments sur l'épidémie de coronavirus et les vaccins.

Sur son site, Reinfo Covid NC assure "vouloir une politique sanitaire juste et proportionnée, basée sur des informations récentes et transparentes en ce qui concerne le virus de la Covid-19". Et pour cela, le collectif, qui a participé, samedi 31 juillet, à une marche "contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale" à Nouméa met en avant régulièrement plusieurs arguments.

Comme cela a été le cas, jeudi 29 juillet, sur une radio locale. NC la 1ère a écouté cette interview de deux membres de Reinfo Covid NC et s’est penché sur les principales "informations" relayées par le collectif au cours de cette émission.

  • "Le Covid-19 a une mortalité très basse"

Ce que dit Reinfo Covid NC. "Aujourd’hui après un narratif de la peur qu’un virus était très dangereux et mortel qui allait tous nous tuer, on s’est rendu compte que ce n’était pas vrai, que c’était une pandémie de cas et pas de malade avec une mortalité qui était à l’époque, est toujours aujourd’hui, très basse, une létalité très basse, c’est donc bien un virus qui n’est pas très dangereux."

Pourquoi c’est faux. C’est l’un des arguments des covid-sceptiques qui a émergé dès l’apparition de la pandémie début 2020. Ce virus ne serait finalement pas si grave et sa mortalité très faible. Le professeur Didier Raoult expliquait ainsi à BFMTV qu’il n’y avait "pas de raison d’avoir peur" de ce virus, qu’il qualifiait de "pas si méchant". Reste que dès la février, l’OMS relevait son niveau d’alerte au maximum, après la publication, dans le New England Journal of Medecine, d’une étude montrant l’ampleur des dégâts causés par le Covid-19 et l’amplitude des classes d’âge pouvant être touchées.

Et depuis, de nombreuses études ont pu chiffrer la surmortalité liée au Covid-19. La mortalité a ainsi augmenté en France de 9,1% en 2020, du jamais-vu depuis 70 ans, selon l'Insee dans deux publications, publiées le 29 mars. La hausse de la mortalité est ainsi très supérieure à celle observée lors des épisodes grippaux et caniculaires sévères des dernières années, y compris la canicule de 2003.

Dans la quasi-totalité des pays européens, les décès ont augmenté en 2020. Avec + 9,1%, la France se situe dans une position médiane souligne l'Insee. D'après les données disponibles mi-mars, la hausse des décès est plus forte dans tous les pays limitrophes de la France, à l'exception notable de l'Allemagne (+ 5%) et du Luxembourg (+ 8%).

Autre point qui souligne la létalité du Covid-19 : l’espérance de vie. Elle a en effet reculé de façon importante dans les pays les plus touchés par la crise sanitaire, comme les Etats-Unis, le Brésil, la Russie et l'Afrique du Sud, rappelle Les Echos. Le recul est d’ailleurs inédit depuis la Seconde guerre mondiale aux Etats-Unis. 

  • "Le variant Delta n’est qu’un gros rhume" 

Ce que dit Reinfo Covid NC. "On nous dit que ce variant Delta est très contagieux, ce qui est vrai, mais il n’est pas du tout dangereux. Aujourd’hui les informations que l’on a sont que les symptômes de ce variant sont les symptômes d’un gros rhume, c’est-à-dire que vous avez le nez bouché, la sphère ORL encombrée et peut-être un petit peu de fièvre. Il n’y a pratiquement pas de problèmes respiratoires associés à ce variant Delta."

Pourquoi c’est faux. Comme l’an dernier, certaines personnes estiment que le variant Delta du Covid-19, détecté pour la première fois en Nouvelle-Calédonie à la fin juillet, n’est pas si dangereux. Le virologue français Jean-Michel Claverie a ainsi fait le tour des médias en comparant, comme Reinfo Covid, cette mutation à un "rhume" ou une "grippe"

Mais là encore, les chiffres de mortalité recensés dans les pays les plus touchés font froid dans le dos. Officiellement, en Inde, plus de 420 000 personnes sont mortes du Covid-19 depuis le début de l'épidémie, avec une nette accélération ces dernières semaines à cause du variant. Mais les chiffres pourraient être nettement sous-estimés. 

