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À l'approche des élections européennes, La 1ère s'est penchée sur certaines des dépenses de l'institution dans les territoires d'Outre-mer.
L’Union Européenne a mobilisé 4.8 milliards d’euros pour les Régions ultrapériphériques françaises (RUP) entre 2014 et 2020 : Guyane, Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, La Réunion et Mayotte. Une somme à laquelle viennent s’ajouter des enveloppes dédiées aux PTOM, les Pays et Territoires d'Outre-mer : la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre et Miquelon ou encore les Terres Australes et Antarctiques. 
Comment est dépensé cet argent ? A quoi ressembleraient les Outre-mer sans ces aides ? Si elle est loin de résoudre tous les défis, l’U.E. a tout de même transformé ces territoires. Voici quelques exemples.

Quatre exemples en dessins

Le dessinateur martiniquais Luko a illustré pour la1ere.fr quatre des financements de l'Union Européenne en Outre-mer : la construction de la Nouvelle Route du Littoral à La Réunion, celle d'un hôpital en Petite-Terre à Mayotte, l'agrandissement de l'aéroport Pôle Caraïbes en Guadeloupe et l'arrivée de la fibre optique à Wallis et Futuna. Regardez :
Les financements européens vus par Luko

La Réunion

C'est la route la plus chère d'Europe. La Nouvelle Route du Littoral (NRL) doit relier les communes de Saint-Denis et La Possession dans le nord-ouest de l’île. Longue de 12,5 km, elle est construite en partie sur la mer et son coût est estimé à 1,6 milliards d’euros. 41% des fonds sortent des caisses de l’Union Européenne, sous forme d’une subvention (151 millions d’euros) et d’un prêt (500 millions d’euros).

Près de la Pointe du Gouffre à La Réunion, la Nouvelle Route du Littoral est construite sur la mer. © Richard BOUHET / AFP

Problème : le tribunal administratif a annulé, lundi 29 avril, l'arrêté préfectoral autorisant à exploiter la carrière dont les roches massives devaient servir au chantier. L'État s'est, depuis, pourvu en cassation. La livraison de la NRL complète - qui devait se faire en 2022 - est désormais envisagée vers 2025.

La Réunion a un autre objectif très ambitieux : devenir entièrement autonome au niveau énergétique d’ici 2025. Premier pas dans cette direction, une centrale photovoltaïque alimente déjà 850 ménages. Des panneaux solaires ont été installés sur plusieurs bâtiments de la commune de Saint-Pierre dans le sud-est de l’île. Un projet qui a coûté près de 7 millions d’euros cofinancé à hauteur de 10% par le FEDER (Fonds européen de développement régional).

Une central photovoltaïque alimente l'Île de La Réunion en énergie. © https://ec.europa.eu/regional_policy/fr/projects/france/running-reunion-...

Dans une île où le taux de chômage des jeunes atteint près de 40% (INSEE, 2017), plusieurs programmes tentent de promouvoir l’emploi. "Initiative pour l’Emploi des Jeunes", par exemple, veut fournir un emploi, une formation, un stage à tout jeune de moins de 26 ans dans les quatre mois suivant la fin de ses études ou sa perte d’emploi. Mis en place à La Réunion en 2015-2016, il a coûté 1,1 millions d’euros financé à 92% par le FSE (Fonds Structurel Européen).
 

Mayotte

En Petite-Terre, c’est un nouveau centre hospitalier qui sort de terre. Coût total : 27,3 millions d’euros, dont 59% financés par l’Europe (soit 17,3 millions d’euros). Ce projet est cofinancé par le Fond Européen de Développement Régional (FEDER). Sans cette aide, pas d’hôpital et les malades mahorais devraient continuer à parcourir les 1.400 km qui les séparent de La Réunion et de ses infrastructures hospitalières pour se faire soigner.

UNe partie des malades mahorais ne peuvent pas être soignés sur leur île. Ils doivent être évacués vers La Réunion. © MARIE MAGNIN / HANS LUCAS

Autre enjeu capital sur l’île aux parfums : l’augmentation du fret. Il passe par le développement du port de commerce de Longoni, le seul de l’île. Objectif : doubler la quantité de marchandises débarquées et embarquées entre 2013 et 2023. 25,5 millions d’euros sont injectés dans ce poumon économique de l’île, 6 millions sont financés par l’Union Européenne.Autre exemple, une aide à la professionnalisation des filières ylang-ylang et vanille. Le projet a été porté par l’association des producteurs des plantes à parfums, aromatiques et médicinales de Mayotte. 52 477 € sur 94 000 € ont été financés par le FEADER, Fonds européen agricole pour le développement rural, soit près de 56%.

