VIDEO. À la 1ère page : Jennifer Richard dénonce le pouvoir et la croissance matérielle

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"Le diable qui parle toutes les langues", propose les mémoires fictives de Basil Zaharoff, le plus grand marchand d'armes de tous les temps. L'autrice Jennifer Richard signe le deuxième roman d'une trilogie historique sur "la croissance matérielle dans laquelle nos sociétés se sont embourbées".

Basil Zaharoff fut un grand marchand d'armes, grand financier, magnat de la presse et du pétrole. Ami et complice de tous les chefs d’Etat, son influence sur le monde a été aussi néfaste qu’invisible. Zaharoff incarne le capitalisme dénué de scrupules. L'homme choisira, jusqu'au bout, le camp du profit. L'écrivaine franco-américaine apporte des précisions sur les dernières années de sa vie, notamment sa collaboration avec le régime nazi. En 1932, il est le plus grand financier du parti d'Hitler. Zaharoff meurt à la veille de la seconde guerre mondiale en 1936.

L'auteure Jennifer Richard

Née aux Etats-Unis, Jennifer grandit dans plusieurs territoires d'Outre-mer au gré des déplacements professionnels de sa mère guadeloupéenne et de son beau-père guyanais. "Il est à toi ce beau pays", premier roman de la trilogie sort en 2018 chez Albin Michel. Il est unanimement salué par la critique. Dans ce deuxième volume paru au début de l'année, l'auteure s'attache à décrire le visage de l'industrie qui mène à la première guerre mondiale. Elle dénonce les boucheries inutiles comme la bataille de Gallipori avec ses 500.000 morts pour rien, si ce n'est l'enrichissement de certains.

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Réalisation : Jean-Luc Benzimra
Graphisme et Animation : Joël Cimarron
Copyright France Télévisions 2021

Lecture de  la 1ère Page  : extrait de " Le diable parle toutes les langues "

Domaine de Balincourt, Arronville, région parisienne, le 6 octobre 1936

Que la vieillesse lui semblait féroce…Il adressait à son reflet un regard mauvais, plein de rancœur et de dégoût, rendant l'image plus laide encore. Tout, en lui, évoquait la décrépitude. Il avait quasiment perdu l'usage de ses jambes. Même avec sa canne, il marchait avec une difficulté pénible à voir. D'ailleurs, on ne pouvait plus qualifier demarche le dandinement qui résultait de l'effort impulsé par ce corps en forme de poire lorsqu'il tentait de se mouvoir. Il tanguait à la façon d'un œuf et à chaque pas l'on s'étonnait qu'il parvienne, après quelques vacillements, à se remettre droit. Ayant plusieurs fois constaté l'effroi dans les yeux de sa fille qui, les poings crispés, l'exhortait à utiliser son fauteuil roulant, il avait fini par en faire son moyen de déplacement ordinaire. Il ne se levait plus que pour apparaître sur le perron lorsqu'il se savait épié des journalistes, derrière la grille de sa propriété.