Burger King, l'autre fast-food où l'on mange vite et mieux ?

obésité polynésie française
Burger King débarque à Tahiti en 2023. ©Polynésie la 1ère
C'est un chiffre qui fait froid dans le dos : 90 % des décès liés au covid étaient liés à des comorbidités, la première était... l'obésité ! Dans ce contexte, l'ouverture d'une nouvelle chaine de fastfood à Tahiti pose question. Surtout que les budgets en matière de prévention ont baissé.

Le premier des trois Burger King de Tahiti doit voir le jour au croisement de la route territoriale et celle de Puurai, tout proche de la gendarmerie de Faa’a. Par gourmandise ou tout simplement pour son côté rapide et pratique, ce fastfood fait déjà quelques adeptes.

« Normalement ce n’est pas bon mais on est libre de choisir ce qu’on consomme. Pour ma part j’y vais de temps en temps... », témoigne une passante. « Déjà on est obèses, alors si on importe encore ça, on est encore plus obèses (…). J’irai peut-être chercher ça, parce-que j’ai la flemme de faire mon petit plat », décrit une autre.

Problème de santé publique

Quoi qu'il en soit, si la concurrence est un point positif, la vraie question est la santé des Polynésiens… La dernière enquête de STEPwise montre que 70% de la population est en surpoids et 40% en obésité. Cette enquête date de 2010, le ministre de la Santé Jacques Raynal assure qu’une nouvelle étude est prévue. En attendant, douze ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée. Si la marque se dit soucieuse d’un meilleur équilibre alimentaire et propose des produits healthy, comme des salades, l’offre en général est loin de faire l’unanimité chez les professionnels. 

« Ce type d’alimentation fausse aussi notre perception de la faim et satiété. Quand on mange ce type d’aliments, plaisir immédiat en bouche, mais trois heures plus tard encore faim… Ça trompe notre comportement vis-à-vis de l’alimentation », souligne Helène Thual, vice-présidente de l’association des diététiciens de Polynésie française.

L'obésité est un fléau chez les jeunes... ©Polynésie la 1ère

Le tableau sanitaire de la Polynésie est alarmant. L’obésité et le surpoids sont un fléau et touchent de plus en plus jeune. En 2016, une enquête GSHS sur la santé des jeunes en milieu scolaire montre que sur 2 685 adolescents de 13-17 ans, 43,2 % d’entre eux sont en surpoids et 19,8 % sont obèses. Une autre enquête, cette fois menée sur 1 768 enfants de 7-9 ans, dévoile que 35,8 % des enfants sont en surpoids dont 16,2 % au stade de l’obésité. Des chiffres à donner le tournis.

Aujourd'hui, plus de 48 000 personnes en Polynésie sur 270 000 habitants ont besoin d’un suivi médical à long terme. Parmi les cinq pathologies les plus répandues en longue maladie, on retrouve l’hypertension, le diabète ou encore les problèmes cardiovasculaires. Des maladies en partie causées par l’obésité et qui coûtent plusieurs centaines de milliards de francs pacifiques à la société. Elles représentent aujourd’hui près de 70% du budget de la Caisse de Prévoyance Sociale contre 55% onze ans plus tôt. Alors même si le Pays a investi 550 millions dans la prévention santé en 2021, c’est loin d’être suffisant…

« Le diabète coûte 16 milliards par an, tous les ans 2 milliards en plus nouveaux cas, on devrait investir dans la prévention et non restreindre. 600 personnes en hémodialyse, si on prenait cet argent, ça inverserait les choses » soutient Jean Louis Boissin, endocrinologue, avant d'ajouter qu'il « ne faut pas non plus leur jeter la pierre, il propose au point de vue économique un programme, c’est ensuite au politique d’accepter et surtout de surveiller le produit proposé aux clients ».

Politique alimentaire

De son côté, le gouvernement estime qu’il revient à chacun de faire ses choix et ça passe d’abord par l’éducation, comme l'avance le vice-président du Pays Jean-Christophe Bouissou, invité sur notre plateau télévisé le 17 juillet.

« Je ne fais pas partie de ceux qui vont dicter la manière dont les gens doivent consommer, je crois beaucoup dans la faculté d’éduquer les gens, ce sont les gens qui doivent savoir manger ce qui est bon ou pas ».

Éduquer, certes, mais la problématique n’est-elle pas ailleurs ? Un repas fastfood reste toujours moins cher que des produits locaux comme les fruits et légumes. Les pouvoirs en place ont promis d’ici 2030 de s’investir dans la transformation de l’agriculture polynésienne pour une meilleure autonomie alimentaire et donc une meilleure alimentation. Pas sûr que l’implantation de ce nouveau fastfood entre dans cette politique...

Contacté par nos soins, la franchise locale de Burger King n’a pas souhaité donner d’interviews. Quant à la mairie de Faa’a, ses représentants devraient tenir une conférence de presse cette semaine pour donner sa position.