L'ylang et la vanille sont deux des cultures typiques de Mayotte. © RÉGIS CAVIGNAUX / BIOSPHOTO + DEGAS Jean-Pierre / hemis.fr / Hemis

La Guadeloupe et Saint-Martin

L'aéroport Guadeloupe - Pôle Caraïbes bat record sur record en termes de trafic aérien et de nombre de passagers, depuis quelques années. De 2,4 millions de passagers en 2018, il pourrait passer à 3 millions en 2025. Pour cela, il faut, notamment, renforcer la piste d’atterrissage et étendre le Terminal 1 de près de 75%. Un agrandissement qui permettra d’augmenter la capacité d’enregistrement et de débarquement des passagers. 60 millions d’euros en provenance de l’Union Européenne permettront de financer une première tranche de travaux. Le montant total du chantier s’élève à 247 millions d’euros au total. C'est le FEDER (Fonds Européen pour le Développement Rural) qui a été mobilisé.

L'aéroport Pôle Caraïbes en 2006. © GARDEL BERTRAND / HEMIS.FR / HEMIS

Entre 2007 et 2010, la Guadeloupe, située dans une zone sismique, a également renforcé l’offre de soins du centre hospitalier de Basse-Terre. Un nouveau bâtiment a été construit conformément aux normes en vigueur en France et, notamment, aux normes parasismiques. Le surcoût lié au risque de tremblement de terre a été estimé à 7 millions d’euros, soit près du quart de l’investissement total de 30 millions d'euros. Le centre hospitalier a donc sollicité l’aide du Fonds européen de développement régional (FEDER) afin de mettre le bâtiment aux normes parasismiques. Il a ainsi reçu 3,8 millions d’euros d’aide.

Les dommages causée à Saint-Martin, vus le 15 septembre 2017, quelques jours après le passage de l'ouragan Irma. © Ricardo ARDUENGO AFP

Autre exemple : le versement de 49 millions d’euros à Saint-Martin et à la Guadeloupe, suite aux ouragans Irma et Maria qui ont frappé les deux îles en septembre 2017. Une avance de 5 millions d’euros avait été allouée dès décembre 2017 au titre du Fonds de Solidarité de l’UE. Ce fonds a été créé en 2002 dans le but d’aider les pays qui subissent des catastrophes naturelles. L’avance avait pour objectif de rétablir les infrastructures et les services publiques et couvrir les coûts des dépenses d'urgence et de nettoyage.

Sur la période 2014-2020, l’Union Européenne affirme avoir doté la Guadeloupe et Saint-Martin de plus d’1 milliard d’euros de fonds européens.
 

La Martinique

La collectivité territoriale de Martinique affirme, de son côté, avoir soutenu plus de 400 projets en 2018.

Un an après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur plusieurs communes de la côte est de la Martinique avril 2018, la collectivité territoriale de Martinique mobilise le FEADER (Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural). 800.000 euros au total pourront venir aider les agriculteurs qui en font la demande à partir du 1er février. 2019.Il y a quelques années, c'est le TCSP qui a profité des aides européennes. Le Transport Collectif en Site Propre doit décongestionner Fort-de-France et le sud de l’agglomération martiniquaise. Cette deuxième phase, achevée en 2016, est venue compléter et prolonger les investissements réalisés pendant la période de programmation 2000-2006, qui avaient été destinés aux phases préparatoires de prolongement et de réfection de deux couloirs de bus. Le chantier, qui se compose de 5 tronçons distincts, a porté sur l'aménagement d'une voie à double sens réservée aux bus sur un tracé de 14 km. Investissement total
318 millions d'euros, avec une participation de l'UE à hauteur de 66 millions d'euros. 
Problème, pendant plus de deux ans, entre juin 2016 et août 2018, le TCSP n’a pas fonctionné, alors que les voies de circulation et les véhicules étaient disponibles, entraînant “des surcoûts et des retards”, selon la Cour des comptes. 

Un bus à l'essai en juin 2018. © Martinique La 1ère

Autre exemple, celui de deux entreprises martiniquaises qui ont uni leurs forces pour transformer des tiges de bananiers en d’autres produits comme du bois de placage et des fibres naturelles. FIB ET CO SAS et NV TECH ont collaboré pour développer la technologie nécessaire. Pour leur matière première, elles ont établi des partenariats avec des producteurs du centre de la Martinique. L’Union Européenne a participé pour moitié à l’investissement initial d’un million d’euros.
 

La Guyane

Le département français d'Amérique du Sud ne souffre pas des même contraintes que les autres territoires français. Il ne s'agit pas d'une île mais du plus vaste département français. La Guyane partage 520 km de frontières avec le Suriname et 700 km avec le Brésil. Mais le territoire reste éloigné du continent. Et taux de chômage et de pauvreté atteignent des records comme ailleurs Outre-mer. 

Afin de répondre aux besoins de Cayenne en eau potable, une usine de production d’eau a été construite à Matiti, au nord du chef-lieu. Alimentée par le fleuve Kourou, elle remédie aux problèmes de pénurie et de vétusté qui affectaient l’ancien système et permet à 20 000 personnes supplémentaires d’avoir accès à l’eau potable. Sur les 55 millions d’euros qu'a coûté le projet, l’Europe a participé à hauteur de 9,5 millions.En matière de lutte contre le décrochage scolaire, les trois maisons familiales rurales de Guyane ont mis en place une formation inovante. 413 jeunes guyanais sont inscrits sur deux années scolaires (2017 - 2019). L'initiative a été financé à 80% par une subvention de 560 000 euros du Fonds social européen.