L'Indonésie bat de son côté de tristes records, avec pour la première fois, mardi 27 juillet, plus de 2 000 décès liés à ce variant, tout comme la Tunisie, où l'explosion des cas fait craquer le système hospitaliser et contribue à la crise politique. Des situations que l’on ne retrouve pas en France ou au Royaume-Uni, où le variant Delta est largement majoritaire et se diffuse à une vitesse exponentielle.

La raison ? Ces deux pays affichent une couverture vaccinale importante avec environ 50% de la population pleinement vaccinée. "Le variant se propage au sein d'une population déjà fortement vaccinée", explique l’infectiologue Nathan Peiffer-Smadja à LCI. C'est plutôt donc "l'importance de la vaccination" qui fait baisser cette courbe, et non pas la nature du variant en lui-même, qui "possède toujours la capacité d'entrainer des formes sévères", selon cet expert de l'Inserm.

  • "On est en train de nous annoncer qu’il va y avoir une 3e dose"

Ce que dit Reinfo Covid. "Ce qu'on ne sait pas aujourd’hui pour les personnes vaccinées en janvier c'est si leur immunité est encore valide par ce prétendu vaccin. D'Israël ou du Royaume-Uni, on voit remonter des informations pour nous annoncer qu’il va y avoir une 3e dose qui permettra de nous protéger soit disant contre les variants qui émergent."

Pourquoi c’est plus compliqué. La possibilité qu’une 3e dose de vaccin Pfizer soit administrée est aujourd’hui sur la table. Les laboratoires militent pour, mais les autorités sanitaires semblent mettre le holà à une généralisation de la mesure. En Israël, les autorités du pays ont appellé ses citoyens âgés de plus de 60 ans vaccinées il y a plus de cinq mois à recevoir une troisième dose de vaccin pour se protéger contre le coronavirus. Selon le géant pharmaceutique Pfizer, qui produit le vaccin majoritairement utilisé en Israël, "de nouvelles études montrent qu'une troisième dose a des effets neutralisants contre le variant Delta plus de cinq fois plus élevés chez les jeunes et plus de onze fois chez les personnes plus âgées."

Toutefois, si les laboratoires militent pour, les autorités sanitaires françaises semblent plus prudentes sur une généralisation de la mesure. Pour le moment, une seule catégorie de personnes est concernée par l'administration d'une troisième dose : les personnes immunodéprimées sévères, rappelle franceinfo. Les premiers vaccinés, c’est-à-dire les personnes âgées de plus de 75 ans vaccinées en janvier-février, eux, pourront avoir droit à un rappel, a annoncé Emmanuel Macron le 12 juillet, car leur immunité pourrait prochainement diminuer. La Haute autorité de santé n'a pas émis d'avis sur l'instauration de ces rappels, mais a pris "acte de l'annonce" faite par le président de la République.

Pour le moment, le reste de la population vaccinable ne semble pas se diriger vers une troisième injection dans le cadre actuel de l'épidémie. "Il n'y a pas lieu pour le moment de proposer une dose de rappel en population générale", précise la Haute Autorité de santé dans un avis rendu le 16 juillet. Elle attire principalement l'attention sur la nécessité de "favoriser la primovaccination complète de la population", avant d'envisager l'administration d'une troisième dose.

  • "On a sauté toutes les étapes pour savoir quels sont les dangers de cette injection”

Ce que dit Reinfo Covid. A propos du vaccin à ARN Messenger, les deux représentantes du collectif estiment qu’“on a sauté toutes les étapes pour savoir quels sont les dangers de cette injection”. Et d’ajouter un peu plus tard dans leur interview que ces vaccins ne sont pas validés encore par le consensus scientifique.

Pourquoi c’est faux. C’est l’un des arguments les plus souvent mis en avant pour remettre en cause les vaccins contre le Covid-19. Ces derniers auraient été mis trop rapidement sur le marché sans les précautions nécessaires et ils seraient encore en "phase d'étude simplement accréditée par une autorisation de mise sur le marché conditionnelle".

Pour y voir plus clair, il faut se pencher sur les différentes étapes d'évaluation. Comme l'a expliqué franceinfo, lors de la phase 1, le vaccin est testé sur quelques dizaines de personnes pour évaluer sa toxicité. Pendant la phase 2, il est testé sur plusieurs centaines de personnes, afin de mesurer son efficacité et d'affiner son dosage. Lors de la phase 3, qui peut durer entre trois et cinq ans, le vaccin est testé sur des dizaines de milliers de personnes afin de collecter davantage d'informations et de déterminer son rapport bénéfice-risque. Cette étape a été accélérée pour les vaccins contre le Covid-19. Les laboratoires concernés ont livré leurs résultats et le taux d'efficacité de leur vaccin, puis les dossiers ont été revus par les autorités sanitaires, comme l'Agence européenne des médicaments.

