Fils d'agriculteurs, le parcours de Julien pour devenir avocat [Portrait]

agriculture saint-joseph
Julien K/Bidi portrait ouverture
Julien K/Bidi, avocat, un métier à portée de main ©Loïs Mussard
Vendredi 1er mars 2019, ils étaient quatre à prêter serment lors d'une audience solennelle à la cour d'appel de Saint-Denis pour devenir avocat à La Réunion. Parmi eux, Julien K/Bidi, fils et petit-fils d'agriculteur. Volonté et persévérance, les maîtres mots d'un parcours d'exception.  
Comme son père, son oncle et son grand-père avant lui, Julien K/Bidi a grandi au rythme des campagnes sucrières ou encore des saisons, dédiées aux différents produits du maraîchage. Il aurait pu continuer à tracer le sillon familial en reprenant l’exploitation agricole, mais son regard s’est tourné vers d’autres horizons.
Julien K/Bidi et ses parents
Julien K/Bidi : "Jamais mes parents ne m'ont mis la pression pour reprendre l'exploitation familiale" ©Loïs Mussard
Une fois son baccalauréat en poche, s’est posé le choix de de sa voie professionnelle : "J’étais en filière scientifique et le conseiller d’orientation m’incitait à poursuivre sur cette lancée. Je ne connaissais pas spécifiquement le monde du droit, mais j’étais intrigué par l’appel de l’inconnu " explique Julien K/Bidi. Le jeune homme se souvient du discours alarmiste de son interlocuteur :

"tu auras du mal, le droit est une filière difficile, il y a beaucoup d’échecs..."


Un fils d’agriculteur avocat !  


Loin de le décourager, ces propos le galvanisent et il persiste dans sa volonté de gravir la montagne de préjugés. Les regards suspicieux. Les remarques condescendantes. Et les éventuelles obligations familiales... "Bizarrement je n'ai pas eu à convaincre mes parents. Ils ne m'ont jamais mis la pression pour que je reprenne l'exploitation familiale. Mieux, ils ont soutenu mon choix et ils étaient là pour m'épauler tout au long de mes études" confie le jeune homme confronté, cela dit, à d'autres obstacles car les idées préconçues ont la vie dure. Même à notre époque.

Pourtant, là encore, le fait de ne pas appartenir au sérail a été un atout. Pour le marmaille originaire du quartier de Langevin à Saint-Joseph, débarquer dans le chef-lieu dionysien a eu un effet électrochoc. "J'ai du apprendre à devenir autonome, à laver mon linge, à faire à manger..." Mais plus encore, c'est sur le terrain scolaire que la partie a été rude. Au milieu des 400 étudiants dans les amphis, il a fallu qu'il trouve et fasse sa place. 
 

"Je savais que je devais m’accrocher"

Je savais que je devais bosser encore plus que les autres car j’avais tout à prouver et j'avais conscience que rien ne me serait épargné… " raconte Julien, déterminé à ne pas décevoir ses parents. Résultat, un parcours sans faute jusqu'à son master de Droit des affaires obtenu à l'université de La Réunion. En raflant au passage le titre de major de sa promotion en 2012-2013. 
Puis il décide de s'envoler pour la Bretagne et l'université de Rennes où il poursuit ses études avec un deuxième master consacré aux contentieux judiciaire. Après sept années d'études post-baccalauréat, il suit un cursus préparatoire pour accéder au Centre Régional de Formation à la profession d'Avocat à l'Université de Rennes où il décroche l'année suivante son certificat d'aptitude. 
 

Garder le cap à 10 000 km de chez lui


"Il y a eu des moments d'incertitudes. Il y a eu des moments de solitude. Surtout loin de mes parents, de mes proches et de mes amis... Heureusement que j'avais de la famille à Nantes" raconte Julien qui avoue aussi s'être appuyé sur son socle culturel pour y puiser la force d'aller au bout de son projet. "C'est quand on se trouve à 10 000 kilomètres qu'on prend conscience de l'importance de notre réunionité. Tant dans la marmite, qu'en musique et sur les réseaux sociaux." 
 
Julien à la rivière Langevin
"C'est à 10 000 kilomètres de chez soi qu'on prend conscience de sa Réunionité et combien notre île est exceptionnelle" Julien K/Bidi ©Loïs Mussard

De retour dans son île natale, son double master en droit et son certificat en poche, il est prêt à se lancer dans le grand bain professionnel. Fier du chemin parcouru, il est au comble de l'émotion au moment de ponctuer sa formation par un moment solennel qui le marquera certainement à vie : sa prestation de serment.   

(Re)Voir le reportage de Loïs Mussard:  
 
 



 
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