Saint-Pierre et Miquelon

Entre 2005 et 2019, l’archipel français de l’Atlantique Nord a touché un peu plus de 65 millions d’euros d'aides européennes. L’UE a, notamment participé au financement du quai en eau profonde de Saint-Pierre. L'état et l'Europe se sont partagé équitablement les 3 millions d'euros nécessaires.

Plus récemment, entre 2016 et 2019, l’enveloppe européenne de 26,2 millions d’euros a été consacrée au développement d’un tourisme durable et à la desserte maritime. Le quai en profonde sera ainsi aménagé pour devenir un terminal de croisières fournissant les infrastructures et les services exigés par les grandes compagnies. L’archipel pourrait ainsi devenir une étape dans les croisières qui ont lieu sur le Saint-Laurent.

Wallis et Futuna

À Wallis et Futuna, un mot-clé : le désenclavement. Territoire français le plus éloigné de l’Hexagone (22.000 km!), l’Union Européenne contribue, depuis 2000, à raccorder l’archipel à ses voisins grâce à la modernisation de ses ports et d’une connexion internet digne de du 20ème siècle.

Vue aérienne de Futuna, dans l'archipel de Wallis et Futuna. © Michael Runkel / Robert Harding Premium / robertharding

Désenclavement maritime d’abord. Le développement du port de Mata’Utu. Construction d’un nouveau quai, d’une plateforme de déchargement de 9.000 m2, d’une capitainerie. Modernisation du quai de Leava à Futuna. Au total, l’Union Européenne a consacré 25 millions d’euros à ces chantiers. Sans cette somme, l’archipel ne serait toujours desservi que par un seul navire qui n’accostait qu’une fois par mois !

L’archipel a consacré l’intégralité de sa derrière enveloppe européenne (11ème Fonds européen de développement de 19,6 millions d’euros) au développement numérique. Grâce à un câble sous-marin long de 1.600 km et qui relie Fidji à Samoa, l’archipel a vu débarquer la fibre optique. Sans l’enveloppe de l’UE, envoyer un simple e-mail relèverait toujours de l’exploit à W&F…

Le déploiement du câble à Wallis en novembre 2017. © Stéphanie Vili

La Polynésie

Depuis près de 60 ans, l'Europe a contribué à financer une quarantaine de projets nécessaires au développement de la Polynésie. Le 11ème FED, qui court jusqu'en 2020, est la plus grosse enveloppe jamais consentie par l'Union européenne au territoire : 30 millions d'euros consacrés à la politique du tourisme. Le 10ème FED (Fonds européen de développement) - qui s'élevait à 20 millions d'euros et s'étalait de 2010 à 2014 - a permis, notamment, la réalisation d'une partie du réseau d'assainissement de Papeete. 

Dès 2006, le chef-lieu s'est lancé dans un vaste chantier de collecte des eaux usées. La 3ème phase des travaux doit s'achever à l'été 2019. 7 kilomètres de réseaux supplémentaires sont posés, essentiellement entre le Centre Vaima et le quartier Paofai. L'opération a été rendue possible par le FED : 16 millions d'euros ont été injectés par l'Union européenne.

La Nouvelle-Calédonie

Le caillou a, lui, choisi de consacré son 11ème FED (Fonds européen de développement) d'un montant de 29.8 millions d'euros à l'emploi et l'insertion professionnelle. 

Déjà, dans les années 2000, le centre de formation des îles Loyauté situé à Wé et inauguré en 2010 profitait des aides européennes. Sa construction a été rendue possible par un financement du 9ème Fonds européen de développement (FED) à hauteur de 2,8 millions d'euros. D'après le gouvernement de Nouvelle-Calédonie, ce centre de formation a été construit avec trois objectifs : éviter le déplacement des personnes en demande de formation sur Nouméa et, par conséquent, développer l’insertion professionnelle sur les îles , former un public qui n’aurait pas les moyens de ce déplacement et développer les moyens dont dispose la province en matière de formation professionnelle.

Inauguré en 2007, l'Aquarium des lagons a également bénéficié de financements européens. L’UE a contribué à hauteur de 40% au financement de la construction du nouvel aquarium dans le cadre du Fonds européen de développement.

© Biosphoto / Jean-Philippe Vantighem

Autres exemples répertoriés par le site académique d'histoire-géographie de Nouvelle-Calédonie : une partie de la route transversale Koné-Tiwaka, la route Hienghène-Pouébo, la base de pêche des îles Loyauté, des constructions scolaires aux îles Loyauté, l’amélioration de l’aérodrome de Magenta, la construction du centre de formation des apprentis (CFA) de Nouméa, l’extension de la maison des artisans.

Comme dans d'autres territoires d'Outre-mer, les étudiants calédoniens ont accès au progamme de mobilité Erasmus+. Chaque année, une dizaine d'étudiants en BTS du Lycée Lapérouse de Nouméa s'envolent pour l'Irlande ou les Royaume-Uni, afin d'y réaliser un stage de technicien supérieur.