Les vaccins contre le Covid-19 utilisés en France ont reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) dite "conditionnelle". Celle-ci "rassemble tous les verrous de contrôles d'une autorisation de mise sur le marché standard pour garantir un niveau élevé de sécurité pour les patients", selon l'Agence nationale de sécurité du médicament sur son site (ANSM). "Une AMM conditionnelle est accordée pour un an et peut être renouvelée", poursuit-elle.

On a assez d'éléments en termes de qualité de production du produit, en termes d'efficacité et de sécurité pour dire que ce produit, on peut déjà commencer à l'utiliser.

Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux

 

Néanmoins, cette phase 3 n'est pas officiellement terminée. Celle de Pfizer, par exemple, doit se terminer en mai 2023. Que doit encore étudier le fabricant pendant deux ans ? "Quel est le taux d'anticorps qu'on va avoir, et quel est son profil évolutif sur deux ans, pour les patients qui vont être traités dans les deux ans après (...), quelle est l'efficacité à deux ans", a détaillé Mathieu Molimard. "Mais on n'a pas besoin de ça pour savoir si on doit se vacciner aujourd'hui pour passer un été correct et éviter d'avoir des contaminations", a tranché le pharmacologue.

De son côté, le professeur en pharmacologie Bernard Bégaud estime auprès de franceinfo que les personnes qui martèlent que les vaccins sont toujours en phase 3 "jouent sur les termes". "L'essai a été conclu. (...) Les vaccins ne sont plus en phase expérimentale", tranche-t-il, assurant qu'ils sont désormais en phase observationnelle. Les autorités sanitaires étudient chaque signalement d'effet indésirable du vaccin. Il s'agit de pharmacovigilance.

  • “On voit une augmentation de cas de myocardites chez les jeunes enfants vaccinés”

Ce que dit Réinfo Covid. “En Israël, on sait qu’aujourd’hui, auprès des jeunes enfants qui ont été invités à se faire vacciner en masse, on voit qu’il y a une augmentation de cas de myocardites.”

Pourquoi c’est plus compliqué. Des cas de myocardite (une inflammation du muscle cardiaque) et de péricardite (une inflammation de la membrane enveloppant le cœur) ont, en effet, été signalés dans plusieurs pays ces dernières semaines, notamment aux Etats-Unis. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu, le 9 juillet, qu’il existe un lien "probable" entre des cas d'inflammation au niveau du cœur et l'injection de vaccins contre le Covid-19 à ARN messager (Pfizer-Biontech, Moderna) mais les avantages l'emportent sur les risques.

Selon les experts de l'OMS, les données disponibles suggèrent que l'évolution immédiate de la myocardite et de la péricardite après la vaccination est généralement légère et répond aux traitements. "Un suivi est en cours pour déterminer les effets sur le long terme", précisent-ils. Les experts de l'OMS vont continuer d'évaluer la situation afin d'actualiser leurs recommandations.

Dans le détail, près de 52 millions de doses ont été administrées à de jeunes Américains âgés de 12 à 17 ans. Le seul effet secondaire identifié à la mi-juillet est l'apparition de myocardite. Un risque de l'ordre de 1 pour 20 000 garçons vaccinés, et 1 pour 100 000 filles. "Ces myocardites sont des maladies qui conduisent souvent à l'hospitalisation mais qui n'ont pas eu de gravité propre", souligne sur Europe 1 Robert Cohen, président de la Société française de pédiatrie. "C'est-à-dire que tous les adolescents ont guéri dans des délais brefs sans conséquences secondaires. Ces myocardites surviennent uniquement à la deuxième dose."

En Israël, une étude du ministère de la Santé (en anglais) publiée le 2 juin a conclu qu’il existait "une probabilité d’un lien possible” entre l’injection d’une deuxième dose de ce vaccin et la survenue de myocardites chez “les jeunes hommes âgés de 16 à 30 ans”. De décembre 2020 à mai 2021, 275 cas survenus ont été rapportés sur plus de 5,4 millions de vaccinés, dont 121 dans les 30 jours suivant l’injection d’une seconde dose. Mais 95% de ces cas sont décrits comme “légers” et l’étude ne mentionne aucun décès. Le ministère israélien n’a pas changé ses recommandations sur ce vaccin à la suite de ces résultats.

