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[Portrait] En région parisienne aussi, la cuisine réunionnaise se déguste sur le bord de la route

A Nanterre, un food truck créole réunionnais, le seul en proche banlieue, vient de s’installer. Aux fourneaux, Henri Lauret profite de sa retraite pour faire découvrir les plats de chez lui.

Le camion-restaurant d'Henri Lauret est le seul food truck créole réunionnais de proche banlieue. © Page Facebook Saveurs île de la Réunion
© Page Facebook Saveurs île de la Réunion Le camion-restaurant d'Henri Lauret est le seul food truck créole réunionnais de proche banlieue.
  • Par Pauline Rouquette
  • Publié le , mis à jour le
Ce matin, comme chaque jour, Henri Lauret a préparé ses achards de légumes à la maison. Carottes, haricots, chou, concombre… roussis avec de l’ail, de l’oignon et du gingembre. « Il faut veiller à ce que l’achard soit fondant, mais croquant à la fois » sourit-il.

A 63 ans, ce retraité originaire de l'île de La Réunion réalise enfin un projet de longue date : ouvrir un food truck créole réunionnais pour faire découvrir "les plats du pays".
 

Une retraite-passion

Né au Tampon, le sexagénaire a grandi à Piton Sainte-Rose, puis à Saint-Denis, au milieu de huit sœurs et deux frères. "C’était comme ça avant, heureusement aujourd’hui on fait plus attention", plaisante-t-il.

Après un service militaire effectué en métropole en 1974 et un bref retour à La Réunion, Henri Lauret s’installe définitivement dans l’hexagone en 1979, où il vivra plusieurs vies. Décorateur-paysagiste pendant neuf ans, sérigraphe pendant deux ans, il travaille ensuite dans l’administration jusqu’à sa retraite, il y a quatre ans. "J’ai alors décidé de mettre en place mon projet, par passion pour la cuisine." Une passion qui n’avait jusque-là jamais été un métier. Mais il a confiance dans son talent, et s’enorgueillit d'avoir monté ce food truck, seul.

« J’ai de la famille qui s’y connaît beaucoup dans la restauration, mais je ne leur demande pas conseil. Je fais tout, tout seul, ça vient à l’idée. Parfois, je regarde les émissions à la télévision et ça m’inspire. »


Pailles en queue, lambrequins… Son camion-restaurant a été décoré et aménagé par ses soins. Après avoir acheté une remorque vide, il l’a équipée de quatre friteuses, un four, un congélateur, un lave-mains et un plan de travail. Tout cela pour 6000 euros, auxquels s’ajoute l’assurance.
 

Échange de bons procédés

Installé depuis 10 heures pour la mise en place, Henri Lauret prépare le fond de sauce de ses burgers créoles. Une sauce "faite maison" assure-t-il, à base de gingembre, de tomate et d’ail, mixés et réduits, qui viendront ensuite parfumer l’escalope de poulet.

Le burger créole a la cote, mais il n’est pas le seul. A ses côtés, samoussas aux crevettes, aux légumes et nems au poulet font le bonheur des connaisseurs. "Je fais aussi les bonbons piments, et les bouchons… Les Réunionnais adorent ça, mais les métropolitains ne connaissent pas vraiment."
 
Les bouchons, proposés par Henri Lautet, sont parmi les mets les plus appréciés de ses clients © Page Facebook des Saveurs de l'île de la Réunion
© Page Facebook des Saveurs de l'île de la Réunion Les bouchons, proposés par Henri Lautet, sont parmi les mets les plus appréciés de ses clients
Les achards de légumes préparés quotidiennement par Henri Lauret servent de garniture aux burgers créole et végétarien © Page Facebook des Saveurs de l'île de la Réunion
© Page Facebook des Saveurs de l'île de la Réunion Les achards de légumes préparés quotidiennement par Henri Lauret servent de garniture aux burgers créole et végétarien
Le sexagénaire peut toutefois déjà se targuer de faire découvrir aux moins expérimentés les Saveurs de l’Île de la Réunion, comme l'indique la devanture de son food truck. Son plus fidèle client, c’est Nordine, le gérant de la station-service au sein de laquelle il a installé son activité. "Qu’est-ce que tu vas me faire goûter là ?", demande-t-il en approchant ses mains pour recueillir un samoussa aux légumes encore fumant.

Voilà maintenant trois semaines que le sexagénaire est installé ici, à la sortie de la station-service BP de Nanterre. « Ca fait 28 ans que je connais le gérant de la station. Je lui ai proposé et il a accepté. En échange, je ne cuisine pas de viande de porc parce qu’il n’en mange pas." Un échange de bons procédés qui lui permet d’avoir une place de choix pour son camion-bar. Une aubaine, car trouver un emplacement n’est pas chose aisée. "J’ai fait des demandes d’emplacements à la mairie de Nanterre, mais pour l’instant, ils n’ont pas de place pour moi."
 

Rencontre avec Henri Lauret et son food truck réunionnais


 

« Le vendredi, c’est cari ! »

Les clients d’Henri ne sont pas exclusivement ceux de la station-service. Certains font le déplacement spécialement pour lui commander à manger grâce, notamment, à la page Facebook qu’il a créée.

« Le seul food truck réunionnais que je connaisse est à Pontoise. Sur Nanterre, il n’y en a pas du tout, c’est pour ça que j’ai monté ça ici. »


Henri Lauret compte également, parmi sa clientèle, de nombreux Réunionnais. Une reconnaissance qui lui est chère. "Les Réunionnais sont heureux parce qu’ils trouvent pour la première fois un food truck réunionnais à Nanterre. Parfois, ils font 25 kilomètres pour venir me voir. Surtout, ils sont contents parce que je parle le patois (sic) avec eux !".

La carte du camion-restaurant, elle, ne change jamais. Sauf le vendredi. "Le vendredi, c’est cari !" explique-t-il, comme s’il s’agissait de l’événement le plus attendu de sa semaine. Cari de bœuf, cari de poisson, cari de poulet… Faute de place, il ne peut pour l’instant pas se permettre la préparation de tels plats de manière quotidienne... Mais il compte bien y remédier. "J’aimerais avoir plus de place pour proposer plus de plats : du riz, du poisson, du cari de pieuvre, du cari massalé…" Un projet prévu pour l'an prochain.

Pour l'instant, Henri Lauret s’accorde quelques semaines de vacances, mais a déjà des idées pour la réouverture à la rentrée prochaine. Parmi elles, installer des tables pour que les clients puissent profiter davantage de sa cuisine. Une cuisine qu'il souhaitait rendre accessible, en un coup de volant.
 

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