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Sumitomo et Goro : une histoire japonaise dans l'aventure hors norme du nickel calédonien

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Symbole de l'industrie mondialisée. Alain Jeannin
L'industrie et le Commerce. Porte d'entrée du siège d'une grande banque française. ©Alain Jeannin
Le métallurgiste Sumitomo Metal Mining et le négociant en matières premières Mitsui & Co ont vendu leur participation dans l’usine du Sud. Les Japonais sont partis après onze ans de présence. La multinationale brésilienne Vale assume seule l'avenir de Goro Nickel. 
Un pied dans l’usine du Sud. Le 8 avril 2005, SMM et Mitsui s’étaient portés acquéreurs de 21 % du projet « Goro Nickel » pour la somme de 138 millions de dollars – à travers la société néerlandaise SUMIC Nickel Netherlands BV. Le 1er avril 2016, cette société d’investissement dans le business du nickel, basée à Amsterdam, enregistrait leur départ. 

Origine d’un désengagement

En décembre 2012, après avoir refusé de financer les investissements supplémentaires nécessaires à la consolidation de la phase de démarrage de l’usine du Sud, la participation de SMM et Mitsui avait été diluée, passant de 21 à 14,5%. Au début de l’année 2015, des modifications contractuelles avaient été acceptées par Vale. Elles autorisaient les deux actionnaires japonais à vendre la totalité de leur participation à Vale Canada - si les objectifs de production de l’usine du Sud n’étaient pas atteints. Et ils ne l'ont pas été. Au final, le montant de la vente des 14,5 % a été de 135 millions de dollars. Le dernier rapport annuel de la société SUMIC qualifie l''opération de « juste valeur marchande ». Vale Canada s’est porté acquéreur.
 

Une production difficile

« Goro-Nickel » que l'on appelle aussi « l’usine du Sud » est le fruit d’une longue histoire, avec sa part d’ombre qui reste à écrire. L’histoire officielle est liée à deux entreprises, la société canadienne du nickel Inco qui initia le projet et la multinationale brésilienne Vale qui racheta Inco. Depuis, le site industriel porte le nom de « VNC » pour Vale Nouvelle-Calédonie. C'est une usine silencieuse dans le grand Sud calédonien. Le gisement de nickel de Goro a été découvert à la fin des années 1960, mais il a fallu attendre le début des années 1990 pour que le projet d’une usine de production par hydrométallurgie se concrétise. Les premières livraisons de nickel sont intervenues 20 ans plus tard, en 2010. La montée en puissance du site industriel a été plus longue et plus difficile que prévu. Des obstacles techniques et des incidents environnementaux ont retardé la livraison par l’usine du Sud du produit final, l'oxyde de nickel. Le produit intermédiaire appelé « Nickel Hydroxyde Cake »  ne correspondait pas aux attentes des actionnaires japonais. Selon l’analyste allemand Heinz Pariser, la production de l'usine du Sud, en poudres et oxydes de nickel, aurait été insuffisante. Sumitomo et Mitsui la destinait à l’industrie de l’électronique, aux catalyseurs, au colorant pour le verre ou encore à certains types de peinture. Pour Didier Julienne, expert en ressources naturelles, on peut aussi voir la question sous l'angle suivant : " pour les japonais, est-il préférable de recevoir du minerai calédonien dans une usine 100% japonaise à Tokyo, ou avoir une participation japonaise à Goro" ?
 

Vale assume les pertes

Entre 1998 et 2010, le montant cumulé des dépenses en capital, le coût du projet Goro Nickel avait atteint 4,7 milliards de dollars, auxquels s’ajoutèrent 2,8 milliards pour assurer la maintenance, les réparations et la montée en puissance du site industriel. Ces investissements financiers considérables de Vale se heurtèrent, dès 2014, à l’effondrement rapide des prix du nickel. Vale enregistra une dépréciation de 238 millions de dollars, puis de 1,462 milliard de l’usine du Sud, ramenant la valeur du site de Goro Nickel à 3,725 milliards de dollars. De son côté, la société Sumic Netherlands BV estimait, dans une étude reprise par plusieurs analystes européens, que la valeur réelle de l’usine de Goro se situait désormais autour de 1,260 milliard de dollars.

Dans les derniers jours de décembre 2015 à la City de Londres, les dirigeants de Vale ont rencontré des investisseurs. Selon le Metal Bulletin, journal de référence de la Bourse des métaux, les responsables canadiens de la multinationale brésilienne ont tenu des propos rassurants mais fermes en précisant leur objectif :  "Faire tourner l’usine du Sud et atteindre rapidement une production stabilisée de 45.000 tonnes de nickel, sinon toutes les options sont possibles". Ce mardi soir à Londres, le cours du nickel au LME était en hausse de 2,85 %. Les clignotants sont au vert, la demande en métal est forte, l'optimisme est porteur. On le sait, le vert est aussi la couleur de l'espoir et du meilleur minerai de nickel de la grande terre. Les Japonais partis, la brésilien Vale croit encore en son destin calédonien.
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