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Elle fête ses 40 ans mais n'a pas attendu 2018 pour devenir mythique. Course transatlantique en solitaire, la Route du Rhum accouche tous les quatre ans de nouveaux records. 124 bateaux sont au départ de Saint-Malo cette année, dont huit manœuvrés par des skippers guadeloupéens. Depuis 1978, les arrivées à Pointe-à-Pitre ont nourri les rêves de nombreux enfants et suscité des vocations. De plus en plus d'Antillais se forment à la voile et participent à la course. Peu concernée au début, la Région a fini par s'emparer de l'événement, devenant un partenaire privilégié.

Décryptage : la Guadeloupe et la Route du Rhum

Route du Rhum : la Guadeloupe a le vent en poupe
 

Des débuts à contre-courant

La légende dit qu'elle a été créée pour enquiquiner nos voisins d'Outre-manche qui avaient lancé leur "Transat Anglaise" en 1960. Elle rallie alors Plymouth en Angleterre à New York aux États-Unis. Quinze ans plus tard, les organisateurs décident de limiter la taille des bateaux à 17 mètres, pénalisant les skippers français et leurs monstres des mers. C'est alors que germe l'idée d'une transatlantique entre la France et... la France. 

La Route du Rhum, c'est surtout la rencontre entre un rêveur de l'Hexagone et des rhumiers guadeloupéens au creux de la vague. Le premier, Michel Etévenon, imagine une course transatlantique ouverte à tous, professionnels comme amateurs, et encourageant la démesure en matière d'embarcations. Les seconds veulent redorer l'image de leur breuvage et le voir déferler sur l'Hexagone. 

Une course dans le vent

La Route du Rhum est née. À partir de 1978 et tous les 4 ans, elle rallie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre. Dès la première édition, la Route du Rhum entre dans la légende.

La page de une du journal L'Equipe le 29 novembre 1978, au lendemain de la victoire de Mike Birch. © https://www.lequipe.fr/

Le 29 novembre 1978, au lendemain de la première arrivée, le journal L'Équipe titre "98 secondes pour une éternité". Après 23 jours passés en mer, 98 secondes seulement séparent le vainqueur, le Canadien Mike Birch, de son dauphin, le français Michel Malinovsky, qui avait pourtant fait la course en tête.

Autre image marquante : en 1990, la quatrième édition est remportée par Florence Arthaud, la petite fiancée de l'Atlantique. La consécration d'une femme sur une course au large.

Florence Arthaud lors de sa victoire en 1990 dans la Route du Rhum © MARCEL MOCHET / AFP


Mais la Route du Rhum, c'est aussi 2 disparitions, restées dans les mémoires : celle d'Alain Colas à bord du trimaran Manureva en 1978 et celle de Loïc Caradec à bord de Royale en 1986.

Alain Colas © AFP

Des Guadeloupéens un peu solitaires

Cette année, sur les 124 bateaux au départ de Saint-Malo, huit skippers guadeloupéens vont tenter la traversée de l'Atlantique.​​ C'est un record !

Ainsi, Rodolphe Sépho, Dominique Rivard, Willy Bissainte, Carl Chipotel, Luc Coquelion, Damien Seguin, David Ducosson et Thibaut Vauchel-Camus marchent dans les pas des anciens. Ceux qui, avant eux, ont marqué l'histoire de la voile aux Antilles : Claude Bistoquet, Victor Jean-Noel, Claude Thélier, Philippe Fiston, Jimmy Dreux, Christine Montlouis, Nicolas Thomas, Jacques Pallasset... 

Claude Bistoquet, par exemple. Premier enfant de la Guadeloupe à prendre le départ d'une transatlantique en solitaire. Mais le rêve de "Bistok" se brise à 15 milles de l'arrivée, sur les rochers de Capesterre-Belle-Eau. Il est, malgré tout, accueilli en héros et félicité par Florence Arthaud, vainqueur cette année-là. "Regardez cette population qui est là pour m'attendre, s'exclame Claude Bistoquet au micro de RFO, une fois à terre. Je crois qu'on ne peut pas parler d'échec."

Claude Bistoquet, le 3 novembre 1994, à bord de "Twinsea Defi Guadeloupe", 48h avant le départ de la 5ème édition de la Route du Rhum. © MARCEL MOCHET / AFP


Nouvelle tentative en 1994, nouvelle fortune de mer pour Bistok. Quatre ans plus tard, le voilier de Victor Jean-Noël démate 48h seulement après le départ. Décidément, le rhum ne sourit pas aux Guadeloupéens. Même si, cette année-là, Luc Coquelin parvient jusqu'à Pointe-à-Pitre. Guadeloupéen d'adoption, il franchit la ligne d'arrivée.

Luc Coquelin avant le départ de la Route du Rhum 2014. L'édition 2018 est sa 6ème participation à la transatlantique. © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Les retombées, une grande marée

Peu concernée au début, la Guadeloupe n'est cependant pas restée à quai. La Route du Rhum, c'est un coup de projecteur pour la région sur lequel il fait bon surfer. Des retombées économiques et pas uniquement tous les 4 ans. 

"La Guadeloupe est dans la tête du monde entier avec cet événement-là, explique Camille Pelage, vice-président du Conseil Régional. On a des produits qui sont maintenant reférencés dans toutes les grandes surfaces de l'Hexagone, avec notre rhum fantastique, on a trusté les bars, etc." La Région est désormais un partenaire privilégié de la course et ce, au moins jusqu'en 2022. 
Depuis 40 ans, les arrivées de la Route du Rhum à Pointe-à-Pitre ont suscité des vocations. Rodophe Sepho s'apprendre à prendre le départ de la Route du Rhum pour la deuxième fois d'affilée : "Elle a une saveur encore plus particulière, étant guadeloupéen, un peu comme Thibaut [Vauchel-Camus, ndlr], un peu comme les autres Guadeloupéens, je séchais les cours en étant petits pour aller voir les bateaux arriver à la darse.

Rodolphe Sepho rempile pour une 2ème Route du Rhum après sa 26ème place en 2014 en class40. © ALB

À chaque nouvelle édition, ils sont un peu plus nombreux à participer. En attendant, peut-être un jour, le premier vainqueur guadeloupéen de La Route du Rhum.