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Philippe Chalmin et les experts de Cyclope voient l’avenir en vert pour le nickel

En 2017, le cours du nickel côté sur le London Métal Exchange a entamé une progression qui ne s’est pas démentie en 2018. C'est en résumé le constat fait par le rapport Cyclope 2018 rédigé par une soixantaine d’experts internationaux. Les cours du nickel ont progressé de 60 % sur un an.

Philippe Chalmin président du cercle Cyclope qui réunit les experts internationaux des matières premières © AFP
© AFP Philippe Chalmin président du cercle Cyclope qui réunit les experts internationaux des matières premières
  • Par Alain Jeannin
  • Publié le , mis à jour le
Déficit mondial de production, choc de titans en Russie, demande de nickel raffiné en forte hausse pour les batteries des véhicules électriques, la prospérité des mineurs et des métallurgistes serait presque de retour selon Philippe Chalmin. Le président du cercle Cyclope présentait le 16 mai à Paris la nouvelle édition du rapport sur les marchés des matières premières et autre commodités.

« Der Himmel lacht ! Die Erde jubilieret » (Le ciel rayonne, la Terre jubile). Le sous-titre du Cyclope 2018 fait référence à la sonate éponyme de Jean-Sébastien Bach. Elle célèbre le retour à la croissance économique mondiale mais aussi le rebond des cours des matières premières.

"Le nickel jubile aussi"

Le rapport Cyclope affiche donc une bonne dose d’enthousiasme : « Oui, le nickel jubile aussi » décline Philippe Chalmin, « le métal a profité de ce que j’appelle la « bulle » des véhicules électriques. Le nickel est arrivé à des niveaux de prix qui permettent aux principaux producteurs de couvrir leurs coûts directs opérationnels et je pense que les choses vont mieux aussi en Nouvelle-Calédonie. » […] « Maintenant, il faut ajouter les frais financiers qui sont différents d’une usine à l’autre selon que l’on parle de la SLN, de VNC ou de KNS. Néanmoins, sur le fondement, c’est-à-dire les coûts directs opérationnels, il me semble qu’on est un peu au-dessus du seuil de rentabilité. […] Faut-il rappeler que le nickel s’est baladé ces 20 dernières années entre 3.000 et 55.000 dollars la tonne ? Alors, 20.000 dollars comme objectif il suffirait de pas-grand-chose pour y parvenir » poursuit Philippe Chalmin.

© Alain Jeannin
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L'incertitude russe 

Et cet élément déclencheur pour une nouvelle flambée du nickel pourrait bien venir de Russie même si le procès se déroule à Londres la capitale de la finance mondiale des matières premières. Une lutte pour le pouvoir s’y déroule, dont l’enjeu est Norilsk Nickel, l’un des plus gros producteurs mondiaux de nickel et de palladium. Ce combat oppose l’oligarque Vladimir Potatine, président de Norilsk Nickel et Oleg Deripaska patron du géant de l’aluminium Russal qui détient 27,8 % de Nornickel (Norilsk). L’un et l’autre veulent s’emparer des actifs détenus à hauteur de 6,3 % par un autre oligarque Roman Abramovitch. Un procès doit avoir lieu à Londres avant la réunion des actionnaires qui se tiendra en juin. Russal est directement visé par les sanctions américaines contre la Russie et a été placé sur la liste noire de Washington. Le blocus américain a fait chuter l’action Russal de moitié et on remarque une véritable flambée des cours de l’aluminium.

« Que se passerait-il si, le producteur russe Norilsk avait les mêmes problèmes que son compatriote Russal dans l’aluminium vis-à-vis des autorités américaines ? Et si, par exemple, du jour au lendemain on ne pouvait plus acheter de nickel russe parce qu’il ferait l’objet d’un embargo américain comme Russal qui est désormais interdit sur le LME ? Que le nickel remonte à 20.000 dollars ne serait pas étonnant, mais soyons honnête ce n’est pas encore à l’ordre du jour » analyse Philippe Chalmin.


Trump aime ses usines

Au-delà du risque géopolitique engendré par les sanctions américaines contre la Russie et probablement contre l’Iran, Philippe Chalmin reconnaît avoir sous-estimé la volonté absolue de Donald Trump : «Que voulez-vous, c’est aussi quelqu’un qui clame son amour pour les usines métallurgiques, du moment qu’elles sont américaines et qui ne croit pas au réchauffement climatique. Il est prêt à tout bouleverser ». De quoi, au final, être d'un optimisme mesuré pour les prix du nickel : « Je ne vois pas dans l'immédiat, sauf évènement imprévisible, un nouveau scénario de flambée des prix comme cela s'est produit entre 2007 et 2013. » Ce jeudi soir à Londres, les cours du nickel ont atteint 14.737,50 dollars (6,68 dollars par livre) +162,50 $ par tonne +1,12%.


*CyclOpe 2018 : « Der Himmel lacht ! Die Erde jubilieret », 828 pages, 139 euros, éditions Economica. Version électronique sur www.cercle-cyclope.com

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