  • "On compte des milliers de décès et des millions d’effets indésirables plus ou moins graves”

Ce que dit Reinfo Covid. "Si on regarde les remontés d’effets indésirables qui existent aux Etats-Unis, en Israël, en Angleterre, en Europe… Si on va sur Eudravigilance, vous allez tomber sur des chiffres où on n’est pas en train de parler de quelques dizaines de morts ou d’effets secondaires, là on est en termes de milliers de décès et voire de millions d’effets indésirables plus ou moins graves.”

Pourquoi ce n’est pas si simple. Les chiffres annoncés par le collectif sont effectivement issu de la base de données EudraVigilance, mise en place en 2012 par l'Agence européenne des médicaments (EMA) pour collecter "des déclarations d'effets indésirables suspectés d'être liés aux médicaments" autorisés dans l'Espace économique européen. Problème : Reinfo Covid commet une confusion entre cas signalés et cas confirmés, et le fait que lorsqu’un décès est signalé, il est décompté autant de fois que la personne avait de symptômes déclarés.

Pour faire simple, sur cette plateforme figurent les signalements d'effets secondaires liés aux quatre vaccins homologués contre le Covid-19. Des effets qui, pour la plupart, sont bénins ou modérés, qu'il s'agisse de douleurs au niveau du point d'injection ou de maux de tête.

Quelque 12 000 décès et 1,6 million d'effets indésirables soupçonnés d'être liés à la vaccination ont bien été signalés au niveau européen. Mais aucun lien de cause à effet entre le vaccin et la mort du patient n'a pu être tiré de ces signalements, a expliqué l'Agence européenne des médicaments à franceinfo, qui souligne notamment que "pendant les campagnes de vaccination, les morts qui résultent d'autres causes vont continuer à se produire, y compris peu de temps après la vaccination".

Si l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) n'a identifié, début juillet, aucun décès en France après des injections de vaccin Pfizer-BioNTech, Moderna ou Janssen, treize ont cependant été comptabilisés par l'agence pour le vaccin d'AstraZeneca après des cas de thrombose.

  • "A la rentrée, les enfants devront être vaccinés pour avoir accès à l’école"

Ce que dit Reinfo Covid. "Au mois de septembre, Monsieur Blanquer l’a annoncé hier soir, à la rentrée en Métropole, les enfants devront être vaccinés pour avoir accès à l’école. S’ils ne sont pas vaccinés, ils ne pourront plus avoir accès à l’école.”

Pourquoi c’est un raccourci. Le ministre de l’Education a bien dévoilé, jeudi 29 juillet, le protocole sanitaire qui sera en vigueur à la rentrée et a évoqué la question de la vaccination. Il a, en effet, annoncé que les collégiens et lycéens non vaccinés resteront chez eux mais uniquement dans le cas où ils seraient cas contact Covid. En revanche, dans le primaire, les classes resteront fermées dès le premier cas.

"C'est évidemment une forte incitation à être vacciné", a souligné Jean-Michel Blanquer sur franceinfo à propos du second degré, dans le sillage d'Emmanuel Macron qui mise sur la vaccination pour enrayer la crise sanitaire. "Dans le secondaire, seuls les élèves non vaccinés seront évincés et devront suivre l'enseignement à distance" s'ils sont cas contact, les autres pouvant poursuivre en présentiel si la situation sanitaire le permet, a précisé le ministre.

"Nous sommes passés d'une campagne d'incitation à la vaccination à l'éviction d'une partie des élèves !", a déploré toutefois la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, dans un communiqué. A un mois de la rentrée, la FCPE "est très inquiète (...) et demande au ministère de réajuster ses mesures pour ne laisser aucun élève au bord du chemin !"

"Dire que l'on met en place une école à deux vitesses, je ne suis pas d'accord", a déclaré sur BFMTV la secrétaire d'Etat à l'Education prioritaire Nathalie Elimas. "Ce que l'on fait là au contraire, c'est protéger le collectif, dès lors qu'il y a un cas, on s'isole, on se fait tester, et après on revient", a-t-elle ajouté. "On met en place tout ce qu'il faut pour que la vaccination vienne vers", les populations défavorisées, a-t-elle défendu.